Le blog de Jean-François Fiorina

Lectures à partager

Voici deux récentes lectures que je souhaite partager avec vous. D’abord le dernier ouvrage de François Garçon, « Comment former les élites ? Enquête sur la formation des élites », et une étude explosive parue dans le Chronicle of Higher Education , qui explique que « les étudiants étudient moins, avec pour conséquence, d’apprendre moins. »

Ø Comment former les élites ? Travail impressionnant que cet ouvrage comparant quatre systèmes d’enseignement supérieur (France, Suisse, USA, Grande-Bretagne). François Garçon a su rendre accessible cette masse d’informations dans un champ d’analyse très large puisqu’il aborde avec beaucoup de rigueur la question des bibliothèques, des professeurs, de l’évaluation… Il pose parfaitement toutes les problématiques. Sauf qu’au passage la France en prend pour son grade. Et la Suisse, pays d’origine de l’auteur, apparaît comme le modèle à suivre. Difficile de lire les deux systèmes avec les mêmes lunettes. La France a une problématique de masse que la Suisse peut gérer plus facilement, le « filtre » se faisant avant l’entrée à l’université. Je retiens l’extraordinaire « assurance qualité » suisse, où la recherche des meilleurs professeurs se fonde à la fois sur une transparence totale dans le recrutement et la sélection la plus dure. L’Institut polytechnique de Lausanne en est un bel exemple.

Je conseille donc la lecture de cet ouvrage, pour une fois, non dogmatique, sur l’enseignement supérieur. J’aurais cependant aimé une vision encore plus ouverte, mondiale, englobant aussi dans ce comparatif les grandes écoles françaises, une ou deux universités chinoises ou indiennes.

François Garçon. Enquête sur la formation des élites. Librairie Académique Perrin. 424 pages. 2011

Ø Apprentissages limités sur les campus universitaires US. Un peu dérangeant d’apprendre que près de la moitié de ces 2300 étudiants américains interrogés* n’ont rien acquis, dans leur cursus de quatre ans, en matière d’esprit critique, de raisonnement complexe ou de capacité rédactionnelle. Ou que 35% de l’échantillon a passé 5 heures ou moins de travail personnel hebdomadaire…

Il est vrai que nous sommes dans l’ère de l’industrialisation du savoir, de la connaissance brute à portée de clic et du copier/coller illimité. Jamais une telle masse d’informations n’a été si facile à consulter, à collecter, à mettre en forme (cf mon billet sur les dérives du power point). Cette accumulation de savoirs ne remplace cependant pas l’essentiel : le qualitatif tel que la construction de l’esprit critique ou le développement d’une culture générale toujours plus étendue. Le débat est ouvert et nous, formateurs, sommes les acteurs et les accompagnateurs de ces mutations. Le trop plein d’informations ne doit pas nous distraire de notre objectif de qualité. Comment faire pour garder le cap ? Comment s’adapter en créant de nouveaux parcours de formation libérés du traditionnel schéma maître-élève-livre ? Comment utiliser le numérique avec intelligence pour le mettre au service du qualitatif ?

Développer un tel état d’esprit ne contredit pas les attentes des entreprises. Si la notion d’acquisition des compétences métier est essentielle, apprendre à évoluer et à faire face à l’imprévu n’en deviennent pas moins importantes.

* Enquête réalisée sur 29 campus américains, à partir d’un échantillon de 2300 étudiants, interrogés au début et en fin de parcours.

Ces deux lectures illustrent la vitesse des changements en cours alors que notre mission est de préparer les étudiants à une vie professionnelle d’un demi-siècle ! La tâche est d’autant plus ardue qu’il n’existe plus de « sas » entre l’école et l’entreprise, l’étudiant doit être opérationnel immédiatement.

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