L’Ecole 100 % humour : une « récréation » dans l’actualité éducative

Le retour de la morale dans les classes ne vous amuse pas ? Lisez L’école 100 % humour : une série de planches signées Christophe Besse (Cherche-midi, septembre 2012).

Les dessins sont drôles autant pour les parents d’enfants scolarisés dans le primaire que pour les enseignants. Pour trouver l’inspiration, l’auteur – connu pour ses illustrations jeunesse – s’est glissé dans plusieurs classes. Quand il « croque » une sortie scolaire, un prof écolo ou à bout de nerfs ou le rapport des élèves aux nouvelles techno ou à leur droit à l’image… C’est du vécu ! Une lecture, sous forme de « récréation », conseillée à tous les étudiants en master qui passent cette année le concours de professeur des écoles.

Exemples :

• Sur le dessin : une enseignante au rayon livres d’une grande enseigne de librairie, atterrée devant un vendeur, assis derrière son comptoir, regardant son ordinateur, et déclarant : « un bouquin pour enseigner la morale à l’école ??… Il y a bien l’Almanach des notions élémentaires de savoir-vivre dans une classe en manque de repères, chez Flon. Et, au rayon vie pratique, vous trouverez le très apprécié 365 maximes de sagesse populaire à l’usage des nuls, avec CD interactif pour choisir la morale du jour en fonction de l’actualité. Sinon, vous avez l’indémodable Dico des anti-sauvageons, 1001 formules de politesse mises aux oubliettes, un fac-similé de l’édition de 1905 enrichi des nouvelles directives… »

• Sur le dessin : un professeur au Louvre avec sa classe. Devant Le Radeau de la Méduse, il explique : « Il faut imaginer qu’à cette époque-là ils n’avaient ni balise de détresse, ni GPS, ni téléphone satellite, les équipements de sécurité étaient extrêmement sommaires… »

De la maternelle au lycée : profs et élèves devant la caméra

Les élèves et les profs font aussi leur rentrée sur le petit écran. A voir (ou revoir) :

Les ados dans tous leurs états (France 5). La rediffusion de six portraits de collégiens et lycéens. L’exploration de deux univers, celui des filles et celui des garçons, entre 14 et 16 ans. Lire la critique de Télérama. Mardi 6 septembre, 20h35 (rediffusion dimanche 18 septembre à 19h).

Lire, écrire, grandir : un an à l’école primaire (Téva). Un documentaire inédit en 8 épisodes (les deux premiers sont diffusés ce soir) sur l’école primaire. Mardi 6 septembre, 20h35 (rediffusion le 11 septembre à 14h55).

Passe le périph d’abord (Canal+). Six élèves de terminale : trois au lycée Alfred-Nobel de Clichy-sous-Bois et trois autres au lycée Racine dans le 8ème arrondissement de Paris. Pendant quelques jours, ils échangent leurs vies. Lire la critique de TéléObs. Mercredi 7 septembre, 20h50 (rediffusion le 9 septembre à 10h30 et le 19 septembre à 1h25).

La salle des profs (France 5), mardi 13/09 à 20h35

 

La salle des profs (France 5) : le regard d’un ancien prof de lettres (François Rabaté) sur le métier d’enseignant dans un collège du 11ème arrondissement de Paris. Mardi 13 septembre, 20h35.

Leçons de morale : le manuel

Déniché en chinant à la braderie de Lille ce week-end (pour 2 € : une aubaine !) : Leçons de morale, par G. Imbert, Belin, 1934.

Ce manuel illustré a été édité pour les élèves des cours moyen et supérieur, par un certain G. Imbert, inspecteur de l’enseignement primaire de la Seine.

« Nous avons écrit ce petit livre en pensant à tous les écoliers qui pencheront sur lui leurs têtes blondes ou brunes. Nous voudrions qu’il les incitât à réfléchir, à examiner les mobiles de leurs actions, à en apercevoir les conséquences : c’est la première condition de la moralité », écrit G. Imbert en préface de son livre.

« Le progrès moral doit être le souci dominant de l’école. Nous voudrions qu’elle ait pour premier devoir, pour préoccupation constante, la recherche de ce perfectionnement moral, poursuit-il un peu plus loin. Nous voudrions que l’enfant sentît tous les jours, chez son maître, une vigilance attentive à redresser paternellement ses défauts, à développer ses qualités, à le pénétrer d’admiration pour ce qui est beau, d’enthousiasme pour ce qui est bien, à le doter de bonnes habitudes, à l’entraîner à la pratique de la bonté ».

La première leçon de morale (sur 40) est intitulée : « Faisons bien notre métier d’écolier ». Et la dernière : « la morale et le bonheur ».

D’autres leçons ?

Leçon 18 : « guerre à l’alcool » (« quatre-vingt-dix-neuf pour cent des crimes sont causés par la boisson » Tolstoï) ;

Leçon 19 : « exerçons notre corps » (photo) : (« entretiens la vigueur de ton corps pour conserver celle de ton esprit ») ;

Leçon 34 : « entretenons le culte des héros » ;

Leçon 36 « faisons nous une conscience délicate », etc.

Accompagnement des enseignants : faisait-on mieux en 1954 ?

On peut lire, ici et là, que le métier d’enseignant n’est plus attractif. Pour plusieurs raisons parmi lesquelles une formation insuffisante qui laisse les jeunes profs livrés à eux-mêmes et une dévalorisation de la profession. « Finis les temps de l’instructeur à la Pagnol dans une France qui faisait de l’instituteur un petit notable respecté aux côtés du médecin et du maire, piliers d’un société républicaine encore largement rurale » est-il écrit sur le blog prof en campagne à propos de la ringardise du métier d’enseignant.

Je n’ai pas relu Pagnol. Pour ressusciter des temps-là, j’ai reçu le dernier roman de Christian Signol : Une si belle école (Albin Michel, septembre 2010). Ce dernier raconte, à la première personne, la vie d’une institutrice qui fait ses premiers pas devant ses élèves en 1954. Le livre (hélas soporifique) s’achève en 2010 (j’ai lâché l’affaire dès l’hiver 1954) et passe en revue les réformes de l’Education nationale jusqu’en 1989.

L’accompagnement des enseignants débutants, dans les années cinquante, après leur passage à l’école normale, comprenait des journées pédagogiques avec l’inspecteur. On ne peut pas dire que ces journées répondaient mieux qu’aujourd’hui aux attentes des enseignants.

Extrait : « Quelles ne furent pas ma surprise et ma déception quand je découvris qu’elle [la journée pédagogique] allait surtout porter sur les programmes, la manière de les appréhender, de les enseigner, en résumé une leçon de pédagogie tout à fait théorique, qui ne prenait pas du tout en compte, les problèmes pratiques auxquels je me heurtais. Je me crus alors seule dans ce cas et le désarroi m’envahit. Heureusement (…) j’eus l’opportunité de me rapprocher de deux collègues et de m’en ouvrir auprès d’elles. (…) Mes deux collègues, dont ce n’était pas le premier poste et qui étaient un peu plus âgées que moi, me confirmèrent qu’il ne fallait pas attendre de ces journées pédagogiques la résolution de problèmes dont l’administration préférait ne pas entendre parler. Il s’agissait bien de pédagogie, non d’assistance ou de conseils particuliers« .

Sinon, au cours de cette même journée, l’institutrice apprend que « les Dumas devaient être remplacés par les Châtel ». Les Châtel… ? De quoi s’agit-il ? De manuels scolaires. Et donc, de la publication, en 1955, chez Nathan, du « nouveau livre unique de lecture et de français, cours élémentaire », par Châtel… pour remplacer le « livre unique de français, cours élémentaire » de Dumas (Hachette).

On ne peut pas être (prof) et en même temps avoir (un statut d’acteur)

Georges Lopez, héros à son corps défendant du film « Etre et avoir » (2002) ne sera pas considéré comme un acteur professionnel pour avoir joué son propre rôle : celui d’un instituteur d’une classe unique dans une école primaire à Saint-Etienne-sur-Usson (63).

Après un long feuilleton juridique, le 13 avril 2010, la Cour européenne des droits de l’Homme a déclaré irrecevable la requête de l’instituteur – qui demandait un contrat de travail avec la société de production – pour sa prestation dans le documentaire de Nicolas Philibert, tourné entre décembre 2000 et juin 2001.

Les juges ont estimé, selon l’AFP, que « c’est dans l’exercice de ses fonctions d’enseignant que M. Lopez a été filmé pour la réalisation du documentaire. Or, en tant que fonctionnaire, il n’avait pas la possibilité de cumuler son emploi public et un emploi privé ».