Un prof de philo et une coiffeuse : ça peut faire tilt ?

Ils ont chacun leur bac (littéraire pour lui, à shampooings pour elle). Il est prof de philo. Elle est coiffeuse. Ils sont amants. Leur histoire peut-elle durer ? C’est la question que pose le roman de Philippe Vilain (Pas son genre, Grasset, 2012), adapté au cinéma par Lucas Belvaux, avec Loïc Corbery et Emilie Dequenne.

Le professeur de philo est parisien, fils de médecin, et… amer. Il est muté à Arras, tout ça parce qu’il manque d’ancienneté, est resté célibataire, n’a pas d’enfants et n’est même pas pacsé. Il n’a donc pas pu choisir son académie d’affectation. Heureusement, il s’est arrangé avec le proviseur du lycée Gambetta pour regrouper ses cours sur trois jours, du lundi au mercredi.

pas-son-genreEn contrepartie, il a dû renoncer « aux meilleures terminales, les scientifiques (S) et les littéraires (L), réservés aux collègues locaux. Me restaient donc les économique et social (ES) et les techniciens (STG) : les premiers ne travaillaient pas la philosophie, les seconds la travaillaient trop studieusement ; les premiers, arrogants petits-bourgeois, méprisaient les seconds, enfants des classes laborieuses, qu’ils exploiteraient plus tard, et considéraient que la philosophie ne leur serait d’aucune utilité pour intégrer une école de commerce ; les seconds, sages et appliqués, s’étaient convaincus depuis des générations de prolétariat de leur infériorité sur les premiers et que la philosophie ne leur permettrait pas de restaurer ce sentiment. (…) Les ES me jaugeaient sans oser m’attaquer frontalement, moins à cause de mon statut de professeur de philosophie que de mon statut de « parisien », aussi fascinant qu’haïssable à leurs yeux.»

« En salle des professeurs, je faisais des efforts pour intégrer les différents clans, mais je sentais la méfiance des autochtones, l’hostilité des provinciaux (…) ; ceux-ci ne me reprochaient rien directement, mais laissaient parfois échapper des allusions sur ces enseignants « touristes », « mercenaires », réfractaires à l’idée de s’installer à Arras, qui m’informaient sur leur façon de me considérer, moi, le client de l’hôtel Diamant ».

Le professeur est caustique. Il analyse les réactions de ses contemporains, décortique la moindre de ses émotions, coupe les cheveux en quatre et se revendique indécis devant l’éternel, quand Jennifer, coiffeuse chez Friselis et fière de vivre à Arras, croit en l’horoscope comme à l’existence de Dieu. Elle est « optimiste, rêveuse, romantique ».

L’agrégé n’assume pas sa relation avec la coiffeuse même si, concède-t-il, « je ne suis pas certain que j’aurais supporté Arras sans  Jennifer ». Il joue au prof avec sa maîtresseJennifer réveillait en moi l’instructeur, le Pygmalion »). Il tient salon littéraire quand Jennifer quitte le sien pour le rejoindre. Elle s’applique : « son désir d’apprendre était amoureux : elle n’y mettait autant de conviction que dans l’espoir de me rendre fier d’elle. Et elle voulait bien faire, la petite coiffeuse ! ».

Il lui fait la lecture des grands auteurs (Dumas, Kafka, Zola, Steinbeck…) tout en commentant le style ou la structure des romans. Mais le manque de discernement et de connaissances de Jennifer le défrise. Elle s’intéresse surtout aux personnages auxquels elle s’identifie… ou pas (Mme Bovary : c’est elle !). Et finit par s’interroger sur la couleur de ses sentiments à lui. Peu à peu, leur relation… se dégrade.

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