L’art de développer le sentiment d’appartenance à son école

Mars 2008, Polytechnique lançait une campagne de levée de fonds avec l’objectif de récolter 25 millions d’euros d’ici 2012. Quatre ans plus tard, l’école d’ingénieurs a réuni 31,6 millions d’euros auprès de quelque 2 300 donateurs, principalement diplômés de l’X. Un succès pour un établissement d’enseignement supérieur français. « Davantage que dans d’autres écoles, le sentiment d’appartenance est en effet particulièrement fort chez les Polytechniciens qui continuent, une fois sortis, à s’intéresser à la vie de l’école, comme le montre le poids – et l’influence – de l’AX, l’association des anciens », souligne Educpros (mai 2012).

Mai 2008, Oxford lançait également une campagne de levée de fonds avec un objectif a minima de 1,25 milliard de livres. Fin 2011, le milliard était atteint. Dans son deuxième roman, Mauvais genre (Editions de l’Olivier, 2011), Naomi Alderman, diplômée d’Oxford, raconte comment son université sait cultiver le sentiment d’appartenance :

« Oxford, qui adore se distinguer, sépare la remise des diplômés de la fin du cycle universitaire. On reçoit le document officiel quelques mois après avoir réussi les examens mais la plupart des étudiants font comme nous -ils attendent quatre ans et vont chercher à la fois leur licence et leur master of arts (…). Nous ne devions fournir aucun travail supplémentaire, ni passer aucun examen pour l’obtenir. Sept ans après l’entrée à l’université, pour peu que l’on ait réussi ses examens de fin d’études et que l’on soit toujours en vie, on se voit décerner le diplôme de Master of Arts. Nous avons donc réintégré pour un jour notre place dans les rouages d’Oxford. Revêtir les toges, apprendre les gestes appropriés et les phrases correctes en latin ne fut pas une mince affaire. Mais cela avait quelque chose de réconfortant. Nous étions de retour, après tant d’années, et Oxford nous attribuait encore un rôle (…). On passe d’école en école, d’emploi en emploi (…), un an après c’est comme si on n’avait jamais été là. Plus une trace. Et on ne recevra aucun accueil particulier si l’on revient sur notre ancien lieu de travail, quatre ou cinq ans après être partis. Mais Oxford est spécialiste en matière de souvenir. Après la licence vient le master, et après le master, les dîners annuels, décennie après décennie ».

Un deuxième diplôme délivré des années après le départ de l’université lors d’une cérémonie officielle… Voilà une idée pas compliquée à mettre en oeuvre pour maintenir le lien avec ses anciens et les solliciter financièrement. Pourquoi ça n’existerait qu’à Oxford ?

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Mauvais genre : un portrait désabusé d’Oxford

Naomi Alderman a étudié à Oxford. Dans son deuxième roman, « Mauvais genre » (Editions de l’Olivier, 2011), elle livre un portrait désabusé d’Oxford : « un enfer parfait sans rédemption, mais les gens en font un paradis« .

Derrière le mythe, elle décrit des professeurs imbus d’eux-mêmes et un modèle de reproduction des élites immuable.

Quand il entre à Oxford, sur les conseils de sa soeur, elle-même diplômée de la prestigieuse université, James, le narrateur, premier de sa classe au lycée, pensait « adhérer à des associations, participer à des activités, travailler énormément (…). J’obtiendrais une maîtrise avec la mention très bien, je rejoindrais les rubans bleus [les meilleurs athlètes des différentes disciplines], j’aurais des amis riches, influents, puissants. Oxford me badigeonnait d’une fine couche d’or« . Très vite, ses résultats universitaires ne sont pas à la hauteur, tandis qu’une mauvaise chute à la course à pied, annihile ses ambitions sportives.

James se fera quand même des amis. Il s’installera, pour achever ses études, dans une maison avec un groupe d’étudiants. Le meneur de la bande, Mark est très riche mais il exerce une influence néfaste sur le groupe.

James obtiendra son diplôme de physique. Et après… ? Que lui reste-t-il de son passage à Oxford ? « Des cours inintéressants, une petite chambre inconfortable, des professeurs indifférents. reste le décorum : les toges, les rues pavées, les plafonds voutés des bibliothèques et les portraits du XVIe siècle. C’est ancien, c’est beau, c’est prestigieux. Et c’est injuste, mesquin, glacial. (…) Pour des gens comme Mark, Oxford est aussi ailleurs : le beau et l’ancestral sont partout. pour des gens comme lui, le carrousel des Oxford est infini : les cours et les pièces lambrissées d’Eton laissent la place à celles d’Oxford, puis aux salles de l’Inner Temple et, enfin, à la chambre des Lords. Et pour autres, nous, Oxford est une visite d’un après-midi dans un lieu majestueux : une demeure riche et raffinée dont les cordons de velours et le personnel acariâtre nous rappellent avec insistance que nous n’en faisons pas partie« .