Le blog de Jean-François Fiorina

L’alternance au chevet de l’emploi des jeunes

Alarmants. C’est l’adjectif qui convient malheureusement à la lecture des chiffres que communiquent Les Echos dans son édition du 20 juillet* : une augmentation de 40% des chômeurs dans la tranche des 18-24 ans sur la dernière année, une catégorie touchée traditionnellement trois fois plus que la moyenne, plus de 20% sous le seuil de pauvreté (880 euros par mois)… Impossible de laisser sans espoir ces forces vives de notre pays. C’est pourquoi cette rafale de rapports et initiatives** présentés au président de la République, ces derniers mois, pour aider les jeunes à trouver leur place dans la société va dans le bon sens. Dernière en date, l’annonce par Henri Proglio, P-DG de Veolia Environnement, de l’engagement de 50 grandes entreprises à recruter, en alternance, plus de 100.000 jeunes en 2009-2010. Mais derrière ces chiffres, quelle est la réalité de la situation ?

L’alternance, pour qui ? Trop souvent dévalorisé, assimilé au seul enseignement technique, considéré comme solution par défaut, ce dispositif – comme d’autres – a fait ses preuves sur le marché du travail. Je milite pour une vision beaucoup plus large de l’alternance : elle doit investir tous les types de formations, généralistes et techniques, et s’appliquer à toute l’échelle des diplômes, du CAP au Doctorat. Même si cela tousse un peu sur ce point ! Autre problème : le déséquilibre entre les grandes et les petites entreprises. Faute de temps et de moyens, les PME qui ont un besoin crucial de ces jeunes talents n’accèdent pas suffisamment à ce type de dispositif. Encore moins les artisans ! C’est très dommageable pour les jeunes et les entreprises.

L’alternance, comment ? Aussi séduisante qu’elle paraît, l’alternance nécessite un accompagnement et un contrôle très rigoureux pour éviter les dérives. Dans l’entreprise, les alternants occupent régulièrement des postes à temps faussement partiel ne laissant que peu ou pas de place aux études. Et, quelquefois, rien du tout à la vie privée ! L’entreprise attend des résultats, pas des expérimentations. A tel point que l’étudiant devient schizophrène et n’arrive plus à gérer ses périodes scolaires, la pression étant trop lourde sur ses épaules. Là encore, comme pour les stages, c’est la notion d’accompagnement tant au niveau de l’entreprise que de celui de l’école qu’il faut mieux considérer et renforcer. L’entreprise pilote l’alternant dans ses missions tandis que l’école permet la mise en perspective de l’expérience acquise, et surtout la poursuite de son cursus. Tout est question de dosage. L’alternance est une démarche professionnelle ET pédagogique. Son avenir et son image dans la société dépendent de la bonne alchimie entre ses deux pôles.

Une vigilance renforcée s’impose. Ces milliers de contrats promis seront-ils effectivement réalisés ? Dans quelles conditions ? Les grands groupes seront-ils encore les seuls grands bénéficiaires ? Les organismes de formation qui se partageront cette manne financière juteuse seront-ils contrôlés ? Les alternants bénéficieront-ils de l’encadrement lourd qui leur est nécessaire ? Qu’adviendra-t-il à ceux qui seront en échec ? Autant de questions auxquelles il faudra répondre clairement. C’est notre responsabilité vis-à-vis d’une jeunesse que la crise malmène.
*Source : Livre vert de la commission de concertation sur la politique de la jeunesse. Juillet 2009.

**Le rapport du Haut Commissaire à l’Intégration, Yazid Sabeg, proposait, au printemps, un train de mesures conséquent – plusieurs centaines ! – dont nous avions parlé, le plus récent « livre vert » de Martin Hirsch, autre Commissaire, cette-fois à la Jeunesse, se fend de 52 propositions… dont plusieurs réformes devraient découler comme celle, tant attendue, de l’orientation.

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