Années étudiantes : et si c’était à refaire ?

Dans Replay (Ken Grimwood, Seuil, coll. Points, 1997), Jeff Winston recommence sa vie. Victime d’un arrêt cardiaque, en octobre 1988, à l’âge de 43 ans, il se réveille, 25 ans plus tôt, dans sa piaule universitaire. Il se souvient parfaitement du futur dont il vient, mais son quotidien, ce sont désormais les cours à l’université d’Emory, en Floride, et sa petite amie de l’époque.

« Qu’allait-il donc faire, à présent ? Jouer simplement le jeu. Se livrer à d’autres séances de pelotage appuyé avec une petite blonde tombée de la dernière pluie, qui n’avait jamais entendu parler de la pilule ? Retourner à ses cours, à ses bravades d’adolescent, à ses bals du printemps, comme si tout était encore nouveau pour lui ? Mémoriser des tableaux statistiques, qu’il avait oubliés depuis longtemps et qui ne lui avaient jamais servi à rien, pour pouvoir passer « sociologie 101 » » ?

En fait, Jeff Winston va planter ses études et miser sur des courses et des compétitions sportives dont il connaît à l’avance le résultat. Sa nouvelle vie sera plus facile que la première sur le plan financier. Mais il mourra de nouveau, connaîtra plusieurs vies, prendra plusieurs orientations possibles, avec la tentation d’améliorer le monde. L’histoire tourne parfois à la fable moralisatrice mais, à condition de faire preuve d’indulgence, on se laisse prendre au jeu.

Et vous ? Que feriez-vous aujourd’hui si, sans rien avoir oublié de votre vie jusqu’à présent, vous vous retrouviez à la fac ? Suivriez-vous le même parcours ? Changeriez-vous d’orientation ? Abandonneriez-vous vos études ?

Auriez-vous l’impression que beaucoup de choses ont changé depuis vos années étudiantes ?

« Le caractère volontairement intemporel de l’architecture était déconcertant ; Jeff traversa le grand rectangle à petites foulées, passa devant la bibliothèque et la faculté de droit, et se dit qu’il aurait aussi bien pu se trouver en 1998 qu’en 1963. Rien qui pût lui fourni le moindre indice, pas même les costumes, ou les cheveux coupés courts des étudiants qui se promenaient ou se reposaient sur les pelouses. Le look jeune des années quatre-vingt – hormis les déguisements post-apocalyptiques des punks – se distinguait à peine de la mode de ses années d’université. Bon Dieu, le temps qu’il avait passé sur ce campus ! Les rêves engendrés en ces lieux et qui ne s’étaient jamais réalisés… (…). Comment avait-il pu dériver si loin (et sur tant de voies divergentes) des projets et aspirations nés dans le calme rassurant des ces pelouses vertes, de ces édifices nobles ? ».

Replay a reçu, en 1988, le Worl Fantasy Award. Son auteur est décédé, à 59 ans, d’une crise cardiaque. Il travaillait alors à une suite de son roman.

La face cachée de Harvard : une plongée dans l’atmosphère des sociétés secrètes étudiantes

La thèse de Stéphanie Grousset-Charrière, consacrée aux sociétés secrètes étudiantes de Harvard*, nous plonge dans l’univers des campus américains. Elle décrit le fonctionnement des finals clubs dont les membres étudiants se cooptent d’année en d’année. On pense immédiatement à des films comme The Skulls, Social Network ou encore le Cercle des poètes disparus.

Eric Demarcq

La doctorante en sociologie (lire son interview sur www.educpros.fr) a pu pénétrer dans l’univers de ces clubs dont les membres sont exclusivement masculins. Elle a analysé leur raison d’être qui repose sur trois piliers : le maniement du secret, la reconnaissance de l’appartenance à une élite et l’apprentissage du pouvoir.

« La face cachée de Harvard » permet de mieux comprendre le fonctionnement de cette université, notamment les relations qu’entretiennent les élèves et les enseignants et de découvrir, dans le détail, les codes des finals clubs, leurs modalités de sélection, leurs rites d’intégration.

Des codes de gentlemen

Les étudiants des finals clubs se considèrent comme des gentlemen qui refont le monde « entre hommes privilégiés érigeant leur culture en flambeaux rayonnants, enfoncés dans leur fauteuil club en cuir, fumant le cigare et dégustant un bourbon ».

Eric Demarcq

En vrai gentlemen, ils sont aussi très respectueux envers la gente féminine. « C’est effectivement l’affabilité avec laquelle j’ai été reçue qui m’a le plus marquée lors de ma première soirée dans un final club, écrit Stéphanie Grousset-Charrière. (…) J’étais accompagnée d’un endroit à un autre [de la maison], jamais isolée, introduite auprès des différentes personnes qui se présentaient. J’étais questionnée, flattée (…). En fin de soirée, celui qui m’avait conviée me raccompagna à un taxi et donna de l’argent à mon chauffeur ».

La reconnaissance de ces gentlemen entre eux, comme appartenant à un même monde, passe par des codes vestimentaires : « les chemises sont de rigueur la plupart du temps. Les polos, de marque toujours, se portent col relevé ». Pour se distancier des autres étudiants, « le fait de porter des vêtements élégants adaptés aux différentes occasions suffit. Qu’on le fasse avec détachement peut même être considéré plus altier ».

Comment y entrer ?

C’est à partir de leur deuxième année d’études que les étudiants d’Harvard peuvent faire partie d’un final club (ces clubs sont au nombre de huit sur le campus et reçoivent chacun 15 à 30 nouveaux membres par an sélectionnés parmi un vivier de 3 300 étudiants masculins). Les happy fews sont repérés mais ne peuvent se porter candidat. « Il faut être invité, anonymement et dans la plus grande discrétion. Après quoi on doit se soumettre à des épreuves éliminatoires, là sans savoir qui aura refusé d’offrir une nouvelle invitation ou au contraire grâce à qui on aura l’honneur d’être convié de nouveau. (…). Ce long processus s’achève par la sélection définitive qui s’opère par un vote des membres ».

Eric Demarcq

Les rites d’intégration dans un final club s’apparentent beaucoup à une forme de bizutage. Au final, seul 10 % des étudiants pré-sélectionnés deviendront membres d’un final club. Ils seront prévenus dans la nuit, réveillés par des cris et des chants. Et devront donner leur acceptation le lendemain (certains pouvant être cooptés par plusieurs clubs, surtout s’ils sont « riches d’un patronyme ou d’une réputation attractive »).

Il n’existe pas de critères de sélection pour intégrer un final club (« l’une des choses les plus importantes est d’avoir une bonne descente », affirme un membre). Mais de fait, les membres sont majoritairement, blancs. Et longtemps, ils n’étaient ni juifs, ni catholiques. Quant à l’origine socio-économique…, elle est prépondérante : seule des performances sportives exceptionnelles peuvent entraîner la cooptation de membres issus de milieux non favorisés.

Quel est la finalité de ces clubs ?

Les finals clubs sont installés dans d’immenses maisons sur le campus, qui leur appartiennent. Ils disposent d’un budget, de personnel à leur disposition… Les activités proposées et ouvertes aux filles (sur invitation) tournent autour de soirées où l’alcool coule à flot gratuitement (sans aucune nourriture), avec circulation de drogue parfois et risques d’abus sexuels. Des dîners sont également organisés. Certaines pièces ne sont accessibles qu’aux membres. L’université ne cautionne pas ces clubs et craint les débordements mais elle ne peut – ou ne veut plutôt – intervenir. Dans ces sociétés secrètes – dont on est membre à vie – figurent de potentiels mécènes, même s’ils ne sont pour le moment que des étudiants qui font l’apprentissage du pouvoir, en maniant l’art du secret et en pratiquant l’élitisme.

* La face cachée de Harvard, la socialisation de l’élite dans les sociétés secrètes étudiantes, Observatoire national de la vie étudiante, La documentation française, février 2012.

Photos : le campus de Harvard, été 2010 (crédit : Eric Demarcq).

Dans la peau d’un professeur d’université

Quels sont les aspirations, les désenchantements et les renoncements d’un professeur d’université ? Pour le savoir, il faut entrer dans la peau de William Stoner, pauvre fermier du Missouri, qui deviendra professeur de littérature (Stoner, John Williams, Le dilettante, septembre 2011). Il enseignera, durant toute sa carrière, dans la même université, à l’abri des soubresauts de l’histoire du XXème siècle.

Suite à une querelle avec le doyen du département de lettres (les deux hommes ne s’adresseront pas la parole pendant 40 ans), au fil du temps, Stoner sera « considéré comme l’une des vedettes du campus« .

Il deviendra « une figure presque mythique avec les fluctuations,  et toutes les variantes possibles qu’un tel statut ne manquait jamais de provoquer… Quelque fois il était le méchant. (…) D’autre fois il était l’idiot. Et d’autre fois encore, il était le héros. (…) Mais pour tout dire, ce qui établissait le plus sûrement sa propre légende, c’était encore la façon dont il se comportait dans une salle de classe. Avec les années, il était devenu à la fois plus absent et plus incandescent« .

L’auteur de Stoner, John Williams (1922-1994), a été professeur de littérature à l’université de Denver, pendant 30 ans. Il décrit « la soif d’apprendre (…) Cette indécrottable énergie de l’universitaire qui ne connaît ni loi, ni âge, ni aucune limite« . Qu’en reste-t-il à l’heure du bilan ? « Il avait voulu devenir professeur. Et il en était devenu un. Cependant il savait, il l’avait toujours su, que durant la plus grande partie de sa carrière il avait été un piètre passeur. Il avait rêvé d’une sorte de probité, de pureté que rien n’aurait pu corrompre et n’avait trouvé que compromissions, mesquineries et vulgarité. Il avait cru à la sagesse et que trouvait-il après toutes des années ? L’ignorance. »

Stoner est un anti-héros, un personnage sans aspérités. Bien loin des affres que connaissent les universitaires de David Lodge, Stoner a vécu une vie médiocre (sans colloques au bout du monde… mais pas sans une aventure avec une doctorante). John Williams, traduit par Anna Gavalda, décrit avec talent, les états d’âmes de Stoner, rendant passionnante une vie de prof de fac.

Ravissantes idiotes et profs !

Dans son dernier film (« Il n’est jamais trop tard »), Julia Roberts est professeur d’expression orale. Passons sur le scénario, sans intérêt. Juste une remarque sur le rôle de Julia : son enseignement n’est pas très sérieux et surtout, ne semble pas la passionner. Elle est ravie quand le nombre d’élèves est inférieur à dix, car elle peut ainsi annuler le cours. Cours qui a lieu à 8 heures du matin (elle se demande ce qu’elle a bien pu faire pour avoir à se lever tôt). Rien à voir avec le cours d’économie, donné par un homme, un professeur japonais brillant, détenteur d’un PhD. Alors que Julia fait cours dans une petite salle, lui est derrière un pupitre face à un amphi bondé.

Cameron Diaz joue aussi, en ce moment sur les écrans, le rôle d’une enseignante dans une université américaine. Le film, sorti le 24 juin, s’appelle « bad teacher » (est-il besoin d’en dire plus ?). Dès la bande annonce, on comprend immédiatement que les ressorts comiques reposent essentiellement sur la plastique de Cameron.

C’est moi qui divague… ou on voit rarement, dans un rôle principal, UN professeur d’université tourné ainsi en ridicule ?

Etre enseignant américain dans une université de seconde zone

Le dernier roman de Richard Russo, Les sortilèges du Cap Cod (septembre 2010, La Table Ronde), narre de manière très ironique les tribulations d’un prof américain, traumatisé par ses parents, un couple d’enseignants affectés toute leur vie dans une université de seconde zone.

Le ton est donné : « A Yale, où ils avaient fait leur doctorat, ils avaient carressé l’idée d’obtenir des postes de recherche dans l’Ivy League, en tout cas jusqu’à ce que le marché des universitaires se déplace vers le Sud (…). Trahis. Ils se sentaient trahis. Pourquoi se donner la peine de trimer à Cornell, à Yale, si la seule récompense était de finir dans l’Indiana ? (…) Avant d’être promus et titularisés (ou emmurés pour l’éternité selon leur formule), dans ce Midwest de merde, chacun  avait reçu des propositions – elle pour Amherst, lui pour Bowdoin – mais jamais au même endroit. Ils étaient donc restés ancrés à leur job et à leur mariage, terrifiés (…) que l’un, libéré de ses chaînes, parvienne à s’échapper en accédant au genre de poste (une chaire !) qui achèverait de rendre l’autre malheureux ».

Richard Russo, qui a enseigné la littérature, se moque du carrièrisme des enseignants et de leur supériorité déplacée. Tel le profond mépris de la mère du héros pour tous ceux qui n’ont pas fait de thèse, à commencer par sa belle-fille (« mais quel genre d’individu ne fait pas troisième cycle ? » demande-t-elle à son fils). Une mère (et une enseignante) impossible dont « seuls les plus courageux et les plus ambitieux assistaient au cours qu’elle donnait ». Le père, lui, gonfle les notes de ses étudiants sportifs pour avoir la paix. Il a une liaison avec une de ses doctorantes dont il finit par écrire la thèse.

Et le fils dans tout ça ? Ses cours de scénario ont du succès mais il craint « d’avoir hérité des pires attributs de chacun de ses parents ».

Les héros de Douglas Kennedy sur grand écran

Plusieurs romans de Douglas Kennedy sont actuellement adaptés pour le cinéma : L’homme qui voulait vivre sa vie avec Roman Duris, Les désarrois de Ned Allen avec Clovis Cornillac, A la poursuite du bonheur et… La femme du Vème (Belfond, 2007).

Le personnage principal de La femme du Vème est Harry Ricks, un professeur d’université américain, exilé à Paris. Ce dernier a quitté son pays, éclaboussé par un scandale, après avoir eu une relation avec une de ses étudiantes qui s’est suicidée.

Le rôle du professeur est interprété par Ethan Hawke révélé dans… Le cercle des poètes disparus (1989) où il était Todd Anderson, cet étudiant fasciné par son professeur de lettres, John Keating.

A quand d’autres héros universitaires de Douglas Kennedy sur grand écran ? Je pense notamment aux personnages de ses romans les plus récents : Les charmes discrets de la vie conjugale (Belfond, 2005) ou Quitter le monde (Belfond, 2009).

Quand les profs jouent aux cartes

Charles Nesson, professeur de droit à Harvard, utilise le poker dans ses cours, pour travailler sur les preuves et la recherche de la vérité dans les procès. « Le poker est un excellent moyen d’enseigner la stratégie« , déclare-t-il.

Son portrait est à lire, cette semaine, sur NousVousIls.fr.

Je me souviens aussi d’un film, Las Vegas 21 (2008), avec un enseignant américain, mathématicien, doué pour les cartes. Sauf que ce dernier réunit, lui, une poignée de ses meilleurs élèves pour leur apprendre à tricher au blackjack en bande organisée. Chaque week-end, le petit groupe s’envole pour Las Vegas, s’enrichir dans les casinos. Le film est inspiré d’une histoire vraie écrite par Ben Mezrich dans un livre intitulé Bringing Down the house.