Les spécialistes universitaires et les visiteurs médicaux

Un autre des effets secondaires du Mediator est la polémique sur les visiteurs médicaux. Un article de Libération, paru le 27 janvier 2010, fait le point sur les liens entre cette profession et les médecins. On peut lire : « Aujourd’hui, la politique des laboratoires est au redéploiement des visiteurs médicaux sur les gros prescripteurs, des médecins susceptibles d’en influencer d’autres. Ces leaders d’opinion, pour beaucoup spécialistes universitaires, sont selon Philippe Foucras [président du Formindep, collectif qui milite pour une information et une formation médicale indépendante]« de véritables blanchisseurs d’information. Ils transforment ce qui est de la pub en information digne de foi. Ces médecins exercent leur influence dans les congrès ou à l’Afssaps…».« 

Des universitaires ? Présents dans des congrès ? Et exerçant leur influence ? Cela m’a rappelé quelques lectures. Plus particulièrement, une nouvelle pornographique dans Les trois médecins de Martin Winckler. Elle est datée de 1978. Elle raconte les rendez-vous réguliers d’une jeune visiteuse médicale chez le même médecin.

La nouvelle commence ainsi : « J’y vais toujours le jeudi à 14 heures. Pas tous les jeudis. Il vaut mieux que je le surprenne. Il m’arrive d’y aller deux jeudis de suite et de le laisser mariner pendant trois semaines. Je ne crois pas que je pourrais le maintenir dans les mêmes dispositions si j’y allais toutes les semaines. Et puis, les autres se douteraient peut-être de quelque chose. J’appelle la secrétaire le veille, elle reconnaît ma voix. Elle sait ce qu’elle doit faire… »

Et s’achève ainsi : « Ce soir, quand je rentrerai, je prendrai un bain. Demain je ne sentirai presque plus rien. Samedi, je n’y penserai plus. Jusqu’à la semaine prochaine. Il ne faut pas que je le lâche : mes chiffres de vente n’ont jamais été aussi élevés. Il faut dire que c’est mon meilleur correspondant. Il supervise l’enseignement de la thérapeutique à la faculté. Les collègues des autres labos m’envient, car il ne reçoit que moi ».

Bizutage : la fiction rejoint la réalité

J’ai laissé ce blog, pour partir en vacances avec, dans ma valise, Les Trois médecins, de Martin Winckler. Et comme je m’y attendais, je l’ai relu avec autant de plaisir que la première fois.

Je ne pensais pas en reparler si tôt, dès la rentrée… Mais le dossier consacré au bizutage sur letudiant.fr, m’en donne l’occasion. Les témoignages des jeunes bizutés ne sont pas éloignés de ce que raconte Martin Winckler sur le bizutage en médecine. Rien n’aurait donc changé ?

Extrait : « Ils ont été ignobles. Ils avaient bien sûr pris soin de ne rien faire de brutal – ils avaient trop peur que le doyen ne leur tombe dessus une nouvelle fois. Alors, ils s’en sont tenus à l’intimidation, aux humiliations (…). Les cagoules gravissaient les allées, désignaient des étudiants et des étudiantes et leurs disaient de sortir du rang. Ils les poussaient en bas de l’amphi, les faisaient monter sur l’estrade pour les soumettre à diverses… « épreuves ».

Le récit de ces « épreuves » est dans le livre, tout comme le geste de défi d’un bizutée à ses bizuteurs. Un geste qu’elle paiera très cher quelques mois plus tard. Lors d’un week-end prolongé de printemps, elle sera violée dans une fac désertée.

Je me souviens aussi d’un témoignage romancé poignant sur un bizutage en classe prépa. Il a été écrit par une ingénieure d’une trentaine d’années qui n’arrivait pas à oublier et a décidé de briser « la loi du silence ». Son livre s’appelle : Je suis morte et je n’ai rien appris (Solenn Colléter, Albin Michel, 2007).

Les études de médecine (et la tentative de les réformer) par Martin Winckler

La réforme de la première année des études de médecine, qui entre en vigueur à la rentrée 2010, et l’appel pour une refondation des études médicales du professeur Olivier Lyon-Caen, m’ont donné envie de me replonger dans Les trois médecins, de Martin Winckler (POL, 2004).

Et de retrouver Basile, André, Christophe et Bruno, les quatre étudiants entraînés par le professeur Vargas, qui sèment un joyeux bordel dans la fac de médecine de Tourmens.

Petit extrait qui donne le ton : « Alors que l’ouverture des facultés à tous représentait pour la médecine, à l’automne 1968, la promesse d’un souffle nouveau, Vargas contaste amèrement qu’en quelques années conformisme et féodalité ont repris leurs droits. Incapable de faire, à lui seul, contrepoids face à un mouvement que presque tous les enseignants soutiennent, il s’est peu à peu fait à l’idée que son rôle consiste modestement à soutenir les étudiants en difficulté, et à aider ceux qui en ont le désir à résister à l’étouffement idéologique de l’enseignement hospitalo-universitaire.« 

Est-ce de la fiction ? Comment se déroulent aujourd’hui les études de médecine ? RDV en septembre pour en reparler…