En classe with Luki Bancher : prof d’anglais et dessinateur de BD

Couverture_en_classe_with_me_p1web_0A quoi ressemble la semaine d’un prof d’anglais en collège et lycée ?

Luki Bancher, dessinateur de BD et prof d’anglais (à moins que ce ne soit l’inverse… ?), se met en scène pour raconter, par exemple, la touchante naïveté des sixièmes – trop petits encore pour le second degré – ou la drague éhontée des filles de première aux tenues aguichantes, posant des questions plus ou moins personnelles après le cours. La justesse des situations – qui ne peuvent qu’avoir été vécues ! – prête à sourire.

Plusieurs planches sont parues sur le blog de Luki Bancher avant qu’un éditeur lui propose de les publier dans une BD : En classe with me (Emmanuel Proust éditions), qui est sortie au début de l’été 2013. Extraits.

Un prof de philo et une coiffeuse : ça peut faire tilt ?

Ils ont chacun leur bac (littéraire pour lui, à shampooings pour elle). Il est prof de philo. Elle est coiffeuse. Ils sont amants. Leur histoire peut-elle durer ? C’est la question que pose le roman de Philippe Vilain (Pas son genre, Grasset, 2012), adapté au cinéma par Lucas Belvaux, avec Loïc Corbery et Emilie Dequenne.

Le professeur de philo est parisien, fils de médecin, et… amer. Il est muté à Arras, tout ça parce qu’il manque d’ancienneté, est resté célibataire, n’a pas d’enfants et n’est même pas pacsé. Il n’a donc pas pu choisir son académie d’affectation. Heureusement, il s’est arrangé avec le proviseur du lycée Gambetta pour regrouper ses cours sur trois jours, du lundi au mercredi.

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Se souvenir d’un bon prof

La petite musique de la mémoire joue sa ritournelle dans Pavanes et javas sur la tombe d’un professeur (Hubert Nyssen, Actes Sud, 2004). Le professeur dont il est question est Bruno Bonopéra, enseignant en littérature à l’université de Lille et spécialiste de Salluste du Bartas, poète « formaliste et nominaliste plus ou moins obscur du seizième siècle ».

pavanes-et-javas-sur-la-tombe-d-un-professeur-hubert-nyssen-9782742746064Il est le héros de ce roman, décédé, dès la première ligne. Se souviennent de lui son meilleur ami, ses deux filles, sa concubine et l’une de ses doctorantes. Ces personnages reviennent, l’un après l’autre, sur leurs liens avec cet homme qui fut un ami fidèle quoique distant, un père parfois inaccessible, un amant contesté, et… un enseignant éblouissant « qui ne ressemblait à aucun autre et, pour ses étudiants, ouvrait les portes dérobées de la littérature ».

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L’ego des professeurs d’université by J. D. Salinger

Franny, étudiante en quête de spiritualité, considère avec condescendance son petit monde. L’héroïne de J. D. Salinger (dans Franny et Zooey, paru en 1961) a un problème avec l’ego des étudiants et des professeurs d’université. « Ce que je sais, moi, c’est que je perds la tête, dit Franny. J’en ai assez de l’ego, de l’ego, de l’ego. Du mien et de celui des autres. J’en ai assez de tous ceux qui veulent arriver à quelque chose, faire quelque chose de distingué, être intéressant. C’est écoeurant, écoeurant. Ce que les gens disent m’est égal. »

Ce à quoi Zooey, son frère, lui rétorque : « Tu jettes un petit coup d’oeil autour de ton université, autour de ton petit monde, tu regardes de loin la politique, une saison théâtrale, tu écoutes les conversations d’un petit groupe d’étudiants blasés et plutôt bêtes et tu décides brusquement que tout dans le monde n’est qu’affaire d’egos qui cherchent à s’affirmer. Tu conclues que la seule chose intelligence qu’une fille puisse faire, c’est de s’allonger, de se raser la tête, de répéter la prière à Jésus, et de supplier Dieu de lui envoyer une petite intuition mystique qui la rendra heureuse et paisible ! ».

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Jean-Luc Godard, le bac, la fac et les étudiants anarchistes

Eté 1966. Jean-Luc Godard est séduit par une future bachelière : Anne Wiazemsky, petite-fille de François Mauriac.

45 ans plus tard, Anne Wiazemsky se souvient des débuts de leur histoire (Une année studieuse, Gallimard, 2012) alors qu’elle se consacre aux révisions du bac. Elle a raté l’écrit en juin et passe l’oral de rattrapage en septembre. Au programme : de l’anglais et de l’espagnol, de la philo, de l’histoire et de la géographie.

Une année studieusePour l’aider, elle a sollicité Francis Jeanson qui devient son professeur particulier de philosophie. « Il dégageait une énergie lumineuse puissante, un désir de comprendre et d’être compris. Il choisissait ses mots avec soin, me poussait à préciser les miens. Visiblement doué pour l’échange, il me donnait envie de lui répondre. »

Le jour des résultats du bac, c’est avec Jean-Luc Godard qu’elle se rend devant le tableau d’affichage. « Personne ne faisait attention à personne, nous étions tous de plus en plus angoissés, Jean-Luc comme les autres. Enfin un employé afficha la liste. Dans la bousculade qui s’ensuivit, Jean-Luc usa de sa force pour atteindre le tableau, n’hésitant pas à donner des coups de coude, à écarter violemment les jeunes gens. Certains, effrayés, s’écartaient, un seul le traita de fou furieux. Il fit tout aussi brutalement le trajet en sens inverse, le visage triomphant, cette fois : j’étais reçue ».

La ChinoiseAnne Wiazemsky raconte ensuite son arrivée à la fac de Nanterre, où elle fait la connaissance d’étudiants révolutionnaires, parmi lesquels… Dany le rouge. Elle se souvient aussi du tournage de La Chinoise, dans lequel elle tient son propre rôle : celui d’une d’étudiante en philo à Nanterre.

Tous ces événements sont intimement liés à sa rencontre avec le cinéaste, déjà connu et reconnu. « Beaucoup d’étudiants et de professeurs m’avaient repérée comme étant « la petite amie de Godard » dont l’importance était considérable dans les milieux intellectuels. Qu’on l’apprécie ou qu’on le déteste, j’étais dorénavant associée à lui. Le bruit courait qu’il avait fait un film concernant la vie universitaire et j’avais le pénible sentiment d’être observée, scrutée, comme un animal bizarre. A cela s’ajoutait  régulièrement la présence de photographes de presse qui espéraient nous surprendre Jean-Luc et moi. »

Finalement, Anne Wiazemsky ne restera qu’une année à Nanterre. Son roman, qui courre de l’été 1966 à l’été 1967, est touchant. Touchant parce qu’il dépeint le passage de l’état d’adolescente à celui de jeune femme émancipée à la fin des années 60 (Anne Wiazemsky est encore mineure et dépendante de l’autorité familiale). Touchant aussi de par le portrait de Jean-Luc Godard, dans l’intimité. On le découvre très amoureux, fantasque, drôle, prévenant, torturé parfois… En outre, il montre un réel intérêt et une grande curiosité pour la jeunesse, alors qu’il prépare, puis tourne, un an avant Mai 68, La Chinoise.

Pour découvrir le début du roman : « Un jour de juin 1966, j’écrivis une courte lettre à Jean-Luc Godard adressée aux Cahiers du Cinéma… ».

Elèves désorientés, profs déboussolés : c’est le conseil de classe

Par petites touches, à la façon des impressionnistes, Jeanne Benameur(*) esquisse dans Présent ? (Folio poche, 2008),  le portrait de profs et d’élèves d’une classe de troisième, dans l’attente du dernier conseil de classe de l’année. CE fameux conseil qui entérine l’avenir scolaire de milliers d’élèves : ceux qui continueront au lycée et auront encore un peu de temps pour décider de leur métier, et les autres…

F_present.inddExtrait : « Au fond de la classe qui riait, une jeune fille a les mains bien à plat sur son bureau. (…). Elle est en troisième. Ce soir, c’est son conseil de classe. Ça excite beaucoup ses camarades. Les discussions vont bon train depuis déjà un moment. Il est question d’orientation. C’est important. C’est pour plus tard. Quand elle était en primaire, ils avaient une course d’orientation. Elle s’était perdue. Elle, c’est une fille désorientée (…). Où va-t-on l’envoyer l’année prochaine ? Elle a peur. (…) Elle s’est retrouvée dans le bureau du conseiller d’orientation, elle aussi, comme tous ceux de troisième. Pour faire des vœux. Ni boussole ni sextant. Comment se diriger ? (…). Elle a des résultats en chute libre. Il n’a pas de baguette magique. S’orienter, elle ne peut pas. Elle ne sait pas. »

Les professeurs aussi ne savent pas, parfois, pourquoi ils sont là... Comme cette enseignante de SVT. « Entre elle et eux, il n’y a pas un écart d’âge si grand que ça. Elle pourrait être leur grande soeur. Mais non, elle ne fait pas partie de leur « famille ». Elle n’en fera jamais partie. Ils ont leurs codes, leurs centres d’intérêts. Elle n’a pas même pas idée de ce qui les intéresse vraiment dans le fond. Elle arrive, avec sa matière, sciences de la vie et de la Terre, et eux ils vivent dans le béton et ils s’en foutent, voilà !« .

Cette toute jeune prof est séparée de son ami qui n’a pas fini l’IUFM tandis qu’elle a pris son premier poste en banlieue. La distance lui est insupportable. « Elle voudrait juste le suivre, lui, et tout planter là mais elle n’a pas fait tant d’études pour rien, n’est-ce pas ? On ne passe pas tant d’heures de sa vie à quelques chose pour se rendre compte que cela ne vous convient pas, que cela ne vous conviendra jamais ».

Sont aussi présents : le professeur de lettres (qui aurait voulu écrire et n’arrive même plus à lire), celui d’histoire-géographie (un doux rêveur), la professeur d’espagnol (qui saque les élèves), la documentaliste (qui anime un atelier d’écriture), la principale, le factotum, la dame de service, le parent d’élèves, le délégué de classe, le conseiller d’orientation,…

Tous, avec leurs doutes, leurs failles et leurs aspirations, sont dans l’attente du conseil de classe organisé en fin de journée. L’avenir des collégiens est-il scellé d’avance ? Un conseil de classe peut-il produire de petits miracles ?

« Peut-être n’est-ce pas vraiment le lieu pour un débat ? », questionne la principale. Ce à quoi rétorque le professeur d’histoire-géographie : « si ce n’est pas le lieu, ici, sur le terrain, au cours d’un conseil qui a toute son importance pour l’avenir de nos élèves, alors où est le lieu ? ».

(*) Jeanne Benameur, auteur de romans pour adultes et de livres pour enfants, possède un CAPES de lettres et a enseigné jusqu’en 2001.

Fin des mésaventures du professeur Henry Wilt, le héros de Tom Sharpe

Henry Wilt, le professeur de culture générale le plus connu Outre-Manche, est orphelin. Son créateur, l’écrivain Tom Sharpe, est décédé ce jeudi 6 juin 2013.

C’est donc la fin des mésaventures de cet enseignant – puis directeur de département – dans un collège technique (Fenland College of Arts and Technology) dont la vie mouvementée a donné lieu à cinq romans, à partir de 1976. Cinq romans dans lesquels Tom Sharpe égratigne le système éducatif britannique. Il en garde de très mauvais souvenirs en tant qu’élève (lire son interview en 2005 dans l’Express) – (et de pas tellement meilleurs finalement ?) en tant que prof d’histoire, au College of Arts and Technology de Cambridge, de 1963 à 1972 -.

Extrait de WILT 2 (« Comment se débarrasser d’un crocodile, de terroristes et d’une jeune fille au pair ») :

– « Je peux établir des lignes directrices de la politique éducative mais, je crois que le principal vous le confirmera, il est impossible à un directeur de département de saquer un professeur qui ne les a pas suivies. (…) A moins de faire la preuve d’une incompétence flagrante ou d’un comportement sexuel immoral avec un étudiant, on ne peut toucher à un professeur à plein temps ».

Tom Sharpe – qui a reçu, en 1986, le grand prix de l’humour noir pour l’ensemble de son œuvre – manie redoutablement l’ironie pour se moquer des étudiants – des apprentis dénommés Viande 1 ou Plâtre 2  (« Il se rendit salle 752, prêt à faire vibrer la corde sensible de quinze apprentis bouchers que l’emploi du temps officiel désignait sous le nom de Viande 1. Comme toujours, ils étaient en retard et avaient bu ».) et des enseignants – excepté Wilt, moins lénifiant que ses collègues -.

Tom Sharpe Wilt 5Extrait de WILT 1 (« Comment se sortir d’une poupée gonflable et de beaucoup d’autres ennuis encore ») :

« Chacun a son point de vue, se hâta d’intervenir le principal. Mais si vous deviez trouver vous-même des professeurs qui acceptent de passer leur vie à faire cours à des classes bondés de gaziers , de plâtriers ou d’imprimeurs qui ne voient absolument pourquoi ont les a amenés là, et qui plus est pour enseigner une matière qui, à proprement parler n’existe pas, vous ne pourriez pas faire la fine bouche. Tout le problème est là. (…). J’essaie seulement de vous faire comprendre que les enseignants de culture générale ne sont pas des hommes comme les autres. Ils ne peuvent pas tourner rond. Leur travail le leur interdit. »

– « Mais ils sont hautement qualifiés, dit Mrs Chatterway. Ils sont tous diplômés ».

– « Certes. Comme vous le dites si bien ils sont tous diplômés. Ce sont tous des professeurs distingués mais les difficultés énormes qu’ils rencontrent ne peuvent pas ne pas les marquer. Je vais vous faire une comparaison. Prenez un chirurgien du coeur et faites-lui couper des queues de caniche pendant dix ans, il ne tiendra pas le coup. C’est une comparaison très juste, croyez-le.

– « Tout ce que je peux dire, protesta l’entrepreneur en bâtiment, c’est que tous les professeurs de culture générale ne finissent pas par enterrer leur femme dans des puits de fondation. »

– « Tout ce que je peux dire quant à moi, dit le principal, c’est que je suis extrêmement surpris qu’il ait été le seul à le faire jusqu’à présent. »

Le tort du fataliste professeur Wilt est d’être rarement au bon moment, au bon endroit, ce qui l’amène à tenter de se débarrasser « du corps » d’une poupée gonflable sur un chantier dans son collège, à héberger des terroristes,  à être mêlé à une histoire d’espionnage… Et à devoir se disculper sans cesse.

Sur un ton incisif (« je travaille au coupe-coupe« , déclarait-il), Tom Sharpe accumule des situations toutes plus improbables les unes que les autres desquelles Henry Wilt et sa pétulante épouse, Eva, finissent par sortir, pour mieux replonger dans le tome suivant. Le cinquième et dernier opus de la saga Wilt (Comment enseigner l’histoire à un ado dégénéré en repoussant les assauts d’une nymphomane alccoliqueest sorti, en avril 2012, chez Belfond (les cinq tomes sont parus en poche dans la collection 10/18).

Les études à l’université permettent-elles de s’élever ?

Brian Jackson s’apprête à quitter ses deux meilleurs potes du lycée et son bled paumé, pour entrer à l’université, « pas Oxford ou Cambridge », mais, celle qui arrive en troisième position « et il y a aussi des clochers et des flèches. Ce qu’il faut pour vous faire rêver ».

Et ce qu’il faut… pour nous amuser. Le premier roman de David Nicholls « Pourquoi pas ? » (Belfond, mai 2012) – adapté au cinéma sous le titre Starter for Ten – narre les déconvenues de Brian, ado tiraillé entre ses désirs de grandeur et d’élévation intellectuelle et sa condition de puceau acnéique (dont il a bien conscience). Et si les deux meilleurs amis de Brian pensent que ce dernier va « devenir un crétin qui se prend la tête. Le genre qui reviendra à Noël en toge, causera latin, ou dira des choses du genre « on pourrait concevoir… » et autres inepties ». Brian, lui, sait ce qu’il attend de sa nouvelle condition d’étudiant.

Pourquoi pas« Je veux pouvoir écouter des sonates pour piano et savoir qui les a composées (…). Je veux connaître les origines exactes du Velvet Underground et le nom de tous ses membres. (…) Je veux comprendre les théories économiques complexes et ce que les gens trouvent à Bob Dylan. Je veux des idéaux politiques à la fois radicaux et humanistes et des débats passionnés mais argumentés, autour de tables de cuisine en pin, où je dirai des choses du genre : « Définis tes termes ! » et « Ton axiome est de toute évidence spécieux ! » avant de découvrir que le soleil vient de se lever et que nous avons parlé toute la nuit (…). Je veux apprendre à apprécier les bons vins, les liqueurs exotiques et les whiskeys pur malt (…). Je veux faire l’amour en toute sobriété, sans la moindre crainte, en plein jour (ou, du moins, avec la lumière allumée) à des femmes belles, sophistiquées et intimidantes (…). Je veux apprendre à parler couramment plusieurs langues (…), et garder toujours sur moi un petit carnet de cuir dans lequel je noterai les pensées percutantes qui me viennent (…). Je voudrais plaire, et même être aimé, mais pour ça, on verra. Quant à mon futur métier, je ne sais pas encore ce qu’il sera, mais j’irai l’exercer le matin sans avoir l’estomac noué et il ne m’inspirera aucun mépris, même s’il m’assure une certaine sécurité financière. Voilà ce qu’une éducation universitaire va me procurer ».

L’assurance de Brian avait impressionné l’un de ses professeurs pour qui la plupart des étudiants « tendent à considérer leur formation universitaire comme trois ans de fête ininterrompue aux frais de l’Etat, avec vin et fromage à volonté, un appartement, une auto et un bon petit job à la sortie ». Le problème, c’est que Brian : 1/ tombe amoureux d’Alice ; 2/ – bien qu’il possède une culture encyclopédique lui permettant de répondre du tac-au-tac à un jeu télévisé comme « Questions pour un champion » (il est d’ailleurs sélectionné pour participer à l’University Challenge, l’équivalent de ce jeu entre universités) – est totalement inculte sur le plan des relations humaines. Et ce n’est pas à l’université qu’il va trouver les moyens de s’améliorer sur ce plan.

Le verdict de son professeur est sans appel : « En regardant votre pourcentage de notes cette année il semble que vous deveniez de moins en moins intelligent, ce qui, curieusement, n’est pas le but d’une éducation ».

Le roman du mariage (à l’université)

Madeleine Hanna, l’héroïne du troisième roman de Jeffrey Eugenides (Le roman du mariage, éditions de l’Olivier, 2013) pourrait être la jumelle inversée de Charlotte Simmons, l’étudiante du roman éponyme de Tom Wolfe.

Là où Charlotte est une provinciale qui va découvrir les mœurs de la jeunesse dorée admise dans les grandes universités américaines ; Madeleine est un pur produit de la bourgeoisie américaine, une WASP (white anglo-saxonne protestante) – son père était président de Baxter College, une petite université du New-Jersey -.

roman-mariageTandis que Charlotte fréquentera, après bien des hésitations, les étudiants appartenant aux fraternités, et s’affranchira peu à peu de ses convictions et de son éducation ; Madeleine fera la connaissance de deux garçons d’origine modeste. Et pour le meilleur et le pire (surtout le pire), elle épousera l’un d’entre eux dans l’année qui suivra l’obtention de son diplôme.

Outre le discours sur le mariage¹, thème romanesque universel et thème d’études pour Madeleine, le livre de Jeffrey Eugenides dépeint parfaitement l’ambiance des campus américains, tout comme le « Moi, Charlotte Simmons » de Tom Wolfe (paru en 2006).

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Amour et haine entre universitaires

Le roman le plus connu de David Carkeet (Double Negative, paru en 1980 en Angleterre) vient d’être traduit en français, sous le titre : Le linguiste était presque parfait (Editions Monsieur Toussaint Louverture, mai 2013).

Le personnage principal, Jeremy Cook est linguiste. Il travaille sur les idiophénomènes au centre de recherches de Wabash qui abrite une crèche. Les idiophénomènes, comme l’explique Cook : « ce sont les dispositifs linguistiques que les enfants développent d’eux-mêmes, sans s’inspirer du monde adulte ». Les chercheurs de Wabash cherchent à découvrir l’origine et le sens de : « beu », « pffff », « n’deuh » ou autres « m’boui »…

Faux_livre_Linguiste_webstoreTrès vite, un meurtre va plonger la petite communauté universitaire dans la suspicion. Le coupable est forcément l’un des sept membres de l’institut Wabash encore en vie. Lequel a bien pu tuer l’un d’entre eux ? Pour le savoir, Jeremy Cook va s’interroger sur les sentiments de rivalité ou de jalousie qui se dissimulent derrière l’apparente affabilité des chercheurs en linguistique de Wabash. Pour l’aider dans sa démarche : le « diagramme amour-haine : hommes adultes à Wabash » réalisé par Arthur Stiph (la victime) tombe à pic.

L’éditeur présente Le linguiste était presque parfait comme « du David Lodge avec des cadavres ». Ce n’est pas totalement faux et pas… totalement vrai. On retrouve chez Carkeet l’ironie de Lodge, la même critique des moeurs universitaires, et une jeune chercheuse très séduisante et donc très courtisée. Mais Carkeet reste un auteur de romans policiers, qui s’attache avant tout à l’intrigue plutôt qu’à la peinture d’un tout petit monde universitaire. Le personnage du flic – et les mœurs policières – sont tout aussi loufoques que la description des mesquineries entre chercheurs.

Le linguiste était presque parfait est à la croisée des romans de David Lodge et de ceux de Tom Sharpe (la saga Wilt). On le lit le sourire aux lèvres. Et l’on s’attache au personnage de Jeremy Cook, le chercheur en linguistique. Bonne nouvelle : l’éditeur nous promet de le retrouver bientôt avec la traduction à venir de deux autres livres de Carkeet dont Jeremy Cook est le héros : The Full Catastrophe (paru en 1990) et The Error of Our Ways (1997).

Envie de lire d’autres polars avec des profs ? Le site Le Vent sombre, consacré au roman noir, en recense quelques uns :

Meurtre à l’université de Batya Gour (Folio Policier).

Complots mathématiques à Princeton de Claudine Monteil (Odile Jacob).

L’agrégé de Bruno Schnebert (Le Cherche Midi).

Les silences du professeur de Colin Dexter (10/18).

Et aussi, sur Fac Story, d’autres polars :

Petits crimes contre les humanités, de Pierre Christin (Métailié).

Rupture, de Simon Lelic (Masque).