Le problème avec… les universitaires

Jane, professeure de français à l’université Devayne, sur la Côte Est des Etats-Unis, reçoit, par courrier, un manuscrit anonyme racontant sa vie professionnelle et personnelle jusque dans les détails les plus intimes.

Tous les ingrédients du roman universitaire classique anglo-saxon sont présents : des profs désirant ardemment être publiés, subissant le poids de la hiérarchie universitaire, en attente d’un poste fixe, confrontés à des difficultés financières, travaillant sur des sujets pointus qui intéressent un tout petit monde, participant à des colloques internationaux, se jalousant les uns et les autres, conciliant difficilement vie de prof et vie familiale,… Sauf qu’un roman universitaire, « c’est chiant », dixit un des personnages – déjà vu et revu ou plutôt lu et relu ! -.

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De l’impact d’avoir été prof à Columbine, le 20 avril 1999

La fusillade du lycée de Columbine a donné lieu à de nombreux films, blogs et livres – par toujours soutenables. Parmi ces témoignages , ne passez pas à côté du magnifique roman de Wally Lamb : « Le Chagrin et la Grâce ».

Le récit commence le vendredi 16 avril 1999, dans le Comté de Jefferson (Colorado) – soit quatre jours avant la tuerie. Le personnage principal, Caelum Quirk, est enseignant à Columbine High school. Au moment du massacre (11h29 – 12h08), il ne sera pas présent sur le campus. Sa femme, Maureen, infirmière dans l’établissement, si. L’impact de la tragédie sera dévastrateur pour leur couple. Impossible d’en dire plus sans entrer dans les détails.

Extrait : « Je ne cesse de revenir sur cette soirée de vendredi depuis des années : quand je ne parviens pas à dormir ; dans mes rêves ; chaque fois que la porte d’acier s’ouvre et que je me dirige vers Maureen avec son regard triste, ses cheveux fins et ternes, son tee-shirt bordeaux et son jean sans poches. Mo est une victime du massacre de Columbine dont vous n’avez jamais entendu parler, que vous n’avez pas vue interviewée à la télé. Un dommage collatéral. Je regrette tellement de ne pas être monté ce soir-là. De ne pas lui avoir fait l’amour. De ne pas l’avoir tenue dans mes bras et rassurée… Parce que le compte à rebours était presque terminé. Ils avaient acheté leurs armes, enregistré leurs vidéos d’adieu, mis la dernière main à leur plan. (…). Le chaos était imminent et nous allions nous retrouver égarés dans le labyrinthe, errer parmi les cadavres et nous perdre l’un l’autre pendant des années« .

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Elle est LA femme ! LA femme présidente d’université !

Juin 2002. Meredith Ruth Neukirchen (M.R. dans le cadre professionnel) est la première présidente femme d’une université du New Jersey. « Une prestigieuse université de l’Ivy League flottant comme une île d’excellence universitaire improbable au milieu de vestiges pittoresques du XVIIIe siècle américain et d’un paysage vallonné rural/suburbain ultra-résidentiel ».

Campus de princeton

Le campus de Princeton (New Jersey)

Elle est brillante, diplômée de Harvard, spécialiste reconnue de l’histoire de la philosophie. Elle est intègre (« naturellement M.R. n’investirait pas un sou dans les entreprises des administrateurs. Elle ne se constituerait pas une petite fortune grâce à ses relations universitaires »). Issue d’un milieu modeste et pleine de bonne volonté, elle entend « réformer la structure historique [de son université], (c’est-à-dire blanche/patriarcale/hiérarchique) ». Parmi ses projets : recruter plus de femmes, notamment issues des minorités et transformer le système de bourses pour augmenter le nombre d’étudiants pauvres ou issus de la classe moyenne.

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L’université n’est pas un objectif désirable

A l’automne 1971, Joyce Maynard fait sa rentrée universitaire à Yale. Elle propose au directeur du New-York Times d’écrire un article. Il répond par l’affirmative : « racontez comment l’époque durant laquelle vous êtes devenue une adolescente a formé vos idées du monde qui vous entoure. Ecrivez sur votre génération et la façon dont vous voyez l’avenir ». La publication, le 23 avril 1972, de son récit, lui vaudra des milliers de lettres et surtout sa rencontre J.D. Salinger. Au cours de l’année 1972, elle développera l’article dans un livre (Une adolescence américaine) qui paraîtra en 1973.

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Un rôle (d’enseignant) qui ne me convient pas

Emmanuel Ethis et Damien Malinas, les deux auteurs de Films de Campus, l’université au cinéma (Armand Colin, 2012), soulignent l’importance de maîtriser le substrat professionnel du monde universitaire pour apprécier les films ou romans qui se déroulent sur les campus.

A défaut, si le grand public ne maîtrise pas ce substrat, à charge pour le romancier ou le réalisateur de lui faire découvrir en même temps qu’avance l’intrigue. David Lodge est l’un des maîtres en la matière. Quelqu’un qui n’a jamais travaillé (ou étudié) dans une université peut, en lisant ses romans, tout comprendre des enjeux qui sous-entendent les relations entre enseignants-chercheurs.

Un rôle qui me convient de Richard Russo (10/18, 2012) mésestime la connaissance, pour le lecteur, du quotidien d’un enseignant dans une petite université américaine. Le professeur de lettres, William Devereaux Jr, personnage central de l’histoire, a des ennuis avec sa prostate, sa mère, sa femme, sa fille et son beau-fils, sa carrière, ses collègues, sa hiérarchie… Autant d’ingrédients qui devraient conduire à un récit plutôt drôle. Certains passages sont d’ailleurs assez savoureux :

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L’ego des professeurs d’université by J. D. Salinger

Franny, étudiante en quête de spiritualité, considère avec condescendance son petit monde. L’héroïne de J. D. Salinger (dans Franny et Zooey, paru en 1961) a un problème avec l’ego des étudiants et des professeurs d’université. « Ce que je sais, moi, c’est que je perds la tête, dit Franny. J’en ai assez de l’ego, de l’ego, de l’ego. Du mien et de celui des autres. J’en ai assez de tous ceux qui veulent arriver à quelque chose, faire quelque chose de distingué, être intéressant. C’est écoeurant, écoeurant. Ce que les gens disent m’est égal. »

Ce à quoi Zooey, son frère, lui rétorque : « Tu jettes un petit coup d’oeil autour de ton université, autour de ton petit monde, tu regardes de loin la politique, une saison théâtrale, tu écoutes les conversations d’un petit groupe d’étudiants blasés et plutôt bêtes et tu décides brusquement que tout dans le monde n’est qu’affaire d’egos qui cherchent à s’affirmer. Tu conclues que la seule chose intelligence qu’une fille puisse faire, c’est de s’allonger, de se raser la tête, de répéter la prière à Jésus, et de supplier Dieu de lui envoyer une petite intuition mystique qui la rendra heureuse et paisible ! ».

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Le roman du mariage (à l’université)

Madeleine Hanna, l’héroïne du troisième roman de Jeffrey Eugenides (Le roman du mariage, éditions de l’Olivier, 2013) pourrait être la jumelle inversée de Charlotte Simmons, l’étudiante du roman éponyme de Tom Wolfe.

Là où Charlotte est une provinciale qui va découvrir les mœurs de la jeunesse dorée admise dans les grandes universités américaines ; Madeleine est un pur produit de la bourgeoisie américaine, une WASP (white anglo-saxonne protestante) – son père était président de Baxter College, une petite université du New-Jersey -.

roman-mariageTandis que Charlotte fréquentera, après bien des hésitations, les étudiants appartenant aux fraternités, et s’affranchira peu à peu de ses convictions et de son éducation ; Madeleine fera la connaissance de deux garçons d’origine modeste. Et pour le meilleur et le pire (surtout le pire), elle épousera l’un d’entre eux dans l’année qui suivra l’obtention de son diplôme.

Outre le discours sur le mariage¹, thème romanesque universel et thème d’études pour Madeleine, le livre de Jeffrey Eugenides dépeint parfaitement l’ambiance des campus américains, tout comme le « Moi, Charlotte Simmons » de Tom Wolfe (paru en 2006).

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Le prof d’université : héros du grand écran

Après avoir visionné quelque 650 films de campus, Emmanuel Ethis, professeur des universités en sociologie et président de l’université d’Avignon et son comparse, Damien Malinas, maître de conférences, dressent le portrait robot des profs d’université dans les films dont ils sont les héros.

« Les films de campus accentuent volontairement la description des comportements éthiques et moraux des professeurs exceptionnels qu’ils dépeignent. Et pour cause, ces professeurs de fiction – même lorsqu’ils sont inspirés de personnages réels – sont censés susciter en nous une certaine admiration« , écrivent-ils dans Les films de campus, l’université au cinéma (Armand Colin, octobre 2012).

Le héros est alors, soit très compétent mais totalement immoral (Cf. Le Silence des Agneaux), soit très positif, en ce sens où ses recherches vont l’amener à la découverte de la vérité (Docteur Kinsey, Un Homme d’Exception…) sans pour autant être parfait car son « héroïsme a souvent pour contre-partie un caractère monomaniaque hypertrophique qui trouve dans la cité savante qu’est l’université un lieu de prédilection pour s’exprimer et s’épanouir socialement« .

Que nous apprennent les films de campus ? Que « l’université est censée être le lieu de tous les possibles » et que, donc, les films de campus « sont les révélateurs des représentations les plus utopiques ou les plus dystopiques de notre relation aux savoirs et au progrès, ce ce que vers quoi l’on est susceptible de tendre suivant les choix individuels ou collectifs que l’on est amené à faire« .

Finalement, « si l’on s’amusait à ranger dans l’odre chronologique tous les films de campus tournés depuis les origines du cinéma, on apercevrait en creux l’histoire de notre relation à la connaissance, et avec elle, l’évolution des enjeux éthiques que nous plaçons dans la science depuis plus d’un siècle« , soulignent Emmanuel Ethis et Damien Malinas.

Vous vous demandez… A qui reviendrait le « César du meilleur rôle » d’enseignant-chercheur dans un film de campus ? Quels films de campus américains pourraient faire l’objet d’un « remake » français ? Quels romans de campus mériteraient leur « adaptation cinématographique » ? Quelle université française serait la mieux placée pour servir de « décor » à un film de campus ? Pour le savoir, lisez les réponses d’Emmanuel Ethis sur educpros.fr.

Avoir 18 ans dans une université de l’Ivy League

Cet été, les journalistes de La Croix visitent cinq des plus grandes universités du monde (la première est Columbia).

Pour mieux comprendre comment fonctionnent les campus américains, on peut aussi lire Moi, Charlotte Simmons de Tom Wolfe (Robert Laffont, 2006).

Le roman raconte la confrontation d’une étudiante, issue d’un milieu provincial et modeste, avec l’élite de la jeunesse américaine. La jeune fille est admise dans une université de l’Ivy League (1) grâce à ses seuls mérites académiques quand la grande majorité des étudiants – tous WASP : white anglo-saxon protestant – possède assez de relations et d’argent pour fréquenter ce type d’établissement. Entre ces deux univers parallèles, l’université accueille aussi des sportifs de très haut niveau – aux capacités intellectuelles nécessitant l’indulgence du corps professoral – qui font sa renommée grâce aux compétitions.

Ce mélange des genres est l’une des principales raisons qui empêche toute comparaison entre la vie étudiante dans une université américaine et dans une université en France.

Ce n’est pas la seule différence. Aux Etats-Unis, les étudiants de première année sont tous hébergés sur le campus. Entrer à l’université, signifie obligatoirement quitter sa famille et devenir autonome. Et pour que les étudiants les plus modestes, mais très bons élèves, puissent suivre des études, sans que les frais d’inscription ou d’hébergement, soient un obstacle, il existe des bourses pour prendre en charge la totalité des coûts.

La vie associative est très intense, et en parallèle d’associations étudiantes comme on trouve dans les universités françaises, chaque campus possède des « fraternités ». Il s’agit de sociétés d’étudiants – plus ou moins secrètes – qui choisissent leurs membres et les intronisent. Ces « fraternités » disposent de maisons sur le campus dans lesquelles les étudiants font essentiellement la fête. Historiquement masculines, les « fraternités » ne sont toujours pas mixtes. Il en existe aujourd’hui des féminines, mais elles sont moins influentes.

Le sport est prépondérant pour l’image de l’université. Les très bons sportifs y sont admis grâce à des bourses tout comme les étudiants méritants. Les professeurs connaissent leurs exploits et savent que même s’ils ne brillent pas en cours, il leur faut quand même des notes suffisantes pour passer dans l’année supérieure afin de continuer à défendre les couleurs de l’université sur les terrains. Ce rayonnement est important pour séduire des mécènes, riches et influents. Les sportifs sont choyés avec des installations qui leur sont dédiées pour l’entraînement. Les autres étudiants disposent aussi de salles de musculation.

Rencontre universitaire de football américain

Les étudiants peuvent choisir leurs cours à la carte : choix qui se fait en fonction de leur intérêt pour la matière et pour le professeur. Ce dernier doit les convaincre de son professionnalisme. Il est d’ailleurs noté chaque semestre par les élèves. Il doit être capable de répondre à leurs attentes sur le plan intellectuel avec des listes de lectures, des devoirs à rendre. Il doit surtout valoriser chaque élève pour le faire progresser et non sanctionner ses erreurs quand il se trompe. Il existe des cours magistraux en amphi, mais aussi l’équivalent des TD en France qui réunissent de petits groupes d’élèves (une dizaine) très actifs en classe.

Le système de notation se fait par lettre : de A à F, sachant que la note C est déjà une très mauvaise note dans une université de l’Ivy League (la plupart des étudiants ont obtenu des A pendant toute leur scolarité). Les étudiants ont accès à la bibliothèque toute la nuit pour leur travail personnel.

Le roman de Tom Wolfe est un roman d’apprentissage d’une jeune fille très sage, jetée dans l’univers festif des campus où le paraître prend le pas sur le savoir. Où l’on estime que les années étudiantes en Amérique sont une parenthèse entre le lycée et l’âge adulte. Où l’on peut se permettre tous les écarts, une fois dans sa vie, en toute impunité. Charlotte va se remettre en question, s’interroger sur ses convictions, sa personnalité, et paiera finalement de sa personne son désir de faire partie de ces WASP, ces fils et filles à papa insouciants et privilégiés, d’adopter leurs codes – vestimentaires aussi – et leur désinvolture.

Selon Tom Wolfe, il n’aurait pu en être autrement. Céder à la pression du groupe en adhérant aux « pseudo-valeurs » de cette jeunesse dorée est plus forte que la soif d’apprendre et de réussir.

(1) Il s’agit d’une université fictive. Les huit universités de l’Ivy League sont : Brown, Darmouth, Columbia, Cornell, Harvard, Pennsylvanie, Princeton et Yale.

Finir prof ? Le gars voûté et mal fringué ?

15 % des postes offerts au CAPES n’ont pas été pourvus cette année. La désaffectation des jeunes pour le métier de prof est une lame de fond. Rien de nouveau… Une preuve ?

Plongée estivale dans « Moi, Charlotte Simmons » de Tom Wolfe (Robert Laffont, 2006) :

– « Donc les étudiants comme nous, ils finissaient quoi en général ? Profs de fac ou de lycée. Et puis apparaît un nouveau type d’intellectuel, l’enfoiré. C’est un intello voyou, je dirais. Un enfoiré veut pas d’un boulot aussi rasoir, aussi mal payé et aussi… conventionnel que l’enseignement. Il veut pas gâcher sa jeunesse enfermé dans les bibliothèques. T’es un intellectuel mais tu veux fonctionner à un niveau… supérieur. Un millénaire commence et tu as envie d’appartenir à l’aristocratie de cette nouvelle ère, qui est une méritocratie, enfin… une aristo-méritocratie, on va dire. T’es un mutant. T’es un progrès dans la chaîne de l’évolution. Tu dépasses de très, très loin la figure ordinaire de l’intellectuel au XXe siècle. (…) Tu vois ce que j’veux dire ? ».

– « Non« , semblait dire le regard largué de Charlotte.

– « OOO.KKK. On va pas faire des études cent cinq ans, on va pas finir prof, tu sais, le gars voûté et mal fringué et… Parce que bon, qui a envie d’inspirer la pitié aux autres ? »