Le blog de Jean-François Fiorina

Quand les écoles font le Mur…

Véritable tsunami politique, la chute du Mur de Berlin a surpris le monde entier et balayé les dernières frontières physiques.

D’une géopolitique simpliste où prévalait une logique d’affrontement entre « gentils » et « méchants » sur des territoires extérieurs, nous sommes passés à un monde globalisé dominé par l’économie de marché(s).

En deux décennies, elle a profondément transformé nos méthodes de travail, nos modes de transport et de communication, nos manières de penser, nos vies tout simplement !
Les écoles de commerce n’y ont pas échappé. Flash back.


Des étudiants aux parcours très homogènes
, issus des mêmes familles qui suivaient le même cursus, partaient en stage aux mêmes périodes et qui ne voyageaient guère au-delà de la zone OCDE, tel était le portrait robot de nos élèves, rassemblés en promotion de… 50 à 100 unités ! La Chine était considérée comme une destination exotique, s’y rendre relevait de l’expédition ! Et peu d’étudiants étrangers, d’ailleurs, arpentaient nos campus à la fin des années 1980.

La professionnalisation et l’individualisation des parcours n’existaient pas ou peu. On « surnageait » trois ans après le concours puis on attendait que le marché de l’emploi nous absorbe, naturellement… Peu de double diplôme non plus, qu’aurions-nous répondu si les classements avaient existé ? Rien.

Internet n’existait pas, et même en 1995, lors des grèves étudiantes, quand il s’agissait de prendre contact avec nos élèves sans mail, ni mobile… pas simple. L’ordinateur était à ses balbutiements, les tableurs des usines à gaz ! Avec l’arrivée du numérique, parler à 10.000 étudiants répartis aux quatre coins de la planète, n’est plus un problème. Les capacités sont illimitées comme le démontrent le déploiement des réseaux sociaux. De nouvelles dynamiques professionnelles s’installent. Rechercher un stage ou un emploi ne passe plus forcément par le traditionnel courrier avec « CV et lettre de motivation manuscrite », Internet est passé par là. L’information circule instantanément à l’échelle de la planète. Le pouvoir est passé dans les mains de celui qui possédait l’information à celui qui la communique…

Les écoles de commerce servaient un marché local, les classements et les accréditions n’existaient pas non plus, ou en tout cas, pas avec l’importance actuelle. La concurrence ne faisait pas autant rage. Au mois de juillet, le calme revenait pour préparer la rentrée. Aujourd’hui, les ESC constituent un secteur d’activité à part entière. Un tournant que prend actuellement l’Université.

Question pédagogie
, le professeur savait et les étudiants suivaient… en attendant d’être évalués selon leurs connaissances, peu ou pas sur leur savoir faire ou leur savoir être. Parler deux langues ? Une curiosité ! Avec la globalisation, de nouvelles matières à enseigner se sont imposées comme le supply chain ou les achats. La culture générale reprend également sa place dans un monde de plus en plus complexe. Ce qui prime, ce n’est plus la recherche bibliographique sur un sujet mais son analyse critique, son explication, sa mise en perspective. L’information mondiale est à portée de clic, instantanément. Il y a vingt ans, seuls les médias traditionnels (presse/radio/tv) délivraient et contrôlaient les messages…

Les ESC ont effectué un fantastique travail d’ouverture. Elles ont accompagné et même devancé le mouvement. Le challenge, pour elles, c’est à la fois de conserver ce temps d’avance – leur marque de fabrique en quelque sorte – tout en développant l’esprit critique de ses élèves. Qui aurait prédit, il y a vingt ans, l’ampleur de la crise financière amorcée en 2008, la dématérialisation totale de l’économie, le succès du téléphone cellulaire, un monde sans frontières, un réchauffement planétaire accéléré ? Il faudra apprendre à faire des choix dans un monde qui va très vite, peut-être trop vite et laisse peu de temps à la maturation. Les temps de « passages », les temps longs n’existent plus.

« Tout change mais rien de change », dans un monde de libertés accrues, les contreparties sont plus contraignantes. Tout change, parce que de nouvelles règles du jeu sont à expérimenter. Rien ne change parce que l’école de commerce reste un lieu unique de vie et d’épanouissement. On y rencontre des amis, un conjoint…

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