Femme professeur dans la fiction

C’est la journée de la femme, et donc… des enseignantes. En créant ce blog, je me faisais la remarque qu’il y avait, dans les romans, beaucoup moins d’héroïnes que de héros parmi les professeurs personnages de fiction. Cette hypothèse, au cours de mes lectures, s’est avérée exacte. En outre, les femmes sont souvent abonnées aux seconds rôles. Autre constat : elles sont plutôt jolies et sûres d’elles… tendance dominatrices.

Là où elles souffrent la comparaison avec leurs homologues masculins, c’est qu’elles ont aussi des aventures… Cependant, dans la littérature, elles couchent plus volontiers avec leur supérieur (doyen, vice-doyen ou recteur dans les universités anglo-saxonnes) qu’avec leurs collègues, puis avec leurs étudiants. La hiérarchie est inverse pour les hommes. En même temps, l’absence de parité entre les femmes et les hommes en haut de l’échelle universitaire, peut expliquer cela.

Pour illustrer ces propos empiriques, l’héroïne de ce 8 mars, est Elaine von Wogau dans Là où les tigres sont chez eux (Jean-Marie Blas de Roblès, Zulma, 2008). Cette « belle femme brune de trente-cinq ans » est géologue à l’université de Brasilia. Elle a eu une aventure avec son confrère, le professeur Dietlev H. GT. Walde, éminent paléozoologiste à l’université de Brasilia.

Un jeune professeur français est également dans le roman fleuve (700 pages lues cet hiver !) de Jean-Marie Blas de Roblès (prix Médicis, prix du jury Jean Giono et prix du roman FNAC, le tout en 2008). Il s’agit de Roetgen, tout juste diplômé, professeur invité au Brésil, qui séduit effectivement ses étudiantes, et notamment la fille d’Elaine, Moéma.

Des professeurs amoureux des mathématiques

Ce matin, j’ai rencontré le chercheur Cédric Villani qui a obtenu la médaille Fields en août dernier. Je l’ai interviewé pour l’Etudiant sur ses 20 ans. Il m’a parlé de sa rencontre avec les mathématiques. « C’est ludique les mathématiques au collège et au lycée. En prépa, ça prend une autre dimension, ça devient alors assez exaltant. Mais c’est pendant ma thèse que je suis tombé amoureux des mathématiques« . L’entretien sera publié dans le mensuel de mars 2011.

Ses propos font écho à ceux d’un personnage de roman : La formule préférée du professeur de Yoko Ogawa (Actes Sud, 2005). Il s’agit d’un professeur de mathématiques dont s’occupe une aide-ménagère. Suite à un accident de voiture, la mémoire du professeur ne dure plus que quatre-vingts minutes. Le livre, très touchant, raconte la relation qui va se nouer entre le professeur, cette aide-ménagère et son fils âgé de dix ans, dans l’amour des chiffres. La formule préférée du professeur a reçu le prix du meilleur roman au Japon en 2004.

Extrait : « Ce sont les nombres premiers que le professeur a aimés le plus au monde. Je connaissais leur existence bien sûr, mais l’idée ne l’avait jamais effleurée qu’ils puissent constituer un objet d’amour. Cependant, même si l’objet était extravagant, la manière d’aimer du professeur était tout à fait orthodoxe. Il éprouvait pour eux de la tendressse, de la dévotion et du respect, il les caressait ou se prosternait devant eux de temps en temps, et ne s’en séparait jamais« .

A lire également la critique de Stéphane Lamy, maître de conférences à Lyon 1.

Les enseignants-chercheurs : « des nantis facultaires »

Petite dérogation à la règle que je m’étais fixée avec ce blog : ne traiter que des ouvrages de fiction, pour présenter « l’universitaire dans tous ses états » (Klincksieck, septembre 2010).

Ecrit par deux enseignants-chercheurs qui savent donc de quoi ils parlent, André Cabanis et Michel Louis Martin, cet essai présente une galerie d’universitaires, tous plus fumistes les uns que les autres… Le trait est volontairement caricatural et humoristique – sans doute pour ne froisser personne qui pourrait se reconnaître -.

Qu’il s’agisse d’encadrer des doctorants, de publier, d’enseigner, d’assumer des responsabilités administratives, les enseignants-chercheurs décrits par les deux auteurs sont avant tout doués… pour se défiler, alors même que leur profession fait d’eux des privilégiés. « Heures de cours réduites, emploi du temps flexible, absences généralement autorisées, assiduité sans contrôle, rémunérations adéquates et garanties, distinctions de grades insignifiantes, ainsi qu’une foule d’autres aubaines, comme une liberté de parole sans limite, un encadrement hiérarchique à la légère jusqu’à présent évanescente et des usagers on ne peut plus obligeants (…). De vrais nantis facultaires« .

Des nantis que l’on croise sous la forme de portraits au vitriol d’enseignants du supérieur, à lire pour y retrouver… des collègues ?

Etre enseignant américain dans une université de seconde zone

Le dernier roman de Richard Russo, Les sortilèges du Cap Cod (septembre 2010, La Table Ronde), narre de manière très ironique les tribulations d’un prof américain, traumatisé par ses parents, un couple d’enseignants affectés toute leur vie dans une université de seconde zone.

Le ton est donné : « A Yale, où ils avaient fait leur doctorat, ils avaient carressé l’idée d’obtenir des postes de recherche dans l’Ivy League, en tout cas jusqu’à ce que le marché des universitaires se déplace vers le Sud (…). Trahis. Ils se sentaient trahis. Pourquoi se donner la peine de trimer à Cornell, à Yale, si la seule récompense était de finir dans l’Indiana ? (…) Avant d’être promus et titularisés (ou emmurés pour l’éternité selon leur formule), dans ce Midwest de merde, chacun  avait reçu des propositions – elle pour Amherst, lui pour Bowdoin – mais jamais au même endroit. Ils étaient donc restés ancrés à leur job et à leur mariage, terrifiés (…) que l’un, libéré de ses chaînes, parvienne à s’échapper en accédant au genre de poste (une chaire !) qui achèverait de rendre l’autre malheureux ».

Richard Russo, qui a enseigné la littérature, se moque du carrièrisme des enseignants et de leur supériorité déplacée. Tel le profond mépris de la mère du héros pour tous ceux qui n’ont pas fait de thèse, à commencer par sa belle-fille (« mais quel genre d’individu ne fait pas troisième cycle ? » demande-t-elle à son fils). Une mère (et une enseignante) impossible dont « seuls les plus courageux et les plus ambitieux assistaient au cours qu’elle donnait ». Le père, lui, gonfle les notes de ses étudiants sportifs pour avoir la paix. Il a une liaison avec une de ses doctorantes dont il finit par écrire la thèse.

Et le fils dans tout ça ? Ses cours de scénario ont du succès mais il craint « d’avoir hérité des pires attributs de chacun de ses parents ».

L’enseignant-chercheur vulgarisateur : un archétype

Le premier mot, de Vassilis Alexakis (Stock, 2010) passe en revue plusieurs enseignants-chercheurs. Ils sont tous, sans exception, passionnés par leur discipline, reconnus dans leur domaine et, désireux de faire partager leurs connaissances dans le but d’aider à la découverte du premier mot prononcé par l’homme.

Une information que cherchait à savoir, peu de temps avant sa mort, Miltiadis, professeur de littérature comparée à la Sorbonne, passionné par l’histoire de la langue et les dialectes.

Jacques Viguier : coupable d’être professeur de droit ?

Acquitté pour une seconde fois, en mars 2010, Jacques Viguier raconte dans un livre (Innocent, Plon, juin 2010), son histoire, fortement médiatisée, depuis la disparition de sa femme, en février 2000.

Le professeur de droit public parle essentiellement de l’instruction, de la personnalité de son épouse, et reprend la chronologie des faits qui l’ont amené des amphis de l’université de Toulouse à une cellule de prison pendant neuf mois. Il évoque rapidement son univers professionnel pour expliquer qu’il a connu sa femme alors qu’elle était étudiante et lui, chargé de TD.

Jacques Viguier s’interroge sur les motifs qui ont permis à la conviction de sa culpabilité par la police de se répandre comme une rumeur, notamment dans les médias. Au premier rang de ces motifs figure… sa profession. « L’idée qu’un professeur de droit soit coupable d’un crime et soit emprisonné est visiblement très excitante » souligne-t-il.

« On m’a même attribué un titre que je possède pas. Je suis un des directeurs adjoints de la faculté de droit. On m’a décrété vice-doyen pour faire plus notable. On imagine le titre sur cinq colonnes : le vice doyen de la faculté de droit a tué sa femme, c’est vendeur« , écrit Jacques Viguier.

La rumeur a aussi présenté Jacques Vigieur comme étant un spécialiste du droit pénal alors « que je suis – tous mes amis le savent – un amoureux, voire un passionné  du service public » précise-t-il. C’est ainsi que ses étudiants ont été interrogés par la police. « La question qui leur était posée était de savoir si j’avais fait une conférence sur le crime parfait« , indique Jacques Viguier.

Je me demande si tous les pénalistes font ce genre de conférence « coupable » à leurs étudiants ?

Profession chercheur : tournage du neuvième épisode de la série

Ne cherchez pas la série, à 20h30, sur TF1. Et pour cause « Profession chercheur« , qui compte déjà 8 épisodes, n’est pas vraiment une fiction.

Tournée par le SAM (Service audiovisuel et multimédia) de l’université Paul Verlaine (Metz), depuis 2001, cette production consiste en une série de dix reportages sur le métier d’enseignant-chercheur. Chaque film est axé autour d’un chercheur (ou d’une chercheuse) qui parle de sa vocation et de son quotidien à l’université. Interviennent également d’autres acteurs : des élèves, des industriels, des élus locaux ou des fonctionnaires territoriaux,…

Le tournage du neuvième épisode débutera le lundi 17 mai 2010, avec, dans le rôle principal : Jérôme  Dinet, enseignant-chercheur dans un laboratoire de psychologie. Ses travaux de recherche portent sur les comportements de l’individu face à l’environnement numérique et plus particulièrement chez les jeunes usagers d’Internet.

Pour visionner les épisodes déjà tournés, c’est sur Athena web.

L’héritage de Denis Guedj aux personnages de fiction

Denis Guedj, mathématicien à Paris 8, décédé le 24 avril dernier, avait animé, en 2002, dans le cadre de la fête de la science, une conférence intitulée : « Les concepts peuvent-ils faire de bons personnages de fiction ? ».

L’auteur du Théorème du Perroquet (Seuil, 1998) a transformé en « héros », dans ses romans, non pas des enseignants, mais les concepts que ces enseignants professent.

On peut (ré)écouter sa conférence ici au cours de laquelle il s’interroge notamment sur ce que les maths apportent au théâtre.

Professeur d’université : une couverture idéale ?

Dans l’excellent nouveau roman de Paul Auster, Invisible (Actes Sud, mars 2010), un des personnages principaux, Rudolf Born, est professeur d’université français.

Invité pour une année (1966-1967) à la School of international affairs à Columbia – université dont est diplômé Paul Auster -, Rudolf Born va faire la connaissance d’un étudiant américain Adam Walker. Ce dernier raconte sa rencontre avec Rudolf Born, et comment, celui-ci, qu’il croisera de nouveau à Paris, pendant l’année universitaire 1967-1968, va changer le cours de sa vie.

On sait peu de choses sur les activités universitaires de Rudolf Born qui déclare enseigner « les désastres du colonialisme français ». Mais très vite, le doute s’installe : son métier serait-il une simple couverture ?

A vrai dire, être enseignant-chercheur semble être une profession tout à fait indiquée pour travailler en parallèle pour le gouvernement. Des déplacements fréquents, pas de comptes à rendre au quotidien à un patron, la possibilité de prendre le large quelques jours (pour sa recherche) sans que cela n’étonne personne ou même de passer plusieurs mois à l’étranger…

Fermeture de l’espace aérien et « Un tout petit monde » s’écroule

La fermeture d’une partie de l’espace aérien me fait immédiatement penser à David Lodge. Et plus particulièrement à Un tout petit monde (Rivages, 1992) où l’on suit les pérégrinations de professeurs d’universités qui se croisent de colloques en colloques à travers le monde. Et j’imagine, dans cette pagaille aérienne, depuis quelques jours, nombre d’universitaires égarés dans des aéroports bondés où plus aucun avion ne décolle ou atterri. Une occasion de (re)lire ce petit chef d’œuvre d’humour de David Lodge… en attendant un vol pour rentrer.

Extrait : « Tout le monde universitaire semble être en transhumance. La moitié des passagers sur les vols transatlantiques en ce moment sont des professeurs d’université. Leurs bagages sont plus lourds que la moyenne, lestés qu’ils sont de livres et de papiers – plus volumineux aussi car ils doivent prévoir des tenues habillées aussi bien que des vêtements de sport, ce qu’il faut pour assister à des conférences ou pour aller à la plage, ou encore au British Museum, ou au Folk Village. Car si cette ronde des colloques est aussi fascinante, c’est parce qu’elle permet de convertir le travail en jeu, de combiner tourisme et activité professionnelle, et tout cela aux frais de la princesse. Grattez une communication et vous verrez le monde ! (…)

L’atmosphère bourdonne du babillage incessant de ces universitaires errants qui posent des questions, se lamentent, prodiguent conseils et anecdotes. Avec quelle compagnie avez-vous voyagé ? Votre hôtel a combien d’étoiles ? Pourquoi la salle de conférences n’est-elle pas climatisée ? Ne prenez pas de salade, dans ce pays on utilise de l’engrais humain pour faire pousser la laitue. Laker a des prix imbattables, mais leur terminal à L.A. est minable. Swissair offre une nourriture excellente. Cathay Pacific vous donne des boissons gratuites en classe économique. Pan Am respecte très peu les horaires, mieux cependant que la Jugoslavian Airlines (dont l’acronyme JAT veut dire « jamais à temps »). Quantas est, de toutes les lignes internationales, celle qui est la plus sûre et Colombia la moins sûre – un vol sur trois n’arrive jamais à destination (d’accord, un peu exagéré). (…) Vous connaissez l’histoire de cet Irlandais qui a essayé de détourner un avion sur Dublin ? L’avion faisait justement route vers Dublin. Vrrrrrouuuummm !

Les détournements ne constituent qu’un risque parmi tant d’autres dans les voyages modernes. Tous les étés, il se produit quelque perturbation sur les lignes internationales – une grève des contrôleurs du ciel français, une grève tournante parmi les bagagistes britanniques, une guerre au Moyen-Orient. Cette année, c’est l’interdiction de vol qui frappe tous les DC-10 du monde, après l’accident survenu à l’aéroport de O’Hare à Chicago (…) ».

Et en ce moment, c’est cette fermeture soudaine d’une partie de l’espace aérien européen que l’on aimerait voir décrite par David Lodge.