Le blog de Jean-François Fiorina

La réforme du lycée selon Nicolas Sarkozy

Présentée solennellement le 13 octobre à l’Elysée, cette réforme fait suite à plusieurs vagues de plans et rapports sur la jeunesse (rapport Sabeg sur la diversité, plan apprentissage, plan jeunes de Martin Hirsch…). La jeunesse n’a jamais vu autant de bonnes fées se pencher sur son berceau. Il est vrai qu’il y a urgence.

Qu’ai-je pensé de cette réforme ? Du bien, même si de nombreuses questions restent entières. Il s’agit plus d’une évolution que d’une Révolution.

Des initiatives qui vont dans le bon sens…

Rééquilibrage des séries, culture gé et esprit critique. C’est d’autant plus important que cela va de pair avec une vraie orientation, choisie et non subie. La série L (langues) sera relancée, S (sciences) rééquilibrée. Et ES (économique et sociale) ? Rien a priori. Dommage, car il y a urgence à rapprocher les étudiants de la sphère économique. Ce rééquilibrage sera utile mais les filières ne doivent pas être exclusives. Les littéraires doivent continuer à faire des maths, et les scientifiques, des humanités. Notre credo en la matière est clair. En témoigne, le double diplôme que peuvent obtenir les étudiants de l’ESC Grenoble avec l’université Stendhal des langues et lettres. La nécessité de renforcer la culture générale et l’esprit critique me paraissent aller dans le même sens. C’est excellent.

Orientation. Là encore, j’approuve. Je me suis longuement expliqué sur cette question dans plusieurs billets. Le fait d’introduire de la souplesse dans le parcours d’orientation et de laisser la possibilité de se réorienter en cas d’erreur ouvre la porte à de véritables parcours d’orientation personnalisés. C’est une bonne chose. Une récente étude explique que 61% des élèves ingénieurs ont choisi leur filière sous l’influence de leurs parents… eux-mêmes ingénieurs. La reproduction des élites, chère à Bourdieu, n’est pas forcément le modèle d’orientation le plus efficace pour les jeunes.

Une des conditions de réussite du plan réside dans la capacité à associer un métier – une filière – un enseignement. Cela signifie que nous devons tous nous parler – profs de lycées – conseillers d’orientation et établissements d’enseignement supérieur. Il faut que l’on soit capable de parler d’une seule voix.

Langues vivantes, accompagnement, autonomie. Là encore, il est impératif d’agir. L’apprentissage des langues doit d’abord donner l’envie de parler en décomplexant les Français sur ce point. Au diable, les fautes de grammaire à l’oral, si le lycéen parle et comprend une langue étrangère ! La meilleure solution, c’est bien sûr de découvrir une culture inconnue avec son petit copain étranger ! Le rôle des missions culturelles et le réseau diplomatique doit être également développé.

Autres prises de positions intéressantes : l‘accompagnement individuel des lycéens, l’autonomie des professeurs et la « non réforme » du baccalauréat. Sur ce dernier point, il s’agit d’être prudent. Le bac est l’un des derniers ciments républicains. Et il me semble important d’évaluer tous les jeunes Français quelque soit leur lycée d’origine. Au nom du principe d’égalité, il faut refuser le « marquage à vie » des zones sensibles. D’autant que les contournements de la carte scolaire plombent certains établissements.

Qui sont les oubliés de la réforme ?

La mission fondamentale du lycée n’a pas été suffisamment clarifiée. Est-il une préparation à l’Enseignement supérieur ? La validation d’un cursus ? Faut-il le considérer comme une étape ? Un passage obligatoire dans l’acquisition des savoirs ? Un filtre ? Une orientation ? Je ressens, par exemple, un manque d’audace vis-à-vis du premier cycle universitaire. Le lycée devrait être un élément de dédramatisation de ce passage. Ou proposer de nouvelles filières…

Et que penser du silence sur les classes préparatoires et les BTS ? Non abordés. Tout comme la réforme des lycées professionnels et technologiques. Seront-ils toujours déconsidérés ?

La question des moyens reste floue. A priori, on va compter sur la créativité budgétaire de l’Etat et sur la bonne volonté des enseignants !

L’autonomie accrue des enseignants est une bonne chose. Ils sont les mieux placés pour comprendre les attentes des lycéens. Mais comment vont-ils gérer ces 2 h de soutien ? Au détriment de quoi ? Seront-ils formés pour ces nouvelles missions comme l’accompagnement de l’orientation ? Le débat est ouvert.

Quid de la semestrialisation ? Comment envisager des échanges entre filières sans formats communs ?

Sur l’autonomie des jeunes, j’abonde bien sûr. Mais rappelons que plus d’autonomie implique plus de devoirs à assumer ! Les lycéens auront-ils les espaces de discussion, les lieux de vie adéquats, les structures participatives pour mettre en place une autre manière de vivre le lycée. Je le conçois comme un espace apaisé, rassurant. L’objectif est de stabiliser ces jeunes, de leur permettre de réfléchir et de se projeter dans l’avenir. Cette question – pourtant essentielle – de la vie lycéenne est occultée sur la forme et sur le fond.

Quelles conséquences pour nous ESC ? En tant que dirigeant d’une grande école, je suis prêt à jouer le jeu. Nous sommes déjà engagés dans de nombreuses démarches d’ouverture en matière de recrutement. Notre objectif est que nos promotions reflètent la société d’aujourd’hui dans toute sa richesse et sa diversité. C’est aussi une demande des entreprises. Pour chaque filière, il faudra construire un parcours sélectif mais accessible qui ne dévalorise personne.

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