Jean-Luc Godard, le bac, la fac et les étudiants anarchistes

Eté 1966. Jean-Luc Godard est séduit par une future bachelière : Anne Wiazemsky, petite-fille de François Mauriac.

45 ans plus tard, Anne Wiazemsky se souvient des débuts de leur histoire (Une année studieuse, Gallimard, 2012) alors qu’elle se consacre aux révisions du bac. Elle a raté l’écrit en juin et passe l’oral de rattrapage en septembre. Au programme : de l’anglais et de l’espagnol, de la philo, de l’histoire et de la géographie.

Une année studieusePour l’aider, elle a sollicité Francis Jeanson qui devient son professeur particulier de philosophie. « Il dégageait une énergie lumineuse puissante, un désir de comprendre et d’être compris. Il choisissait ses mots avec soin, me poussait à préciser les miens. Visiblement doué pour l’échange, il me donnait envie de lui répondre. »

Le jour des résultats du bac, c’est avec Jean-Luc Godard qu’elle se rend devant le tableau d’affichage. « Personne ne faisait attention à personne, nous étions tous de plus en plus angoissés, Jean-Luc comme les autres. Enfin un employé afficha la liste. Dans la bousculade qui s’ensuivit, Jean-Luc usa de sa force pour atteindre le tableau, n’hésitant pas à donner des coups de coude, à écarter violemment les jeunes gens. Certains, effrayés, s’écartaient, un seul le traita de fou furieux. Il fit tout aussi brutalement le trajet en sens inverse, le visage triomphant, cette fois : j’étais reçue ».

La ChinoiseAnne Wiazemsky raconte ensuite son arrivée à la fac de Nanterre, où elle fait la connaissance d’étudiants révolutionnaires, parmi lesquels… Dany le rouge. Elle se souvient aussi du tournage de La Chinoise, dans lequel elle tient son propre rôle : celui d’une d’étudiante en philo à Nanterre.

Tous ces événements sont intimement liés à sa rencontre avec le cinéaste, déjà connu et reconnu. « Beaucoup d’étudiants et de professeurs m’avaient repérée comme étant « la petite amie de Godard » dont l’importance était considérable dans les milieux intellectuels. Qu’on l’apprécie ou qu’on le déteste, j’étais dorénavant associée à lui. Le bruit courait qu’il avait fait un film concernant la vie universitaire et j’avais le pénible sentiment d’être observée, scrutée, comme un animal bizarre. A cela s’ajoutait  régulièrement la présence de photographes de presse qui espéraient nous surprendre Jean-Luc et moi. »

Finalement, Anne Wiazemsky ne restera qu’une année à Nanterre. Son roman, qui courre de l’été 1966 à l’été 1967, est touchant. Touchant parce qu’il dépeint le passage de l’état d’adolescente à celui de jeune femme émancipée à la fin des années 60 (Anne Wiazemsky est encore mineure et dépendante de l’autorité familiale). Touchant aussi de par le portrait de Jean-Luc Godard, dans l’intimité. On le découvre très amoureux, fantasque, drôle, prévenant, torturé parfois… En outre, il montre un réel intérêt et une grande curiosité pour la jeunesse, alors qu’il prépare, puis tourne, un an avant Mai 68, La Chinoise.

Pour découvrir le début du roman : « Un jour de juin 1966, j’écrivis une courte lettre à Jean-Luc Godard adressée aux Cahiers du Cinéma… ».

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