Les profs sont désormais des voyous

Nommé dans un collège « ambition et réussite », dans le 19ème arrondissement de Paris, Théodore Simonsky, professeur de français remplaçant depuis des années, vient pour y enseigner… l’espagnol et l’anglais.

Mais qu’importe… De toute façon, les élèves ne viennent pas en cours, et lui, a pour mission de tuer la principale. En échange de ce service, il a reçu la promesse d’être affecté l’année prochaine dans un bon lycée. Le dernier roman de Jean-Pierre Gattégno, Mon âme au diable (Calmann-Levy, août 2010) est drôlement loufoque. Et ça fait du bien ! Il n’épargne pas l’Education nationale avec une hiérarchie corrompue et des profs cyniques manipulés par des élèves irrécupérables. La caricature est parfois trop évidente, mais ce « thriller » se lit comme une récréation…

Extrait : « Je devenais un professeur-voyou. Un véritbale oxymore dans l’enseignement (du moins le croyais-je) : par définition , un enseignant est fondamentalement honnête (au sens où pour Rousseau le sauvage est naturellement bon), désireux d’aider sont prochain, de lui dispenser du savoir, au-delà de toute préoccupation mercantile. Grâce à moi, cet âge d’or serait révolu : j’ouvrais à mes collègues les portes de la voyoucratie qui leur avaient été longtemps fermées. Désormais, à côté des patrons-voyous, des hommes politiques-voyous, des députés, des maires, des ministres, des sénateurs-voyous, il y aurait des professeurs-voyous.« 

Les sanctions à l’école : un polar pour alimenter le débat

Lorsqu’un professeur d’un collège britannique, pris d’un coup de folie, tue trois élèves et un collègue, avant de retourner son arme contre lui, aucune circonstance atténuante n’est possible à première vue. Mais si cet accès folie n’était que le résultat d’une ambiance délétère dans l’établissement ? Si le prof était la victime et les élèves, les bourreaux ? Avec la complicité d’une hiérarchie qui ne veut rien voir, rien entendre.

Le premier roman de Simon Lelic, Rupture (éditions du Masque, avril 2010) prend un pari osé, celui d’amener le lecteur à prendre le parti du meurtrier. L’auteur remet en cause un système éducatif qui ne sait pas (ne sait plus ?) condamner les violences verbales ou physiques, la persécution, l’intimidation, l’humiliation des élèves entre eux ou envers leurs profs.

Un polar soudain d’actualité au moment où plusieurs acteurs du système éducatif demandent un débat sur les sanctions à l’école, suite au projet de réforme de Luc Chatel.

« Les profs de ZEP sont des héros »

« Les profs de ZEP sont des héros » : c’est Jean-François Mondot qui l’écrit dans son Journal d’un prof de banlieue (Flammarion, 2000). A relire dans le cadre des états généraux de la sécurité à l’école, les 7 et 8 avril 2010, ce récit d’un professeur stagiaire, confronté pour la première fois à des élèves, dans un collège de Seine-Saint-Denis.

Extrait : « Il y a des lieux, en France, où les médecins n’osent plus aller. Où les policiers n’osent plus aller. Où les pompiers n’osent plus aller. Mais où les profs continuent de se rendre, dans des conditions à la limite du supportable. La fracture sociale, il y a ceux qui en parlent et il y a ceux qui se la coltinent. Les profs des banlieues difficiles appartiennent à cette deuxième catégorie. (…) Je voudrais rendre hommage à ces profs qui enseignent en ZEP depuis cinq ans, dix ans, quinze ans sans se décourager. Pour moi cela ne fait pas de doute : il y a parmi ces gens-là de véritables héros qui méritent qu’on les soutienne et qu’on leur dise bien haut, bien fort : vive les profs !« .