Pourquoi devient-on enseignant ? Pourquoi le reste-t-on ?

Pourquoi devient-on enseignant ? Pourquoi le reste-t-on… si longtemps, dans le même lycée, dans la même salle de classe ?

Dans G229 (Editions Buchet-Castel, mars 2011), Jean-Philippe Blondel, professeur d’anglais dans le même lycée – et dans la même salle (la G229) – depuis ses débuts dans l’enseignement, décrit, par petites touches et avec beaucoup d’émotion sa relation avec les élèves.

Extrait : « Un élève qui vous cherche du regard, qu’on le veuille ou non, c’est un bond dans la cage thoracique – il y a toujours un côté Brigitte Fossey en train de crier « Michel Michel » dans une gare bondée, un côté orphelin du Cambodge sur les panneaux publicitaires de médecins du monde. On s’approche. Il pousse sa feuille vers vous, il ne parle pas du tout mais son geste signifie, c’est juste pour vérifier monsieur je suis sûr que c’est tout pourri et nul. Et là, tout est bon.

Le moment où tu croises ses yeux, putain.

Tu pourras dire ce que tu veux, cracher sur le métier les bons sentiments la démagogie les prêchi-prêcha les gnagnagna les Philippe Mérieux les évaluations formatives ; tu pourras manier l’ironie et le sarcasme, mimer le « cassé », arborer un sourire mauvais, lancer des piques, des traits des flèches – tu ne changeras pas la réalité de ce regard, de ce qu’il signifie, de ce qu’il fait naître en toi de fierté et d’émotion pure. Tu ne changeras pas le fait que c’est pour des moments comme celui-là – et peut-être uniquement pour eux – que tu t’es installé un jour à un bureau, devant trois examinateurs perplexes, et que tu as parlé de la forme interrogative chez Shakespeare en te demandant ce que tu pouvais bien raconter« .

Des petites moments comme ça, il y en a plein les chapitres de G229. Et comme l’auteur, on a souvent les yeux qui piquent. Quand on ne sourit pas bien sûr.