Le blog de Jean-François FIORINA

Ajoutons un « A » aux B-R-I-C !

A comme Afrique, une lettre qui n’a pas sa place dans le sigle qui désigne les nouvelles grandes puissances émergentes : Brésil – Russie – Inde – Chine. Dommage. Je crois à ce continent dont le potentiel économique équivaut à celui de l’Inde avec son corollaire, un cruel manque de cadres et de managers de haut niveau.

L’une des réponses au problème consiste à créer des « hubs* » spécifiques pour l’enseignement supérieur. Celui de Casablanca (Maroc), nous l’avons lancé avec l’ESCA – école de management installée sur place depuis 18 ans.

Qu’est-ce qu’un hub ?

C’est une structure internationale dont l’objectif est de générer de la valeur ajoutée d’enseignement supérieur et de matière grise. Comment ? En attirant les talents de toute l’Afrique (et d’Europe !) sur une plateforme de formation de haut niveau (master). Mission : répondre à la demande des entreprises françaises et internationales qui n’expatrient plus leurs cadres, et à celle des entreprises africaines en manque de managers. Casablanca, déjà connue pour ses spécialités internationales (pharmacie, droit), rejoint ainsi la liste des hubs mondiaux : Singapour, Dubaï, le Qatar, Londres, Clug-Napoca (Roumanie). Casa joue ainsi le rôle de porte d’entrée sur le continent. C’est d’ailleurs un des hubs aéroportuaires les plus fréquentés d’Afrique. La RAM (Royal Air Maroc) est la seconde compagnie aérienne africaine après South African Airways.

Spécificités africaines
Les structures d’enseignement supérieur en Afrique sont à réformer. Initialement destinées à la formation des hauts fonctionnaires, le délitement des Etats n’offre plus les débouchés attendus. Le secteur privé ne peut compter que sur un nombre limité d’écoles pour appliquer de nouveaux modèles économiques. Dans ce domaine, tout reste à faire. Seules les jeunes de l’élite intellectuelle s’en sortent en allant étudier dans les grandes universités américaines. L’élite financière, quant elle, ne donne pas toutes les garanties pour attirer les capitaux ou s’exporte elle aussi. Le Campus euro-africain de management (CEAM) se positionne pour apporter à l’Afrique les talents qui lui manquent, l’aider à développer ses propres outils financiers et des systèmes de garantie pour les entreprises locales qui exportent.

Partenariats et nouveaux modèles
Développer l’Afrique avec d’anciennes recettes de management n’a pas de sens. L’idée que nous portons avec les écoles partenaires du CEAM offre de nouvelles perspectives, durables et en réseau. Apporter une offre globale, c’est possible en mariant les compétences de chacun : design (Strate College designers), production, logistique (IPER, Institut portuaire de l’EM Normandie), management (ESCA et EM Grenoble), formation à distance (CrossKnowledge), décisionnel et business analytics (SAS), systèmes d’informations (EMSI Grenoble). Le hub est donc l’endroit idéal pour imaginer et mettre en œuvre de nouveaux modèles. A l’ère du numérique et des communications instantanées, nous n’économiserons pas une profonde réflexion sur les lieux de la relation décision-conception-production-expédition. Délocaliser apparaît, dans certains cas, comme une décision éco responsable !

Des questions se posent également pour une grande école de management comme Grenoble. Sera-t-elle mise en concurrence ? Non. Nos étudiants bénéficieront d’enrichissements mutuels, de contacts privilégiés via le hub, de liens qu’ils tisseront avec les 450 étudiants de l’ESCA et les entreprises partenaires de ces programmes.

Expérimenter, c’est créer de nouveaux chemins. En matière de développement international de l’enseignement supérieur, plusieurs modèles cohabitent. De l’école globale rayonnant dans le monde, au modèle purement virtuel, en passant par le hub ou modèle adapté et délocalisé du CEAM, il n’y a pas de modèle définitif en la matière. L’essentiel est de mettre en place de bons partenariats pour répondre aux importantes demandes de l’Afrique et des entreprises françaises qui se développent sur ce continent.

*hub : mot anglais désignant une plateforme de correspondance et de services pour les avions d’une compagnie aérienne. Ce mot peut également être compris comme « plaque tournante ». Source : Wikipédia.
** L’équivalent de la COFACE n’existe pas en Afrique.

Be Sociable, Share!

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.