Doctorant : un sort enviable ?

TanguyEn regardant, hier soir, une rediffusion de Tanguy (2001), d’Etienne Chatilliez, je me disais que le personnage de Tanguy ne donnait pas envie de devenir doctorant, même si sa situation est confortable. Tanguy prépare une thèse sur l’émergence du concept de subjectivité en Chine. Il vit encore chez ses parents. Il n’a pas de problème d’argent (il donne des cours), ni de cœur. C’est un être charmant et bien élevé mais… il est devenu un parasite pour ses parents qui se désespèrent de le voir quitter le foyer et cherchent à s’en débarrasser par tous les moyens.

 

gare-du-nordIl y a quelques jours, j’ai vu au cinéma Gare du Nord (2013), de Claire Simon. Reda Kated interprète un thésard en sociologie qui n’a pas pu obtenir de financement pour son sujet d’étude (la gare du Nord). Il connaît donc des fins de mois difficiles. Il est en désaccord avec son directeur de thèse qui veut lui imposer un titre de travail « ronflant ». Il en fait part à Nicole Garcia, professeur d’histoire à la fac, rencontrée dans la gare. Celle-ci va retrouver, par hasard, une de ces anciennes brillantes étudiantes, sans emploi après un bac+8, reconvertie dans l’immobilier à Paris avec un mari et des enfants vivant en province.

 

on-connait-la-chanson-97-01-gJe me suis souvenue que dans On connaît la chanson (1997), d’Alain Resnais, Agnès Jaoui interprète une doctorante dépressive à cause de son statut et dont le sujet de sa thèse d’histoire est source permanente de moquerie : « Les chevaliers paysans de l’an mil au lac de Paladru ».

 

 

Le doctorant inspire le cinéma… mais il n’a pas un rôle enviable ! D’autres exemples (ou contre-exemples) ?

Un prof de philo et une coiffeuse : ça peut faire tilt ?

Ils ont chacun leur bac (littéraire pour lui, à shampooings pour elle). Il est prof de philo. Elle est coiffeuse. Ils sont amants. Leur histoire peut-elle durer ? C’est la question que pose le roman de Philippe Vilain (Pas son genre, Grasset, 2012), adapté au cinéma par Lucas Belvaux, avec Loïc Corbery et Emilie Dequenne.

Le professeur de philo est parisien, fils de médecin, et… amer. Il est muté à Arras, tout ça parce qu’il manque d’ancienneté, est resté célibataire, n’a pas d’enfants et n’est même pas pacsé. Il n’a donc pas pu choisir son académie d’affectation. Heureusement, il s’est arrangé avec le proviseur du lycée Gambetta pour regrouper ses cours sur trois jours, du lundi au mercredi.

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Pourquoi faut-il lire David Lodge ?

Imposible d’évoquer les films de campus(*) sans s’intéresser aux romans universitaires dont la plupart sont anglosaxons, à l’image de la production cinématographique sur cette thématique. Les grands auteurs de romans de campus (David Lodge, Philippe Roth, Tom Wolfe,…) « ne choisissent pas de faire simplement de l’université un décor séduisant : ils conçoivent la vie universitaire comme étant au coeur de leurs intrigues« , précisent Emmanuel Ethis (voir son blog : Un making-of du spectateur) et Damien Malinas, enseignants en sociologie à l’université d’Avignon.

Nombre de romans de campus ont été adaptés pour le cinéma et, pourtant, l’auteur le plus prolifique sur le sujet reste boudé par les réalisateurs. Les deux sociologues-cinéphiles relèvent que les livres de David Lodge – mis à part Thérapie – n’ont jamais donné lieu à une adaptation télévisuelle ou cinématographique. Pourquoi ? « Sans doute est-ce précisément parce que ses personnages sont par trop bavards et que ce trop-plein de bavardages – qui fait aussi tout l’intérêt de ses récits – se prête assez mal aux attendus d’une transposition cinématographique« , avancent Emmanuel Ethis et Damien Malinas. Et pourtant… « iI est utile de lire les romans de David Lodge pour comprendre comment se déploient – plus que dans tout autre roman universitaire – les composantes et les thèmes qui constituent la charpente et qui fondent la singularité des grands films de campus« .

Impossible en effet de maîtriser pleinement l’histoire d’un film de campus sans connaître les arcanes du milieu universitaire. Les films de campus sont des films à substrat professionnel tout comme les films judiciaires ou médicaux. Pour les apprécier, il faut savoir « ce que sont une soutenance de thèse, (…), les grandes et les petites universités, le fonctionnement d’un conseil de discipline, le style de vie collectif aquel les études nous confrontent, les rivalités entre chercheurs, les relations entre pairs, entre étudiants et professeurs, etc.« .

(*) Les films de Campus, l’université au cinéma, par Emmanuel Ethis et Damien Malinas, Armand Colin, octobre 2012.

Le prof d’université : héros du grand écran

Après avoir visionné quelque 650 films de campus, Emmanuel Ethis, professeur des universités en sociologie et président de l’université d’Avignon et son comparse, Damien Malinas, maître de conférences, dressent le portrait robot des profs d’université dans les films dont ils sont les héros.

« Les films de campus accentuent volontairement la description des comportements éthiques et moraux des professeurs exceptionnels qu’ils dépeignent. Et pour cause, ces professeurs de fiction – même lorsqu’ils sont inspirés de personnages réels – sont censés susciter en nous une certaine admiration« , écrivent-ils dans Les films de campus, l’université au cinéma (Armand Colin, octobre 2012).

Le héros est alors, soit très compétent mais totalement immoral (Cf. Le Silence des Agneaux), soit très positif, en ce sens où ses recherches vont l’amener à la découverte de la vérité (Docteur Kinsey, Un Homme d’Exception…) sans pour autant être parfait car son « héroïsme a souvent pour contre-partie un caractère monomaniaque hypertrophique qui trouve dans la cité savante qu’est l’université un lieu de prédilection pour s’exprimer et s’épanouir socialement« .

Que nous apprennent les films de campus ? Que « l’université est censée être le lieu de tous les possibles » et que, donc, les films de campus « sont les révélateurs des représentations les plus utopiques ou les plus dystopiques de notre relation aux savoirs et au progrès, ce ce que vers quoi l’on est susceptible de tendre suivant les choix individuels ou collectifs que l’on est amené à faire« .

Finalement, « si l’on s’amusait à ranger dans l’odre chronologique tous les films de campus tournés depuis les origines du cinéma, on apercevrait en creux l’histoire de notre relation à la connaissance, et avec elle, l’évolution des enjeux éthiques que nous plaçons dans la science depuis plus d’un siècle« , soulignent Emmanuel Ethis et Damien Malinas.

Vous vous demandez… A qui reviendrait le « César du meilleur rôle » d’enseignant-chercheur dans un film de campus ? Quels films de campus américains pourraient faire l’objet d’un « remake » français ? Quels romans de campus mériteraient leur « adaptation cinématographique » ? Quelle université française serait la mieux placée pour servir de « décor » à un film de campus ? Pour le savoir, lisez les réponses d’Emmanuel Ethis sur educpros.fr.

Fabrice Luchini en prof de français frustré et cynique

Sortie au cinéma, ce mercredi 10 octobre 2012, du dernier film de François Ozon : Dans la maison (voir la bande-annonce).

Fabrice Luchini interprète un prof de français qui va aider un jeune élève de 17 ans à réussir.

– Pourquoi avoir accepté ce rôle ?, lui demande Jean-Christophe Buisson, pour le Figaro (pour lire l’interview : c’est ici).

Fabrice Luchini : « parce que refuser était impossible. Ce rôle de prof frustré et cynique accompagnant un élève, dont il devine le génie naissant qu’il va chercher à développer à travers ses rédactions de français, était un cadeau j’allais dire levinassien. »

– Pour interpréter ce rôle de prof de français, vous êtes-vous inspiré de votre expérience d’élève ou de votre talent de pédagogue naturel ?, poursuit Jean-Christophe Buisson.

Fabrice Luchini : « Les profs, je les ai peu connus puisque j’ai quitté l’école à 14 ans. J’ai un souvenir de deux d’entre eux qui m’ont aidé à avoir mon certificat d’études, et c’est tout. Après, je suis devenu apprenti coiffeur, puis comédien. Dans le film, on aborde un peu en surface les problèmes qui sont liés à leur profession, mais je ne prétends pas les connaître. Instinctivement, je suis Finkielkraut quand il leur lance: «Vous êtes obsédés par le fait de donner la parole aux élèves ; donnez-leur d’abord la technique de l’expression.» En fait, quand on incarne un personnage, 80 % de la réussite passe par le costume. Pour être un prof, une paire de lunettes remarquablement choisie, un solide pantalon en velours côtelé, une sacoche marron d’un cuir modeste, et c’est gagné. »

Les Profs : le casting ciné

Le tournage de l’adaptation cinématographique de la BD « Les profs » (Pica et Erroc, Bamboo Editions) a démarré cet été. Le pitch : sauver le lycée Jules Ferry menacé de fermeture pour cause de résultats catastrophiques au bacccalauréat.

Le casting est le suivant :

Antoine Polochon, le prof d’histoire, sera interprété par Pierre François Martin-Laval (des Robins des Bois), également réalisateur de la comédie qui sortira sur les écrans au moment du bac 2013 (le 26 juin).

L’inspecteur d’académie, c’est François Morel.

Christian Clavier joue le rôle du « prof » glandeur : Serge Tirocul.

Isabelle Nanty est Gladys, la prof d’anglais hystérique.

Arnaud Ducret est Eric, le prof d’EPS.

Et… le cancre, c’est Kev Adams.

Chaque semaine, un clin d’oeil de la BD les Profs sur VousNousIls.

Le genre « film ou roman de campus »

« Il n’existe pas, à proprement parler, de genre qui s’intitule « films de campus » ou « films d’université » alors que plus de 50 % des films américains qui sortent chaque année sur nos écrans mettent en scène nombre d’éléments qui font très immédiatement référence à l’université« , déclarait Emmanuel Ethis sur son blog, en janvier 2011.

Aujourd’hui, Emmanuel Ethis annonce la parution de Film de Campus, l’université au cinéma, co-écrit avec Damien Malinas (Armand Colin, sortie prévue le 24 octobre 2012). Les deux auteurs analysent en tant que films à substrat professionnel, le genre « films de campus ».

« Les schémas narratifs les plus classiques des films de campus est celui qui permet à un spectateur qui ne serait jamais allé à l’université de découvrir ce «substrat professionnel» en même temps que le protagoniste principal du récit tel l’étudiant qui découvre les règles en vigueur dans l’établissement dans lequel il vient de s’inscrire. (…) Sans la maîtrise de ce substrat professionnel, il sera, par exemple, difficile au lecteur ou au spectateur de prendre du plaisir à partager les échanges entre chercheurs tels que nous les propose David Lodge« , souligne Emmanuel Ethis.

J’ai hâte de découvrir ce livre qui fait écho aux billets publiés sur Fac Story. Des billets sur les romans de campus (ceux de David Lodge mais pas que…) et aussi, parfois, sur les films de campus.

Entre les murs… la suite ou plutôt le prolongement

Laurent Cantet, le réalisateur d’Entre les murs, tourne l’adaptation cinématographique d’un roman de Joyce Carol Oates, Foxfire : confessions of a girl gang. L’histoire d’un groupe d’adolescentes américaines qui forme un gang dans les années 50.

« Après l’expérience euphorique d’Entre les murs, j’avais envie de tourner de nouveau avec des ados. J’ai lu ce roman comme une suite, un prolongement possible à l’histoire des personnages – Esmeralda en particulier. Comme Entre les murs, Foxfire parle du contrôle que la société exerce sur les jeunes, mais pendant une époque où il était encore possible de se sentir libre et indépendant, avec seulement quelques dollars en poche« , déclare le réalisateur à Télérama (21 septembre 2011).

Trop de femmes dans l’enseignement ? Et au cinéma, dans un rôle principal de prof ?

Y-a-t-il trop de femmes dans l’enseignement ? Le débat alimente les médias. Et au cinéma, dans un rôle principal de prof, y-a-t-il trop de femmes aussi ?

Je les ai cherchées avec l’aide d’un ami cinéphile. En fait, c’est beaucoup plus rapide que de recenser tous les films avec un homme dans le rôle d’un prof.

La liste compte quinze films et treize actrices : femmes-dans-un-role-principal-de-professeurs. Des oublis ?

De la maternelle au lycée : profs et élèves devant la caméra

Les élèves et les profs font aussi leur rentrée sur le petit écran. A voir (ou revoir) :

Les ados dans tous leurs états (France 5). La rediffusion de six portraits de collégiens et lycéens. L’exploration de deux univers, celui des filles et celui des garçons, entre 14 et 16 ans. Lire la critique de Télérama. Mardi 6 septembre, 20h35 (rediffusion dimanche 18 septembre à 19h).

Lire, écrire, grandir : un an à l’école primaire (Téva). Un documentaire inédit en 8 épisodes (les deux premiers sont diffusés ce soir) sur l’école primaire. Mardi 6 septembre, 20h35 (rediffusion le 11 septembre à 14h55).

Passe le périph d’abord (Canal+). Six élèves de terminale : trois au lycée Alfred-Nobel de Clichy-sous-Bois et trois autres au lycée Racine dans le 8ème arrondissement de Paris. Pendant quelques jours, ils échangent leurs vies. Lire la critique de TéléObs. Mercredi 7 septembre, 20h50 (rediffusion le 9 septembre à 10h30 et le 19 septembre à 1h25).

La salle des profs (France 5), mardi 13/09 à 20h35

 

La salle des profs (France 5) : le regard d’un ancien prof de lettres (François Rabaté) sur le métier d’enseignant dans un collège du 11ème arrondissement de Paris. Mardi 13 septembre, 20h35.