Dans l’atmosphère plombée d’un collège argentin

Sortie sur les écrans, le 11 mai 2011, de L’œil invisible (Diego Lerman), d’après le roman de Martin Kohan, Sciences morales (Seuil 2010).

Le livre et le film, dont l’action se déroule en 1979, se veulent le reflet, dans un établissement scolaire, des violences effectuées par la dictature militaire de 1976 à 1983 (1). Dans le plus huppé des établissements scolaires de Buenos Aires : le « Colegio nacional » règnent discipline de fer et interdits. Ceux-ci entendent masquer le monde extérieur : arrestations, tortures, disparitions en masse de ceux qui ne cesseront de lutter contre le régime.

Une jeune femme, surveillante et remplaçante, exerce un pouvoir dictatorial sur les élèves, assistée par le surveillant général. C’est une « jeune » vieille fille qui cache ses désirs par une cruauté névrotique. Les élèves filent droit devant elle et se laissent punir sans réagir.

L’atmosphère plombée de ce collège est à l’image de celle qui règne dans le pays.

Martin Kohan est né en 1967 à Buenos Aires. Il enseigne aujourd’hui la théorie littéraire à l’université de Buenos Aires et à l’université de Patagonie. Il est l’auteur de plusieurs nouvelles et romans. A sa sortie, en 2007, Sciences morales a reçu le prix Herralde.

(1) 30 000 disparus, 15 000 fusillés, 9 000 prisonniers politiques.

Les sanctions à l’école : un polar pour alimenter le débat

Lorsqu’un professeur d’un collège britannique, pris d’un coup de folie, tue trois élèves et un collègue, avant de retourner son arme contre lui, aucune circonstance atténuante n’est possible à première vue. Mais si cet accès folie n’était que le résultat d’une ambiance délétère dans l’établissement ? Si le prof était la victime et les élèves, les bourreaux ? Avec la complicité d’une hiérarchie qui ne veut rien voir, rien entendre.

Le premier roman de Simon Lelic, Rupture (éditions du Masque, avril 2010) prend un pari osé, celui d’amener le lecteur à prendre le parti du meurtrier. L’auteur remet en cause un système éducatif qui ne sait pas (ne sait plus ?) condamner les violences verbales ou physiques, la persécution, l’intimidation, l’humiliation des élèves entre eux ou envers leurs profs.

Un polar soudain d’actualité au moment où plusieurs acteurs du système éducatif demandent un débat sur les sanctions à l’école, suite au projet de réforme de Luc Chatel.