Le blog de Jean-François Fiorina

Quelques lectures stimulantes avant les fêtes !

J’ai récemment lu deux ouvrages engagés. « Tireurs d’élites » de Jean-Paul Brighelli, défenseur inconditionnel des classes prépas et de la méritocratie républicaine, et «Tous ruinés dans 10 ans » de Jacques Attali qui peint un avenir inquiétant pour nos démocraties étranglées par l’abyssale dette publique. Deux ouvrages, deux points de vue stimulants qui se rejoignent sur un point : faire de la connaissance et de l’enseignement supérieur les fers de lance d’une nouvelle croissance, seul levier efficace pour sortir de l’ornière.

« Tireurs d’élites »

Après « La fabrique des crétins » en 2005, Jean-Paul Brighelli propose une défense et illustration de l’élitisme républicain, sous titre de « Tireurs d’élites » son 4ème ouvrage*.

L’orthodoxie des concours prônée par l’auteur a le mérite d’être claire et argumentée. Elle pose une vraie question : la fin de la méritocratie même inégalitaire n’est-elle pas le germe de la mort de nos démocraties ? Remplaçant l’élitisme républicain par le retour de la République des copains et de coquins…

J’oppose deux limites à cette thèse :

  • Le monde dans lequel nous vivons a évolué. Les populations qui le composent ne sont plus les mêmes. Il est impossible ne plus en tenir compte.
  • Communiquer nos messages à toutes nos cibles potentielles devient un exercice difficile. Toucher les quartiers nord de Marseille, par exemple, requiert de nouveaux moyens d’information et une véritable réflexion.

Si le monde des classes préparatoires n’épouse pas son époque, il risque de devenir has been. Sans verser dans l’idéologie, en tant que directeur de l’ESC Grenoble et président de PasserelleESC, le concours ne doit pas devenir un dogme mais rester un élément structurant. L’avenir est à l’adaptation de nos modèles et à une communication renforcée sur nos valeurs.

L’auteur dans sa critique de la HALDE, l’auteur explique que seule Jeannette Bougrab – ex directrice de cette Institution – auvait compris la question de la diversité. Mais sera-t-elle aussi efficace au gouvernement pour faire passer le message ?

J’invite d’ailleurs au débat Jean-Paul Brighelli !

*Quelques morceaux choisis :

–          « Richard Descoings, ‘le chevalier des bonnes œuvres’ »,

–          « Nous sommes à deux doigts de tuer la République au nom de la démocratie ».

« Tous ruinés dans 10 ans ? »

La dette publique explose. Ce n’est pas un scoop mais voilà une belle démonstration intellectuelle. J’ai été séduit par sa dimension pédagogique et sa mise en perspective historique. Les « 12 idées reçues sur la dette » sont excellentes tout comme l’explication des signaux d’alerte qui permettent de prévoir une crise. Jacques Attali rend accessibles des questions complexes. C’est un très bon professeur d’économie. C’est la démonstration qui est remarquable plus que ses attendus malheureusement bien connus.

En effet, le tableau qui est brossé est très inquiétant. La dette publique se creuse de plus en plus rapidement depuis 1995 avec une aggravation et un risque systémique depuis la crise financière de 2007. La situation financière des pays occidentaux risque d’entraîner la rupture de notre modèle économique et social. A la lecture de l’ouvrage, la mécanique est lancée tel un TGV à toute vitesse, sans pilote, abordant bientôt le précipice… Il ne reste plus qu’une dizaine d’années pour redresser la barre.

Deux éclairages permettent de comprendre cette situation que les grandes démocraties ou empires historiques n’ont connue qu’en temps de guerre totale :

  1. La dette s’internationalise. Et le pire n’est pas forcément le débiteur mais le créancier ! Cf le duel ou le jeu sino-américain.
  2. A ce titre, elle est devenue une question géopolitique de premier ordre. La guerre Euro/Dollar est également très éclairante. Nous sommes en plein conflit de leadership et de pouvoir pour la gouvernance mondiale, à coups de flux financiers…

Comme formateur de futurs managers, je fais deux constats :

  1. Qui, dans nos élites, aura le courage de prendre les mesures qui s’imposent ? Gérer sur le court terme une diète budgétaire stricte et augmenter les impôts, tout en développant de nouveaux horizons de croissance…
  2. Il faut aujourd’hui mieux comprendre les systèmes complexes et les appréhender dans leur contexte géopolitique. Objectif : décider et scénariser la sortie de crise. N’est-ce pas le leadership qu’il faut inculquer à nos étudiants ? Et apprendre comment passer de solutions techniques aux décisions politiques en les expliquant pour les faire partager au plus grand nombre ? Comme j’ai pu le dire dans mes différents billets, le salut passera par le développement de notre valeur ajoutée intellectuelle et le changement de nos logiciels de pensée.

Quelques extraits :

A propos de créanciers (Chine et fonds souverains) : « Ce sont les riches qui vivent au crochet des pauvres. »

A propos de l’Allemagne qui a rendu inconstitutionnel le fait que les dépenses de fonctionnement de l’Etat ne soient pas équilibrées : « Il faudra faire de même un jour au l’autre. «

« Si rien n’est fait avant 2013/2014, la situation va devenir extrême et s’accélérer. »

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Commentaire (1)

  1. nestor

    Sur le livre de Brighelli, la critique souvent faite (à mon sens à juste titre) du système brighelliste est qu’il laisse de côté, dans les faits, une grande majorité de la population. Dubet, Duru-Bellat et compagnie l’écrivent clairement depuis aussi longtemps que Brighelli : si on veut s’occuper de 75% des élèves et non de 30%, la stratégie élitiste ne fonctionne pas bien.

    Sur les populations qui « ont évolué », c’est un problème vraiment intéressant. Doit-on adapter nos cursus à ces attitudes peu académiques ou faut-il corriger ces attitudes ? La concurrence, le bling bling et la transformation de l’élève en client vont certainement encourager la première option. Quand on voit que le classement récent des écoles d’ingénieurs par le journal « l’étudiant » compte la qualité académique en kiloeuros, on a compris que le niveau académique est démonétisé – si j’ose dire.

    Oui, il faut comprendre les systèmes complexes internationaux, mais les compétences académiques de bases (mettre les noms de pays sur un planisphère,…) n’en sont-elles pas un prérequis ?

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