Le blog de Jean-François Fiorina

Vers une géopolitique des talents ?

Comme je l’ai déjà affirmé, le challenge des grandes écoles est d’accueillir dans leurs murs non seulement toute la diversité sociale et culturelle de notre pays mais également celle d’un monde globalisé. Cette dynamique, animée par le même souci de sélectionner les meilleurs profils, doit se baser sur des modes de recrutements diversifiés, partagés et compris par tous. Cette exigence d’ouverture est également un service rendu à notre pays et à ses entreprises dont les marchés domestiques et internationaux appellent des compétences et des savoir-être de plus en plus variés.

Pour accueillir les meilleurs étudiants étrangers, nos écoles doivent se distinguer et offrir un large éventail de services (pédagogie, logement, bourses…). Mais également repérer dans le maquis mondial des formations, les meilleures filières et donc les meilleurs partenaires. Comment y parvenir ?

Etre visible et reconnu. Pour les écoles de management, les accréditions et les classements sont devenus essentiels. Et même s’ils ne sont pas parfaits, ils attirent aussi les étudiants étrangers. Le classement de l’université de Shanghai a, d’ailleurs, eu un effet salutaire sur les établissements de l’enseignement supérieur français.

Proposer des formations internationalement reconnues. En France, si le BTS est plutôt bien coté auprès de nos entreprises, il est totalement inconnu au-delà de nos frontières… Il faut donc construire une offre de formations identifiable à l’échelle monde pour les étudiants et les entreprises. A ce titre, les Africains ne peuvent qu’étudier à l’étranger, sauf à se diriger vers des carrières exclusivement publiques, compte tenu du manque de visibilité ou même de l’inexistence de leur système d’enseignement supérieur.

Diversifier les stratégies d’approche des talents. Deux options possibles : attirer les meilleurs étudiants étrangers sur les campus français ou délocaliser les cursus à l’étranger. Il n’y a pas de stratégie miracle en la matière. Figer une seule approche n’aurait pas de sens. L’essentiel est de garantir la même qualité entre la « maison mère » et ses sites délocalisés, un critère essentiel pour les organismes d’accréditation. Dans la même veine, offrir des programmes entièrement en anglais est devenu un standard. Ne compter que sur les francophones ou les francophiles relève de l’illusion. Il faut donc diversifier l’accueil des nationalités et construire une vraie stratégie dans ce domaine.

Offrir un véritable bouquet de services. C’est l’offre globale faite à l’étudiant étranger qui est étudiée, pas seulement son volet pédagogique. Si la France et ses grandes écoles bénéficient d’une bonne cote académique internationale, il n’en n’est pas de même pour ses services associés (visa, carte de séjour, aides financières…). Nous ne pouvons soutenir la comparaison avec ce que propose l’Australie, par exemple, qui a fait de l’accueil des élites étrangères une priorité y compris budgétaire !

D’expérience, un étudiant étranger qui devra faire un choix entre plusieurs propositions se basera sur trois critères : les services proposés, le rapport qualité/prix et les contraintes qui lui seront imposées. J’en ajouterais un quatrième : la réactivité de l’école. Si l’étudiant étranger prend souvent son temps pour choisir son point de chute, dès qu’il a arrêté sa décision, il attend des réponses immédiates au premier contact !

Nous traitons par mail ou par messagerie instantanée, type Skype, de très nombreux dossiers. Dans cette course, les écoles françaises ne doivent pas négliger le bien fondé des origines et des qualités académiques des candidats. Ce qui n’est pas toujours simple dans un laps de temps aussi court !

Dans ce contexte de concurrence, je reviens sur la question de l’aide au financement des études. Ce point important reste difficile à améliorer car traité à plusieurs niveaux. Les aides dépendent de la stratégie de l’école, de celle des syndicats professionnels, des collectivités locales et de l’Etat ! Elles deviennent cruciales lorsque le différentiel de pouvoir d’achat entre les deux pays est trop fort.

S’ouvrir au monde et à la diversité est une nécessité absolue pour notre pays et ses grandes écoles. Mais cette exigence impose de lourds investissements financiers et des choix politiques clairs pour construire un enseignement supérieur de qualité, divers et pertinent.

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