Le prof est-il un personnage romanesque ?

Le prof est-il un personnage romanesque ? C’est la question que pose l’écrivain norvégien Dag Solstad dans Honte et dignité (Les Allusifs, 2008). Ou plutôt que pose son héros de papier : Elias Rukla, 53 ans, « paisible et falot » professeur agrégé de littérature au lycée d’enseignement secondaire général de Fagerborg : « C’est en effet une prestation en soi que de se qualifier de personnage principal putatif d’un roman, et de quel droit je m’autorise à penser que je peux être considéré comme le personnage principal d’un roman…».

Avant de s’interroger ainsi, l’enseignant en mal de reconnaissance soliloque sur son métier et sa vocation. Les cinquante premières pages du livre sont impressionnantes. Elles posent un regard sans concession sur la vacuité du métier de prof. Les phrases sont longues, les digressions récurrentes et les références littéraires multiples. C’est le rythme du monologue intérieur d’un professeur de lettres.

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En classe with Luki Bancher : prof d’anglais et dessinateur de BD

Couverture_en_classe_with_me_p1web_0A quoi ressemble la semaine d’un prof d’anglais en collège et lycée ?

Luki Bancher, dessinateur de BD et prof d’anglais (à moins que ce ne soit l’inverse… ?), se met en scène pour raconter, par exemple, la touchante naïveté des sixièmes – trop petits encore pour le second degré – ou la drague éhontée des filles de première aux tenues aguichantes, posant des questions plus ou moins personnelles après le cours. La justesse des situations – qui ne peuvent qu’avoir été vécues ! – prête à sourire.

Plusieurs planches sont parues sur le blog de Luki Bancher avant qu’un éditeur lui propose de les publier dans une BD : En classe with me (Emmanuel Proust éditions), qui est sortie au début de l’été 2013. Extraits.

Un prof de philo et une coiffeuse : ça peut faire tilt ?

Ils ont chacun leur bac (littéraire pour lui, à shampooings pour elle). Il est prof de philo. Elle est coiffeuse. Ils sont amants. Leur histoire peut-elle durer ? C’est la question que pose le roman de Philippe Vilain (Pas son genre, Grasset, 2012), adapté au cinéma par Lucas Belvaux, avec Loïc Corbery et Emilie Dequenne.

Le professeur de philo est parisien, fils de médecin, et… amer. Il est muté à Arras, tout ça parce qu’il manque d’ancienneté, est resté célibataire, n’a pas d’enfants et n’est même pas pacsé. Il n’a donc pas pu choisir son académie d’affectation. Heureusement, il s’est arrangé avec le proviseur du lycée Gambetta pour regrouper ses cours sur trois jours, du lundi au mercredi.

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Fabrice Luchini en prof de français frustré et cynique

Sortie au cinéma, ce mercredi 10 octobre 2012, du dernier film de François Ozon : Dans la maison (voir la bande-annonce).

Fabrice Luchini interprète un prof de français qui va aider un jeune élève de 17 ans à réussir.

– Pourquoi avoir accepté ce rôle ?, lui demande Jean-Christophe Buisson, pour le Figaro (pour lire l’interview : c’est ici).

Fabrice Luchini : « parce que refuser était impossible. Ce rôle de prof frustré et cynique accompagnant un élève, dont il devine le génie naissant qu’il va chercher à développer à travers ses rédactions de français, était un cadeau j’allais dire levinassien. »

– Pour interpréter ce rôle de prof de français, vous êtes-vous inspiré de votre expérience d’élève ou de votre talent de pédagogue naturel ?, poursuit Jean-Christophe Buisson.

Fabrice Luchini : « Les profs, je les ai peu connus puisque j’ai quitté l’école à 14 ans. J’ai un souvenir de deux d’entre eux qui m’ont aidé à avoir mon certificat d’études, et c’est tout. Après, je suis devenu apprenti coiffeur, puis comédien. Dans le film, on aborde un peu en surface les problèmes qui sont liés à leur profession, mais je ne prétends pas les connaître. Instinctivement, je suis Finkielkraut quand il leur lance: «Vous êtes obsédés par le fait de donner la parole aux élèves ; donnez-leur d’abord la technique de l’expression.» En fait, quand on incarne un personnage, 80 % de la réussite passe par le costume. Pour être un prof, une paire de lunettes remarquablement choisie, un solide pantalon en velours côtelé, une sacoche marron d’un cuir modeste, et c’est gagné. »

Etes-vous mathématopathe ?

Etes-vous mathématopathe ? Si oui… vous apprécierez le roman drôlement « hystérique » d’Olivier Dutaillis : « Le jour où les chiffres ont disparu » (Albin Michel, août 2012).

Une ancienne élève, Anna, persécutée par sa prof de maths, Hélène, la séquestre des années plus tard. Quel mathématophobe n’en a pas rêvé ? Pour l’ex-lycéenne, il s’agit d’une forme de thérapie. Elle veut mettre à l’épreuve cette enseignante qui l’a traumatisée à vie, en écrivant notamment dans son bulletin : « justifie à elle seule l’invention du zéro« .

C’est l’occasion pour l’auteur de fustiger la sélection par les mathématiques, tout en trouvant des circonstances atténuantes aux profs tortionnaires malgré eux.

Hélène, une fois libérée, déclare : « J’ai pris une voie que je n’avais ni choisie ni désirée. J’étais bonne en maths. j’ai suivi cette filière parce qu’elle était valorisée dans ma famille, sans oser me demandait si elle me convenait. J’ai passé l’agrégation et je me suis mise à enseigner… Honnêtement, si j’en avais eu la liberté, je n’aurais pas choisi ce métier. Pendant toute ma carrière, j’ai reproduit ce phénomène… Tout en faisant mon travail d’une manière apparemment irréprochable, j’ai fait régner une sorte de terreur. J’ai valorisé certains élèves, je les ai poussé malgré eux dans des filières réputées prestigieuses, mais qui ne correspondaient pas forcément à leurs aspirations. J’ai humilié discrètement les autres, pour l’exemple. J’ai reproduit le traumatisme« .

Pour guérir des chiffres qui lui empoisonnent la vie depuis l’adolescence, Anna trouve finalement une solution jubilatoire pour tous les phobiques des mathématiques.

Les Profs : le casting ciné

Le tournage de l’adaptation cinématographique de la BD « Les profs » (Pica et Erroc, Bamboo Editions) a démarré cet été. Le pitch : sauver le lycée Jules Ferry menacé de fermeture pour cause de résultats catastrophiques au bacccalauréat.

Le casting est le suivant :

Antoine Polochon, le prof d’histoire, sera interprété par Pierre François Martin-Laval (des Robins des Bois), également réalisateur de la comédie qui sortira sur les écrans au moment du bac 2013 (le 26 juin).

L’inspecteur d’académie, c’est François Morel.

Christian Clavier joue le rôle du « prof » glandeur : Serge Tirocul.

Isabelle Nanty est Gladys, la prof d’anglais hystérique.

Arnaud Ducret est Eric, le prof d’EPS.

Et… le cancre, c’est Kev Adams.

Chaque semaine, un clin d’oeil de la BD les Profs sur VousNousIls.

Qui pond les sujets du bac en anglais ?

Dans G229 (Editions Buchet-Castel, mars 2011), Jean-Philippe Blondel, professeur d’anglais en lycée, dans l’Aube, s’interroge :

« Parfois, on se demande qui pond les sujets d’expression au bac. En fait, non, on ne se demande pas. On devine vaguement que ce sont des universitaires ou des profs émérites, probablement parisiens.

L’inconnue, c’est comment leur vient l’idée. Est-ce qu’un matin ils prennent le métro, les stations défilent, les gens entrent et sortent, et soudain, ils voient l’affiche d’une agence de voyages vantant les mérites d’un séjour en République dominicaine, avec en photo, justement, l’hôtel où ils ont passé leurs dernières vacances, celle où leur couple a failli voler en éclats et puis finalement non, au dernier moment la volte-face, la résignation, oui, nous finirons notre vie ensemble, avec toutes les désillusions que cela comporte, et les espoirs insensés aussi -et pof, le sujet naît comme ça, entre Etienne-Marcel et les Halles, il y a certainement un endroit sur terre qui signifie quelque chose de particulier pour vous ? Parlez-en. »

« Is there any place on earth that means something special to you ? Write about it ». Sujet bac LV1 L 2007.

Jean-Philippe Blondel ne se pose pas seulement des questions, dans G229. Il rit, il chante, il suit les consignes, il se fait inspecter, il gueule, il vit, il veillit…

Pourquoi devient-on enseignant ? Pourquoi le reste-t-on ?

Pourquoi devient-on enseignant ? Pourquoi le reste-t-on… si longtemps, dans le même lycée, dans la même salle de classe ?

Dans G229 (Editions Buchet-Castel, mars 2011), Jean-Philippe Blondel, professeur d’anglais dans le même lycée – et dans la même salle (la G229) – depuis ses débuts dans l’enseignement, décrit, par petites touches et avec beaucoup d’émotion sa relation avec les élèves.

Extrait : « Un élève qui vous cherche du regard, qu’on le veuille ou non, c’est un bond dans la cage thoracique – il y a toujours un côté Brigitte Fossey en train de crier « Michel Michel » dans une gare bondée, un côté orphelin du Cambodge sur les panneaux publicitaires de médecins du monde. On s’approche. Il pousse sa feuille vers vous, il ne parle pas du tout mais son geste signifie, c’est juste pour vérifier monsieur je suis sûr que c’est tout pourri et nul. Et là, tout est bon.

Le moment où tu croises ses yeux, putain.

Tu pourras dire ce que tu veux, cracher sur le métier les bons sentiments la démagogie les prêchi-prêcha les gnagnagna les Philippe Mérieux les évaluations formatives ; tu pourras manier l’ironie et le sarcasme, mimer le « cassé », arborer un sourire mauvais, lancer des piques, des traits des flèches – tu ne changeras pas la réalité de ce regard, de ce qu’il signifie, de ce qu’il fait naître en toi de fierté et d’émotion pure. Tu ne changeras pas le fait que c’est pour des moments comme celui-là – et peut-être uniquement pour eux – que tu t’es installé un jour à un bureau, devant trois examinateurs perplexes, et que tu as parlé de la forme interrogative chez Shakespeare en te demandant ce que tu pouvais bien raconter« .

Des petites moments comme ça, il y en a plein les chapitres de G229. Et comme l’auteur, on a souvent les yeux qui piquent. Quand on ne sourit pas bien sûr.

Entre les murs… la suite ou plutôt le prolongement

Laurent Cantet, le réalisateur d’Entre les murs, tourne l’adaptation cinématographique d’un roman de Joyce Carol Oates, Foxfire : confessions of a girl gang. L’histoire d’un groupe d’adolescentes américaines qui forme un gang dans les années 50.

« Après l’expérience euphorique d’Entre les murs, j’avais envie de tourner de nouveau avec des ados. J’ai lu ce roman comme une suite, un prolongement possible à l’histoire des personnages – Esmeralda en particulier. Comme Entre les murs, Foxfire parle du contrôle que la société exerce sur les jeunes, mais pendant une époque où il était encore possible de se sentir libre et indépendant, avec seulement quelques dollars en poche« , déclare le réalisateur à Télérama (21 septembre 2011).

De la maternelle au lycée : profs et élèves devant la caméra

Les élèves et les profs font aussi leur rentrée sur le petit écran. A voir (ou revoir) :

Les ados dans tous leurs états (France 5). La rediffusion de six portraits de collégiens et lycéens. L’exploration de deux univers, celui des filles et celui des garçons, entre 14 et 16 ans. Lire la critique de Télérama. Mardi 6 septembre, 20h35 (rediffusion dimanche 18 septembre à 19h).

Lire, écrire, grandir : un an à l’école primaire (Téva). Un documentaire inédit en 8 épisodes (les deux premiers sont diffusés ce soir) sur l’école primaire. Mardi 6 septembre, 20h35 (rediffusion le 11 septembre à 14h55).

Passe le périph d’abord (Canal+). Six élèves de terminale : trois au lycée Alfred-Nobel de Clichy-sous-Bois et trois autres au lycée Racine dans le 8ème arrondissement de Paris. Pendant quelques jours, ils échangent leurs vies. Lire la critique de TéléObs. Mercredi 7 septembre, 20h50 (rediffusion le 9 septembre à 10h30 et le 19 septembre à 1h25).

La salle des profs (France 5), mardi 13/09 à 20h35

 

La salle des profs (France 5) : le regard d’un ancien prof de lettres (François Rabaté) sur le métier d’enseignant dans un collège du 11ème arrondissement de Paris. Mardi 13 septembre, 20h35.