Le problème avec… les universitaires

Jane, professeure de français à l’université Devayne, sur la Côte Est des Etats-Unis, reçoit, par courrier, un manuscrit anonyme racontant sa vie professionnelle et personnelle jusque dans les détails les plus intimes.

Tous les ingrédients du roman universitaire classique anglo-saxon sont présents : des profs désirant ardemment être publiés, subissant le poids de la hiérarchie universitaire, en attente d’un poste fixe, confrontés à des difficultés financières, travaillant sur des sujets pointus qui intéressent un tout petit monde, participant à des colloques internationaux, se jalousant les uns et les autres, conciliant difficilement vie de prof et vie familiale,… Sauf qu’un roman universitaire, « c’est chiant », dixit un des personnages – déjà vu et revu ou plutôt lu et relu ! -.

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Elle est LA femme ! LA femme présidente d’université !

Juin 2002. Meredith Ruth Neukirchen (M.R. dans le cadre professionnel) est la première présidente femme d’une université du New Jersey. « Une prestigieuse université de l’Ivy League flottant comme une île d’excellence universitaire improbable au milieu de vestiges pittoresques du XVIIIe siècle américain et d’un paysage vallonné rural/suburbain ultra-résidentiel ».

Campus de princeton

Le campus de Princeton (New Jersey)

Elle est brillante, diplômée de Harvard, spécialiste reconnue de l’histoire de la philosophie. Elle est intègre (« naturellement M.R. n’investirait pas un sou dans les entreprises des administrateurs. Elle ne se constituerait pas une petite fortune grâce à ses relations universitaires »). Issue d’un milieu modeste et pleine de bonne volonté, elle entend « réformer la structure historique [de son université], (c’est-à-dire blanche/patriarcale/hiérarchique) ». Parmi ses projets : recruter plus de femmes, notamment issues des minorités et transformer le système de bourses pour augmenter le nombre d’étudiants pauvres ou issus de la classe moyenne.

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Ne dites pas Mademoiselle, mais Madame, ne dites pas la fille, mais la femme…

Dans une circulaire sur l’utilisation des éléments de l’Etat-civil (Bulletin officiel du 12 janvier 2012), adressée aux présidentes et présidents d’université et aux directrices et directeurs d’établissement, MADAME la directrice des ressources humaines de l’Education nationale, « rappelle que « l’emploi des termes « madame » et « mademoiselle » ne repose sur aucune disposition législative ou réglementaire ». Et « qu’il appartient aux intéressées de choisir la dénomination qu’elles préfèrent ».

Pour simplifier, elle préconise « d’utiliser de manière systématique l’appellation « Madame » et réserver l’appellation « Mademoiselle » aux seules agentes qui vous en feront expressément la demande ».

Qu’en penserait la plus féministe des héroïnes de David Lodge : le docteur Robyn Penrose, maître de conférences associé en littérature anglaise à l’université de Rummidge, présentée en ces termes, par son chef de département, le fameux Philip Swallow, au non moins fameux professeur Morris Zapp :

« – Morris, dit-il, je te présente Robyn Penrose, la fille dont je te parlais.
– Tu dis fille, Philip ? Fille ? Il y a des hommes qui ont été castrés pour moins que ça à l’université d’Euphoria. Tu veux dire femme. Ou dame. Qu’est-ce que vous préférez ? » demanda-t-il à Robyn en lui serrant la main.
– Personne, ça me va, dit Robyn.
– Personne, très bien. Tu n’offres pas quelque chose à boire à cette personne, Philip ?
»

(Jeu de société, 1988).

Entre les murs… la suite ou plutôt le prolongement

Laurent Cantet, le réalisateur d’Entre les murs, tourne l’adaptation cinématographique d’un roman de Joyce Carol Oates, Foxfire : confessions of a girl gang. L’histoire d’un groupe d’adolescentes américaines qui forme un gang dans les années 50.

« Après l’expérience euphorique d’Entre les murs, j’avais envie de tourner de nouveau avec des ados. J’ai lu ce roman comme une suite, un prolongement possible à l’histoire des personnages – Esmeralda en particulier. Comme Entre les murs, Foxfire parle du contrôle que la société exerce sur les jeunes, mais pendant une époque où il était encore possible de se sentir libre et indépendant, avec seulement quelques dollars en poche« , déclare le réalisateur à Télérama (21 septembre 2011).

Trop de femmes dans l’enseignement ? Et au cinéma, dans un rôle principal de prof ?

Y-a-t-il trop de femmes dans l’enseignement ? Le débat alimente les médias. Et au cinéma, dans un rôle principal de prof, y-a-t-il trop de femmes aussi ?

Je les ai cherchées avec l’aide d’un ami cinéphile. En fait, c’est beaucoup plus rapide que de recenser tous les films avec un homme dans le rôle d’un prof.

La liste compte quinze films et treize actrices : femmes-dans-un-role-principal-de-professeurs. Des oublis ?

Un polar à la fac de Cergy : la présidente prise en otage

C’est un polar qui se déroule à l’université de Cergy-Pontoise. Les personnages de Fac si mêlées sont des professeurs en poste. L’intrigue débute le 22 septembre 2011. L’auteur, Guillaume Gonzales, n’est autre qu’un ancien étudiant de l’IUFM de Cergy.

Pour les 20 ans de l’université, le texte de la nouvelle, imprimé sur des panneaux, sera présenté (à compter du 22 septembre) sur différents sites du campus : Les Chênes 1, Saint-Martin et Neuville-sur-Oise. Il sera accompagné de planches sérigraphiées réalisées par l’illustratrice Stefania Corrado.

Le but : plonger les lecteurs dans le coeur de l’intrigue et transformer l’université en un livre géant. La fin ouverte de l’histoire doit inciter les visiteurs de l’exposition à écrire leur propre dénouement. Un vote sur facebook récompensera la meilleure fin.

Extrait :
« Un hémicycle. Une architecture dévolue à certains types de bâtiments : les théâtres, les basiliques et les parle¬ments en général.
Parfois, il arrive aussi qu’un architecte s’essaie au demi-cercle pour d’autres bâtisses. En ce 22 septembre 2011, le croissant que forme l’entrée du site de Neuville entoure sa Présidente.
Pour l’inauguration de la cafétéria, Madame Moulin Civil, la cinquantaine dynamique en tailleur à pois, fait face à son public, un panel générationnel à dominante masculine.
La jeunesse scientifique, majoritaire, s’est répandue dans tous les coins de l’immense dalle en béton, réduisant le personnel enseignant et les journa¬listes à deux îlots excentrés.
Collés aux gratte-papiers, quelques professionnels de la politique en costume de scène présentent leur meilleur profil en attendant les petits fours.
Malgré le soleil dans les yeux, le tribun s’oblige à rester concentrée sur son discours.
Aussi n’accorde-t-elle aucun regard aux trublions déguisés en Père Noël qui s’invitent sur l’estrade.
Le temps que le personnel de maintenance réagisse, les deux barbus ont dégainé des fusils automatiques qui maintiennent tout le monde en respect.
D’un mouvement de canon, ils guident leur otage jusqu’à une Clio stationnée en double file et l’obligent à monter dans le coffre.
Devant l’étroitesse de l’habitacle, la Présidente se félicite d’avoir conservé la ligne de son régime estival avant de se faire assommer
».

Ravissantes idiotes et profs !

Dans son dernier film (« Il n’est jamais trop tard »), Julia Roberts est professeur d’expression orale. Passons sur le scénario, sans intérêt. Juste une remarque sur le rôle de Julia : son enseignement n’est pas très sérieux et surtout, ne semble pas la passionner. Elle est ravie quand le nombre d’élèves est inférieur à dix, car elle peut ainsi annuler le cours. Cours qui a lieu à 8 heures du matin (elle se demande ce qu’elle a bien pu faire pour avoir à se lever tôt). Rien à voir avec le cours d’économie, donné par un homme, un professeur japonais brillant, détenteur d’un PhD. Alors que Julia fait cours dans une petite salle, lui est derrière un pupitre face à un amphi bondé.

Cameron Diaz joue aussi, en ce moment sur les écrans, le rôle d’une enseignante dans une université américaine. Le film, sorti le 24 juin, s’appelle « bad teacher » (est-il besoin d’en dire plus ?). Dès la bande annonce, on comprend immédiatement que les ressorts comiques reposent essentiellement sur la plastique de Cameron.

C’est moi qui divague… ou on voit rarement, dans un rôle principal, UN professeur d’université tourné ainsi en ridicule ?

Femme professeur dans la fiction

C’est la journée de la femme, et donc… des enseignantes. En créant ce blog, je me faisais la remarque qu’il y avait, dans les romans, beaucoup moins d’héroïnes que de héros parmi les professeurs personnages de fiction. Cette hypothèse, au cours de mes lectures, s’est avérée exacte. En outre, les femmes sont souvent abonnées aux seconds rôles. Autre constat : elles sont plutôt jolies et sûres d’elles… tendance dominatrices.

Là où elles souffrent la comparaison avec leurs homologues masculins, c’est qu’elles ont aussi des aventures… Cependant, dans la littérature, elles couchent plus volontiers avec leur supérieur (doyen, vice-doyen ou recteur dans les universités anglo-saxonnes) qu’avec leurs collègues, puis avec leurs étudiants. La hiérarchie est inverse pour les hommes. En même temps, l’absence de parité entre les femmes et les hommes en haut de l’échelle universitaire, peut expliquer cela.

Pour illustrer ces propos empiriques, l’héroïne de ce 8 mars, est Elaine von Wogau dans Là où les tigres sont chez eux (Jean-Marie Blas de Roblès, Zulma, 2008). Cette « belle femme brune de trente-cinq ans » est géologue à l’université de Brasilia. Elle a eu une aventure avec son confrère, le professeur Dietlev H. GT. Walde, éminent paléozoologiste à l’université de Brasilia.

Un jeune professeur français est également dans le roman fleuve (700 pages lues cet hiver !) de Jean-Marie Blas de Roblès (prix Médicis, prix du jury Jean Giono et prix du roman FNAC, le tout en 2008). Il s’agit de Roetgen, tout juste diplômé, professeur invité au Brésil, qui séduit effectivement ses étudiantes, et notamment la fille d’Elaine, Moéma.

Beautés volées : deux universitaires français sous la plume d’une ex-étudiante suédoise

Dans Beautés volées (Albin Michel, avril 2010), on rencontre Mme Albany, professeur au département d’art de Paris 7, « mondialement reconnue comme un référence dans son domaine – la sculpture moderne –« . Cette enseignante-chercheuse qui a publié « de nombreux ouvrages, dont deux avaient été traduits dans plus de dix langues », est décrite comme « élégante, petite et élancée, avec des cheveux poivre et sel délicatement noués en chignon« .

L’auteur de Beautés volées, Mara Lee, a étudié à Paris, entre janvier et juin 1999. S’est-elle inspirée d’une rencontre pour créer le personnage de Mme Albany ?

Etudiante en littérature comparée à l’université de Stockholm, en 1998-1999, Mara Lee préparait un mémoire de maîtrise sur « Histoire d’O ». Elle a alors bénéficié d’une bourse pour venir faire des recherches en France au second semestre. Elle fréquentait assidûment la Bibliothèque François Mitterand qui venait d’ouvrir et suivait les cours de Julia Kristeva à Paris 7. « J’ai passé des heures et des heures à la BNF à lire des vieux et obscurs documents sur Histoire d’O. Je suis sans doute la seule personne du monde à avoir lu tous les documents qui ont été écrits sur ce roman érotique« , raconte Mara Lee. Une source d’inspiration pour Beautés volées, son premier roman consacré comme une rélévation par la critique suédoise.

Ah, j’allais oublier… la présence d’un autre enseignant-chercheur dans Beautés volées, celle M. Bernard, de l’université Blaise Pascal (Clermont-Ferrand), « point trop esthétisant, comme on aurait pu le craindre d’un professeur d’histoire de l’art« .