Le blog de Jean-François Fiorina

Prospective 2030 : les défis de l’enseignement supérieur

Démographie, finances, missions. Tels sont les trois défis que devra relever notre système éducatif supérieur à l’heure de sa mondialisation. Comment augmenter le nombre des diplômés tout en garantissant leur qualité ? Comment financer son développement alors que les Etats sont exsangues ? Comment redéfinir ses missions ?

Plus d’étudiants.
Cette unanimité de principe masque de réels enjeux qualitatifs. Comment ne pas diluer l’exigence de qualité en distribuant des diplômes « au rabais » ? Il faut, d’ailleurs, se méfier des grands plans étatiques qui ne visent qu’une bonne statistique. La concurrence internationale nous rappelle à l’ordre. Elle nous presse de poursuivre un maillage encore plus serré de nos grandes écoles et de se concentrer sur l’international. Les meilleurs profils étrangers doivent passer par la France pour qu’ils s’y forment et apprennent nos méthodes (reconnues) et partagent notre culture. Quant aux étudiants français, ils ont bien compris l’enjeu, leur salut professionnel passera par l’international. Les grandes écoles françaises ont de réels atouts : de bonnes spécialités, de bons services aux étudiants (logement, internet…), l’international et le développement de la mobilité.

Qui va payer ?
Qualité + nombre = coûts exponentiels. L’équation impossible s’impose à nos Etats qui ne peuvent déjà plus payer malgré de gros efforts consentis. Il va falloir qu’un tiers paye ? Sujet politique tendu ! Je n’en vois qu’un seul : les familles avec un système de bourses d’études compensatoires efficace. Cela ne se fera pas dans la facilité. Regardons ce qui se passe chez nos voisins britanniques dont les droits d’inscription à l’université s’envolent, multipliés par trois en pleine rigueur budgétaire… Trouver de nouveaux leviers de financement constitue un enjeu vital pour les prochaines décennies.

Pour quelles missions ?
Diplôme + certification des compétences = réussite. Autre équation à résoudre ! Je crois au développement de la certification des compétences comme complément essentiel du diplôme. Stages de terrain et modules spécifiques viendront légitimer le « parchemin » qui valide connaissances et savoirs. Un subtil équilibre reste à trouver entre la bonne employabilité des étudiants et un bagage de connaissances et de culture générale performant. L’Europe a intérêt à développer et à imposer ses propres normes et standards pour ses universités et grandes écoles. Là encore, c’est le qualitatif, la pédagogie, l’innovation et les services qui feront la différence puisque la matière brute du savoir est à télécharger sur le web.

Les prochaines décennies promettent un bouleversement de l’enseignement supérieur à la hauteur de celui provoqué par la chute du mur de Berlin. Une nouvelle carte mondiale se dessine. Son barycentre va se déplacer en direction de l’Inde et de la Chine. De redoutables concurrents qu’il faudra surveiller. Nous avons de réels atouts mais il faut faire vite pour ne pas être relégué au rôle de figurant…

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Commentaires (3)

  1. un prof

    Les Etats (la collectivité) ne peut payer plus ?
    Un problème dans notre pays est que la richesse est concentrée dans les tranches d’âges élevées.
    Les 45-70 ans ne pourraient pas payer plus d’impôt et les jeunes devraient s’endetter ? (ou payer un impôt « graduate tax » motivé par des revenus à venir, alors que les plus âgés disposant de revenus réels, eux, seraient dispensés de ces frais ?)

    Le pacte républicain en prend un coup.
    C’est une particularité du supérieur, que tout le monde ne fréquente pas ? L’actualité britannique est, ici aussi, instructive : le marchéisme introduit à l’université envahit maintenant les écoles secondaires – dont les salaires des directeurs, lui, double !

    Je crois qu’on essaie de vendre ici comme pragmatiques des choix profondément idéologiques….

    En tout cas, le débat est intéressant !

  2. pdubois

    Bonjour Jean-François. Plutôt d’accord avec votre analyse. On peut ajouter évidemment d’autres défis.

    Porter à 50% le nombre de jeunes qui obtiennent un diplôme du supérieur passe selon par la création des nouveaux établissements que je dénomme Instituts d’enseignement supérieur (Tag IES sur mon blog): http://blog.educpros.fr/pierredubois/tag/ies/.

    IES consacrés au cycle Licence. Je suppose que l’Ecole de Grenoble a, au moins en partie, un premier cycle intégré. Vous ne pouvez donc pas être d’accord avec cette réforme des IES ! Dommage

  3. un prof

    Toujours un seul commentaire ?

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