En classe with Luki Bancher : prof d’anglais et dessinateur de BD

Couverture_en_classe_with_me_p1web_0A quoi ressemble la semaine d’un prof d’anglais en collège et lycée ?

Luki Bancher, dessinateur de BD et prof d’anglais (à moins que ce ne soit l’inverse… ?), se met en scène pour raconter, par exemple, la touchante naïveté des sixièmes – trop petits encore pour le second degré – ou la drague éhontée des filles de première aux tenues aguichantes, posant des questions plus ou moins personnelles après le cours. La justesse des situations – qui ne peuvent qu’avoir été vécues ! – prête à sourire.

Plusieurs planches sont parues sur le blog de Luki Bancher avant qu’un éditeur lui propose de les publier dans une BD : En classe with me (Emmanuel Proust éditions), qui est sortie au début de l’été 2013. Extraits.

Elèves désorientés, profs déboussolés : c’est le conseil de classe

Par petites touches, à la façon des impressionnistes, Jeanne Benameur(*) esquisse dans Présent ? (Folio poche, 2008),  le portrait de profs et d’élèves d’une classe de troisième, dans l’attente du dernier conseil de classe de l’année. CE fameux conseil qui entérine l’avenir scolaire de milliers d’élèves : ceux qui continueront au lycée et auront encore un peu de temps pour décider de leur métier, et les autres…

F_present.inddExtrait : « Au fond de la classe qui riait, une jeune fille a les mains bien à plat sur son bureau. (…). Elle est en troisième. Ce soir, c’est son conseil de classe. Ça excite beaucoup ses camarades. Les discussions vont bon train depuis déjà un moment. Il est question d’orientation. C’est important. C’est pour plus tard. Quand elle était en primaire, ils avaient une course d’orientation. Elle s’était perdue. Elle, c’est une fille désorientée (…). Où va-t-on l’envoyer l’année prochaine ? Elle a peur. (…) Elle s’est retrouvée dans le bureau du conseiller d’orientation, elle aussi, comme tous ceux de troisième. Pour faire des vœux. Ni boussole ni sextant. Comment se diriger ? (…). Elle a des résultats en chute libre. Il n’a pas de baguette magique. S’orienter, elle ne peut pas. Elle ne sait pas. »

Les professeurs aussi ne savent pas, parfois, pourquoi ils sont là... Comme cette enseignante de SVT. « Entre elle et eux, il n’y a pas un écart d’âge si grand que ça. Elle pourrait être leur grande soeur. Mais non, elle ne fait pas partie de leur « famille ». Elle n’en fera jamais partie. Ils ont leurs codes, leurs centres d’intérêts. Elle n’a pas même pas idée de ce qui les intéresse vraiment dans le fond. Elle arrive, avec sa matière, sciences de la vie et de la Terre, et eux ils vivent dans le béton et ils s’en foutent, voilà !« .

Cette toute jeune prof est séparée de son ami qui n’a pas fini l’IUFM tandis qu’elle a pris son premier poste en banlieue. La distance lui est insupportable. « Elle voudrait juste le suivre, lui, et tout planter là mais elle n’a pas fait tant d’études pour rien, n’est-ce pas ? On ne passe pas tant d’heures de sa vie à quelques chose pour se rendre compte que cela ne vous convient pas, que cela ne vous conviendra jamais ».

Sont aussi présents : le professeur de lettres (qui aurait voulu écrire et n’arrive même plus à lire), celui d’histoire-géographie (un doux rêveur), la professeur d’espagnol (qui saque les élèves), la documentaliste (qui anime un atelier d’écriture), la principale, le factotum, la dame de service, le parent d’élèves, le délégué de classe, le conseiller d’orientation,…

Tous, avec leurs doutes, leurs failles et leurs aspirations, sont dans l’attente du conseil de classe organisé en fin de journée. L’avenir des collégiens est-il scellé d’avance ? Un conseil de classe peut-il produire de petits miracles ?

« Peut-être n’est-ce pas vraiment le lieu pour un débat ? », questionne la principale. Ce à quoi rétorque le professeur d’histoire-géographie : « si ce n’est pas le lieu, ici, sur le terrain, au cours d’un conseil qui a toute son importance pour l’avenir de nos élèves, alors où est le lieu ? ».

(*) Jeanne Benameur, auteur de romans pour adultes et de livres pour enfants, possède un CAPES de lettres et a enseigné jusqu’en 2001.

Etes-vous mathématopathe ?

Etes-vous mathématopathe ? Si oui… vous apprécierez le roman drôlement « hystérique » d’Olivier Dutaillis : « Le jour où les chiffres ont disparu » (Albin Michel, août 2012).

Une ancienne élève, Anna, persécutée par sa prof de maths, Hélène, la séquestre des années plus tard. Quel mathématophobe n’en a pas rêvé ? Pour l’ex-lycéenne, il s’agit d’une forme de thérapie. Elle veut mettre à l’épreuve cette enseignante qui l’a traumatisée à vie, en écrivant notamment dans son bulletin : « justifie à elle seule l’invention du zéro« .

C’est l’occasion pour l’auteur de fustiger la sélection par les mathématiques, tout en trouvant des circonstances atténuantes aux profs tortionnaires malgré eux.

Hélène, une fois libérée, déclare : « J’ai pris une voie que je n’avais ni choisie ni désirée. J’étais bonne en maths. j’ai suivi cette filière parce qu’elle était valorisée dans ma famille, sans oser me demandait si elle me convenait. J’ai passé l’agrégation et je me suis mise à enseigner… Honnêtement, si j’en avais eu la liberté, je n’aurais pas choisi ce métier. Pendant toute ma carrière, j’ai reproduit ce phénomène… Tout en faisant mon travail d’une manière apparemment irréprochable, j’ai fait régner une sorte de terreur. J’ai valorisé certains élèves, je les ai poussé malgré eux dans des filières réputées prestigieuses, mais qui ne correspondaient pas forcément à leurs aspirations. J’ai humilié discrètement les autres, pour l’exemple. J’ai reproduit le traumatisme« .

Pour guérir des chiffres qui lui empoisonnent la vie depuis l’adolescence, Anna trouve finalement une solution jubilatoire pour tous les phobiques des mathématiques.

Conseils à un(e) prof stagiaire qui débute au collège

Après Jean-Paul Blondel (G229, éditions Buchet-Castel, mars 2011), c’est au tour de Gabrielle Déramaux (Collège inique (ta mère !), éditions François Bourin, août 2012) de partager son quotidien de prof : ses joies, ses peurs, ses doutes… devant ses élèves.

Des élèves dont certaines personnalités sont récurrentes – et touchantes : « il y a toujours le rigolo qui se fait remarquer dès le premier jour, le mauvais garçon au grand coeur qui vous fatigue mais qui sait vous amadouer, le groupe des petites bavardes, la fille agressive qui se laissera apprivoiser au fil de l’année, le silencieux qui ne vous parlera jamais mais qui excelle à l’écrit, l’excité qui vous promet de se réformer au prochain trimestre pour recommencer de plus belle…« .

Des élèves qui vivent dans un climat de violence redoutable. « Les élèves sont incapables de s’écouter et sont tous persuadés que participer au cours, c’est « collaborer avec le prof », « sucer le prof ». Lorsque l’enseignant pose une question et qu’un élève ose répondre, d’infâmes bruits de succions fusent de part et d’autre. (…). l’élève qui veut étudier sans attirer l’attention se cantonne à des 12/20, note suffisante pour réussir et assez modeste pour ne pas attiser la jalousie des caïds qui l’insulteraient et l’obligeraient à faire leurs devoirs à leur place« .

Aujourd’hui professeur de français dans un lycée parisien, Gabrielle Déramaux a débuté dans un collège du 9-3. Elle se souvient particulièrement de ses premiers pas dans une salle de classe et égrène, au fil de courts chapitres, de précieux conseils qui ne peuvent s’apprendre que sur le tas.

Avis aux professeurs stagiaires recrutés en 2012 qui vont se retrouver face aux élèves à la rentrée !

« Une bonne préparation de rentrée repose grandement sur un entraînement rigoureux à une lecture fluide des noms et prénoms des nouveaux élèves, dont la susceptibilité pointilleuse peut vite dégénérer. »

« Quelques règles de base pour ne pas ajouter à l’énervement de l’élève : se déplacer lentement dans la classe, commencer sans tarder à les faire écrire ou lire à voix haute pour les forcer à se taire. Surtout ne jamais crier. »

« Ne restez jamais derrière la porte. Pendant votre cours, le porte s’ouvrira deux ou trois fois à toute volée. C’est le jeu favori des élèves exclus des autres cours. »

« En début d’année, ne jamais trop insister pour qu’un élève réticent  enlève son blouson car il le fait peut-être pour cacher des marques de coups ou se sentir protégé des agressions extérieures. »

« En cas de débordement, mettre l’élève concerné dans le couloir cinq minutes pour qu’il se calme en lui demandant de tenir la clenche de la porte vers le bas pour s’assurer qu’il n’est pas parti. »

« En cas de bagarre dans mon cours, j’éloigne les autres élèves, envoie d’un d’entre eux chercher de l’aide et tente de calmer les adversaires par l’ironie : « Allez-y, étranglez-vous, ça me fera deux élèves de moins ». ça marche parfois… »

Gabrielle Déramaux fournit aussi un lexique des termes employés par les collégiens. Souligne que maîtriser l’arabe peut être un atout (« je sais comment dire « tais-toi ! » et deux ou trois autres expressions en arabe dialectal, répliques qui me seront souvent très utiles pour couper court à certains échanges houleux avec des élèves« ). Donne une parade pour les élèves qui ne notent jamais le travail scolaire à faire à la maison (« se poster près de la porte et signer chaque agenda de chaque élève avant qu’il sorte de la classe. Fastidieux mais efficace« ). Et préconise un bon usage, pour le professeur, du carnet de correspondance (malgré un trafic de faux carnets largement répandu).

Collège inique (ta mère!) est un roman de survie à l’usage des enseignants Robinson, échoués sans boussole, dans un collège de banlieue.

Pourquoi devient-on enseignant ? Pourquoi le reste-t-on ?

Pourquoi devient-on enseignant ? Pourquoi le reste-t-on… si longtemps, dans le même lycée, dans la même salle de classe ?

Dans G229 (Editions Buchet-Castel, mars 2011), Jean-Philippe Blondel, professeur d’anglais dans le même lycée – et dans la même salle (la G229) – depuis ses débuts dans l’enseignement, décrit, par petites touches et avec beaucoup d’émotion sa relation avec les élèves.

Extrait : « Un élève qui vous cherche du regard, qu’on le veuille ou non, c’est un bond dans la cage thoracique – il y a toujours un côté Brigitte Fossey en train de crier « Michel Michel » dans une gare bondée, un côté orphelin du Cambodge sur les panneaux publicitaires de médecins du monde. On s’approche. Il pousse sa feuille vers vous, il ne parle pas du tout mais son geste signifie, c’est juste pour vérifier monsieur je suis sûr que c’est tout pourri et nul. Et là, tout est bon.

Le moment où tu croises ses yeux, putain.

Tu pourras dire ce que tu veux, cracher sur le métier les bons sentiments la démagogie les prêchi-prêcha les gnagnagna les Philippe Mérieux les évaluations formatives ; tu pourras manier l’ironie et le sarcasme, mimer le « cassé », arborer un sourire mauvais, lancer des piques, des traits des flèches – tu ne changeras pas la réalité de ce regard, de ce qu’il signifie, de ce qu’il fait naître en toi de fierté et d’émotion pure. Tu ne changeras pas le fait que c’est pour des moments comme celui-là – et peut-être uniquement pour eux – que tu t’es installé un jour à un bureau, devant trois examinateurs perplexes, et que tu as parlé de la forme interrogative chez Shakespeare en te demandant ce que tu pouvais bien raconter« .

Des petites moments comme ça, il y en a plein les chapitres de G229. Et comme l’auteur, on a souvent les yeux qui piquent. Quand on ne sourit pas bien sûr.

« Casser du prof » : un événement littéraire ?

D’un côté, un élève de 15 ans, mis à pied une semaine de son collège. De l’autre, un agrégé d’histoire, ayant enseigné pendant sept ans dans un établissement « ambition réussite ».

Leur point commun en cette rentrée littéraire ? « Casser du prof », dans un pamphlet pour le premier (La suprématie des professeurs est-elle juste ?, Editions Praelego, 2011) et un roman (Jours tranquilles d’un prof de banlieue, Grasset, août 2011), pour le second.

La suprématie des professeurs est-elle juste ? n’a rien à envier à une rédaction d’élève de 3ème. Et pour cause. L’éditeur raconte la genèse du livre : le jeune Emilio A. Bouzamondo a d’abord soumis son texte (des pages et des pages écrites avec ressentiment suite à une sanction), à son professeur de français. Verdict : une semaine d’exclusion. Une raison suffisante pour publier ses écrits… Et sans retoucher une ligne apparement ? Le livre est consternant. Tout comme la couverture médiatique dont bénéficie l’ « auteur »… Sur les profs, peut-on tout écrire, pourvu que ça buzz… ?

Les élèves ne sont pas les seuls à « casser du prof ». Les profs aussi savent faire (enfin les ex-profs le plus souvent). A l’instar de Martin Quenehen, l’auteur de Jours tranquilles d’un prof de banlieue.

L’agrégé pense autant de bien des profs que le collégien. Extrait : « Les quasi clodos aux pellicules qui collent sur leurs épaules, les psychotiques maquillés à la céruse qui offrent des cactus à leurs chouchous en fin d’année, les minets qui confondent sciences physiques et « Star academy » et portent la cravate au-dessous du genou, les quinquas priapiques qui s’agrippent à tous ce qui a des arguments, moins de la moitié de leur âge et rentrent dans un 38… Et puis les affreux, les obèses, les analphabètes, les mélancoliques. Tous ces énergumènes enseignent dans la fonction publique »

Chez Emilio A. Bouzamondo, ça donne : « l’étroiture d’esprit des professeurs provoque, à long terme, une sorte de rigidité morale typique des traditionnalistes. Doublés de leur arrogance naturelle, les enseignants sont des monstres d’ego titanesques. Les professeurs « atteints » de rigidité (ce n’est pas une maladie, ne vous inquiétez pas) sont un peu comme des bernard-l’ermite : dans leur monde, et souvent aveugles aux moqueries des élèves (oui, bande de traditionnalistes, les élèves ont leur opinion – souvent peu flatteuse – sur leurs enseignants ».

Emilio a 15 ans : il mériterait une correction. Je ne suis pas prof, mais je lui mettrai bien une note très en-dessous de la moyenne (ce qui lui donnera l’occasion d’avoir une idée pour son prochain livre : casser du bloggeur). Et pour Martin Quenehen ?

De la maternelle au lycée : profs et élèves devant la caméra

Les élèves et les profs font aussi leur rentrée sur le petit écran. A voir (ou revoir) :

Les ados dans tous leurs états (France 5). La rediffusion de six portraits de collégiens et lycéens. L’exploration de deux univers, celui des filles et celui des garçons, entre 14 et 16 ans. Lire la critique de Télérama. Mardi 6 septembre, 20h35 (rediffusion dimanche 18 septembre à 19h).

Lire, écrire, grandir : un an à l’école primaire (Téva). Un documentaire inédit en 8 épisodes (les deux premiers sont diffusés ce soir) sur l’école primaire. Mardi 6 septembre, 20h35 (rediffusion le 11 septembre à 14h55).

Passe le périph d’abord (Canal+). Six élèves de terminale : trois au lycée Alfred-Nobel de Clichy-sous-Bois et trois autres au lycée Racine dans le 8ème arrondissement de Paris. Pendant quelques jours, ils échangent leurs vies. Lire la critique de TéléObs. Mercredi 7 septembre, 20h50 (rediffusion le 9 septembre à 10h30 et le 19 septembre à 1h25).

La salle des profs (France 5), mardi 13/09 à 20h35

 

La salle des profs (France 5) : le regard d’un ancien prof de lettres (François Rabaté) sur le métier d’enseignant dans un collège du 11ème arrondissement de Paris. Mardi 13 septembre, 20h35.

Dans l’atmosphère plombée d’un collège argentin

Sortie sur les écrans, le 11 mai 2011, de L’œil invisible (Diego Lerman), d’après le roman de Martin Kohan, Sciences morales (Seuil 2010).

Le livre et le film, dont l’action se déroule en 1979, se veulent le reflet, dans un établissement scolaire, des violences effectuées par la dictature militaire de 1976 à 1983 (1). Dans le plus huppé des établissements scolaires de Buenos Aires : le « Colegio nacional » règnent discipline de fer et interdits. Ceux-ci entendent masquer le monde extérieur : arrestations, tortures, disparitions en masse de ceux qui ne cesseront de lutter contre le régime.

Une jeune femme, surveillante et remplaçante, exerce un pouvoir dictatorial sur les élèves, assistée par le surveillant général. C’est une « jeune » vieille fille qui cache ses désirs par une cruauté névrotique. Les élèves filent droit devant elle et se laissent punir sans réagir.

L’atmosphère plombée de ce collège est à l’image de celle qui règne dans le pays.

Martin Kohan est né en 1967 à Buenos Aires. Il enseigne aujourd’hui la théorie littéraire à l’université de Buenos Aires et à l’université de Patagonie. Il est l’auteur de plusieurs nouvelles et romans. A sa sortie, en 2007, Sciences morales a reçu le prix Herralde.

(1) 30 000 disparus, 15 000 fusillés, 9 000 prisonniers politiques.

De l’usage héroïque des TICE pour l’apprentissage des langues

Luc Chatel veut réinventer l’apprentissage de l’anglais et le développer dès l’âge de 3 ans. Il veut aussi réfléchir à l’usage des nouvelles technologies et d’Internet dans les écoles.

Princesse Soso est prof d’anglais dans un collège. Elle ne réfléchit pas à l’usage des nouvelles technologies, elle les utilise. Elle a créé une adresse MSN spéciale élèves pour les devoirs qui lui permet de constater que l’orthographe et la syntaxe des parents n’ont rien à envier à celles de leur progéniture. Elle tient un blog sur lequel elle a réagit aux propos du ministre. Elle vient aussi d’écrire Chroniques d’une prof qui en saigne (Editions Privé, octobre 2010).

Fidèle au ton très décalé (pour l’Education nationale !) de son blog, le livre raconte le déroulement de ses cours d’anglais. Les élèves de Princesse Soso sont âgés de 11 à 14 ans. La plupart pensent que « la vraie vie se trouve sur Facebook ».

Petite tranche de vie, en salle multimédia, avec les 6ème B dont elle est prof principale :

« 10h05 – Je demande aux élèves de se connecter avec leur code perso.

10 h 06 – Neuf élèves m’informent qu’ils ont oublié leur mot de passe et Kevvin me demande comment on fait pour allumer l’ordinateur.

10 h08 – Kevvin est formel. La lettre K n’est pas sur son clavier.

10h13 – ça-y-est… on peut commencer… tout le monde est connecté… sauf Kevvin qui a éteint l’ordinateur sans-faire-exprès-madame.

10h16 – Les élèves regardent un petit diaporama sur NYC. Sauf que Constance n’a pas de son. Sauf que Kevvin a débranché la souris sans-faire-exprès-madame. Sauf que l’ordinateur de Noah redémarre tout seul pour se mettre à jour. Sauf que Jean-Eudes n’a pas de casque.

10h22 – Kevvin m’informe qu’il a trouvé le K sur le clavier.

10h26 – ça-y-est… tout le monde a terminé la première activité. Sauf Kevvin qui se demande qui a bien pu planquer le F sur son clavier. »

Etc.

Les profs de banlieue en fiction sur France 2

Le livre de Thierry Jonquet, Ils sont votre épouvantes et vous êtes leur crainte (Seuil, 2006), a été adapté pour la télévision par Emmanuel Carrère.

Le téléfilm s’appelle Fracture. Il raconte une partie du roman : l’histoire d’une prof d’histoire-géo débutante, affectée dans un collège de Seine-Saint-Denis. Anna Kagan fait ses premiers pas dans le métier. Elle tente d’aider un de ses élèves, Lakdar, dont l’espoir de devenir dessinateur de BD va être contrarié par une chute accidentelle lui brisant la main droite.

La diffusion est prévue, sur France 2, à 20h35, mardi 30 novembre 2010. Elle sera suivie d’un débat sur le thème « prof en banlieue ».

Ajout du 2 décembre 2010 : j’ai regardé le téléfilm, fort bien joué, et sans aucun doute très réaliste sur le métier. A tel point qu’il ne risque pas de susciter des vocations. Il montre à quel point, l’enseignant peut se trouver dans une impasse face à des élèves qui n’ont peur de rien. Finalement, la jeune prof, Anna Kagan s’accroche, après avoir hésité à quitter l’enseignement. Contre l’avis de collègues plus expérimentés. « Si j’ai un seul conseil à te donner, c’est tire-toi », lui dit l’un d’entre eux, démissionnaire après plus de 20 ans d’expérience.