Conseils à un(e) prof stagiaire qui débute au collège

Après Jean-Paul Blondel (G229, éditions Buchet-Castel, mars 2011), c’est au tour de Gabrielle Déramaux (Collège inique (ta mère !), éditions François Bourin, août 2012) de partager son quotidien de prof : ses joies, ses peurs, ses doutes… devant ses élèves.

Des élèves dont certaines personnalités sont récurrentes – et touchantes : « il y a toujours le rigolo qui se fait remarquer dès le premier jour, le mauvais garçon au grand coeur qui vous fatigue mais qui sait vous amadouer, le groupe des petites bavardes, la fille agressive qui se laissera apprivoiser au fil de l’année, le silencieux qui ne vous parlera jamais mais qui excelle à l’écrit, l’excité qui vous promet de se réformer au prochain trimestre pour recommencer de plus belle…« .

Des élèves qui vivent dans un climat de violence redoutable. « Les élèves sont incapables de s’écouter et sont tous persuadés que participer au cours, c’est « collaborer avec le prof », « sucer le prof ». Lorsque l’enseignant pose une question et qu’un élève ose répondre, d’infâmes bruits de succions fusent de part et d’autre. (…). l’élève qui veut étudier sans attirer l’attention se cantonne à des 12/20, note suffisante pour réussir et assez modeste pour ne pas attiser la jalousie des caïds qui l’insulteraient et l’obligeraient à faire leurs devoirs à leur place« .

Aujourd’hui professeur de français dans un lycée parisien, Gabrielle Déramaux a débuté dans un collège du 9-3. Elle se souvient particulièrement de ses premiers pas dans une salle de classe et égrène, au fil de courts chapitres, de précieux conseils qui ne peuvent s’apprendre que sur le tas.

Avis aux professeurs stagiaires recrutés en 2012 qui vont se retrouver face aux élèves à la rentrée !

« Une bonne préparation de rentrée repose grandement sur un entraînement rigoureux à une lecture fluide des noms et prénoms des nouveaux élèves, dont la susceptibilité pointilleuse peut vite dégénérer. »

« Quelques règles de base pour ne pas ajouter à l’énervement de l’élève : se déplacer lentement dans la classe, commencer sans tarder à les faire écrire ou lire à voix haute pour les forcer à se taire. Surtout ne jamais crier. »

« Ne restez jamais derrière la porte. Pendant votre cours, le porte s’ouvrira deux ou trois fois à toute volée. C’est le jeu favori des élèves exclus des autres cours. »

« En début d’année, ne jamais trop insister pour qu’un élève réticent  enlève son blouson car il le fait peut-être pour cacher des marques de coups ou se sentir protégé des agressions extérieures. »

« En cas de débordement, mettre l’élève concerné dans le couloir cinq minutes pour qu’il se calme en lui demandant de tenir la clenche de la porte vers le bas pour s’assurer qu’il n’est pas parti. »

« En cas de bagarre dans mon cours, j’éloigne les autres élèves, envoie d’un d’entre eux chercher de l’aide et tente de calmer les adversaires par l’ironie : « Allez-y, étranglez-vous, ça me fera deux élèves de moins ». ça marche parfois… »

Gabrielle Déramaux fournit aussi un lexique des termes employés par les collégiens. Souligne que maîtriser l’arabe peut être un atout (« je sais comment dire « tais-toi ! » et deux ou trois autres expressions en arabe dialectal, répliques qui me seront souvent très utiles pour couper court à certains échanges houleux avec des élèves« ). Donne une parade pour les élèves qui ne notent jamais le travail scolaire à faire à la maison (« se poster près de la porte et signer chaque agenda de chaque élève avant qu’il sorte de la classe. Fastidieux mais efficace« ). Et préconise un bon usage, pour le professeur, du carnet de correspondance (malgré un trafic de faux carnets largement répandu).

Collège inique (ta mère!) est un roman de survie à l’usage des enseignants Robinson, échoués sans boussole, dans un collège de banlieue.

« Casser du prof » : un événement littéraire ?

D’un côté, un élève de 15 ans, mis à pied une semaine de son collège. De l’autre, un agrégé d’histoire, ayant enseigné pendant sept ans dans un établissement « ambition réussite ».

Leur point commun en cette rentrée littéraire ? « Casser du prof », dans un pamphlet pour le premier (La suprématie des professeurs est-elle juste ?, Editions Praelego, 2011) et un roman (Jours tranquilles d’un prof de banlieue, Grasset, août 2011), pour le second.

La suprématie des professeurs est-elle juste ? n’a rien à envier à une rédaction d’élève de 3ème. Et pour cause. L’éditeur raconte la genèse du livre : le jeune Emilio A. Bouzamondo a d’abord soumis son texte (des pages et des pages écrites avec ressentiment suite à une sanction), à son professeur de français. Verdict : une semaine d’exclusion. Une raison suffisante pour publier ses écrits… Et sans retoucher une ligne apparement ? Le livre est consternant. Tout comme la couverture médiatique dont bénéficie l’ « auteur »… Sur les profs, peut-on tout écrire, pourvu que ça buzz… ?

Les élèves ne sont pas les seuls à « casser du prof ». Les profs aussi savent faire (enfin les ex-profs le plus souvent). A l’instar de Martin Quenehen, l’auteur de Jours tranquilles d’un prof de banlieue.

L’agrégé pense autant de bien des profs que le collégien. Extrait : « Les quasi clodos aux pellicules qui collent sur leurs épaules, les psychotiques maquillés à la céruse qui offrent des cactus à leurs chouchous en fin d’année, les minets qui confondent sciences physiques et « Star academy » et portent la cravate au-dessous du genou, les quinquas priapiques qui s’agrippent à tous ce qui a des arguments, moins de la moitié de leur âge et rentrent dans un 38… Et puis les affreux, les obèses, les analphabètes, les mélancoliques. Tous ces énergumènes enseignent dans la fonction publique »

Chez Emilio A. Bouzamondo, ça donne : « l’étroiture d’esprit des professeurs provoque, à long terme, une sorte de rigidité morale typique des traditionnalistes. Doublés de leur arrogance naturelle, les enseignants sont des monstres d’ego titanesques. Les professeurs « atteints » de rigidité (ce n’est pas une maladie, ne vous inquiétez pas) sont un peu comme des bernard-l’ermite : dans leur monde, et souvent aveugles aux moqueries des élèves (oui, bande de traditionnalistes, les élèves ont leur opinion – souvent peu flatteuse – sur leurs enseignants ».

Emilio a 15 ans : il mériterait une correction. Je ne suis pas prof, mais je lui mettrai bien une note très en-dessous de la moyenne (ce qui lui donnera l’occasion d’avoir une idée pour son prochain livre : casser du bloggeur). Et pour Martin Quenehen ?

Les profs de banlieue en fiction sur France 2

Le livre de Thierry Jonquet, Ils sont votre épouvantes et vous êtes leur crainte (Seuil, 2006), a été adapté pour la télévision par Emmanuel Carrère.

Le téléfilm s’appelle Fracture. Il raconte une partie du roman : l’histoire d’une prof d’histoire-géo débutante, affectée dans un collège de Seine-Saint-Denis. Anna Kagan fait ses premiers pas dans le métier. Elle tente d’aider un de ses élèves, Lakdar, dont l’espoir de devenir dessinateur de BD va être contrarié par une chute accidentelle lui brisant la main droite.

La diffusion est prévue, sur France 2, à 20h35, mardi 30 novembre 2010. Elle sera suivie d’un débat sur le thème « prof en banlieue ».

Ajout du 2 décembre 2010 : j’ai regardé le téléfilm, fort bien joué, et sans aucun doute très réaliste sur le métier. A tel point qu’il ne risque pas de susciter des vocations. Il montre à quel point, l’enseignant peut se trouver dans une impasse face à des élèves qui n’ont peur de rien. Finalement, la jeune prof, Anna Kagan s’accroche, après avoir hésité à quitter l’enseignement. Contre l’avis de collègues plus expérimentés. « Si j’ai un seul conseil à te donner, c’est tire-toi », lui dit l’un d’entre eux, démissionnaire après plus de 20 ans d’expérience.

La lutte contre l’absentéisme scolaire : « un travail de fourmi »

En 2005, Plon publiait Proviseure à Vaulx-en-Velin par Chris Laroche. Volontaire pour prendre les rênes du lycée Robert-Doisneau, à la rentrée 2000, celle-ci a été confrontée à un fort absentéisme, qualifié de « phénomène complexe » par Nicolas Sarkozy dans son discours du 5 mai 2010 sur les violences scolaires. Et elle explique comment elle a réussi à le faire baisser de manière significative, entre 2002 et 2005.

Sa méthode repose sur une sensibilisation des parents, collectivement à la rentrée, puis en tête-à-tête pour les plus démunis face à leur enfants. « C’est un travail de fourmi, un travail de communication permanente qui demande beaucoup de temps et d’énergie, mais les résultas obtenus sont visibles, solides », souligne-t-elle. Un travail qui s’accompagne d’une application stricte du réglement : « un élève en retard n’est pas accepté en cours, au bout de trois retards, c’est une heure de colle, etc.« , précise-t-elle.

Chris Laroche ne parle pas d’une menace de suspension des allocations familiales (la loi date de mars 2006). Mais au détour d’une phrase, elle écrit simplement, à propos d’une mère de famille dont le fils aîné, inscrit en classe de seconde, s’absente régulièrement : « Difficile d’envisager des pressions financières sur le budget de cette femme aux abois qui ne s’en sort plus. Il n’y a pas d’autre solution que le contact direct et l’écoute. Il faut surtout ne pas baisser les bras, et accompagner les familles le plus loin possible« .

« Les profs de ZEP sont des héros »

« Les profs de ZEP sont des héros » : c’est Jean-François Mondot qui l’écrit dans son Journal d’un prof de banlieue (Flammarion, 2000). A relire dans le cadre des états généraux de la sécurité à l’école, les 7 et 8 avril 2010, ce récit d’un professeur stagiaire, confronté pour la première fois à des élèves, dans un collège de Seine-Saint-Denis.

Extrait : « Il y a des lieux, en France, où les médecins n’osent plus aller. Où les policiers n’osent plus aller. Où les pompiers n’osent plus aller. Mais où les profs continuent de se rendre, dans des conditions à la limite du supportable. La fracture sociale, il y a ceux qui en parlent et il y a ceux qui se la coltinent. Les profs des banlieues difficiles appartiennent à cette deuxième catégorie. (…) Je voudrais rendre hommage à ces profs qui enseignent en ZEP depuis cinq ans, dix ans, quinze ans sans se décourager. Pour moi cela ne fait pas de doute : il y a parmi ces gens-là de véritables héros qui méritent qu’on les soutienne et qu’on leur dise bien haut, bien fort : vive les profs !« .