Le blog de Jean-François Fiorina

Demain, enseigner…

L’année universitaire tire à sa fin. Les troisièmes années sont sur le départ, le concours d’entrée se profile et la préparation de la prochaine rentrée occupe déjà les esprits. Toujours beaucoup d’activité mais un week-end un peu long m’a permis la visite plus tranquille d’une librairie et fait émerger l’idée de démarrer sur ce blog une série de réflexions sur l’enseignement de demain.

De cette visite, j’ai été frappé par le nombre d’ouvrages parus sur le management, le développement durable ou personnel. Autant de manières de penser différemment le monde, l’entreprise ou soi-même. Des idées que le quotidien Les Echos explorait dans son édition du 26/04/2011 par un article titré « Des patrons qui veulent changer le management ». La pédagogie n’échappe pas à ces questionnements. Qu’impliquent ces mutations en la matière ? Trois questions me viennent à l’esprit.

Que doit-on enseigner ?

Je prends l’exemple de l’écologie et des modèles alternatifs de croissance verte ou de décroissance qui sont d’ailleurs, eux-mêmes, quelquefois critiqués dans leur propre camp. Faut-il s’y lancer à 100% ? Faut-il remplacer nos modes de production actuels au risque d’être pris de vitesse par de nouvelles solutions ? Leur donner un espace dans chacune de nos matières au risque de diluer leur pertinence en véhiculant un modèle complexe et contradictoire ?

Je reste fidèle à mes convictions. D’abord s’appuyer sur un socle commun de matières essentielles pour un étudiant d’école de commerce. Ils traverseront plusieurs vies professionnelles, auront besoin d’une vision générale. C’est aussi une manière d’éviter les influences des modes et des gourous qui font florès. Ne jamais perdre de vue que nous les préparons à l’entrée dans le monde des entreprises, à y évoluer (près de 50 ans ?), à faire face à des situations inconnues.

Comment doit-on l’enseigner ?

J’imagine une nouvelle typologie de cours : de connaissances, d’application et de réflexion. Je ne vois pas de méthode clé en main mais plutôt une meilleure articulation entre la diversité des approches pour en finir avec l’accumulation/empilement des connaissances.

Il faut renverser les méthodes, transformer les expériences en compétences. Modifier profondément le suivi des élèves, de leurs travaux et des stages. Les aider à mieux analyser, à stimuler leur vision critique, les ouvrir sur le monde (par la géopolitique). A leur tour, ensuite, de choisir une spécialisation et de travailler leur développement personnel.

Doit-on continuer à l’enseigner ?

L’élève en devenant acteur et créateur de sa formation dessine un nouveau rôle pour le professeur. Ce dernier restera au centre du dispositif d’apprentissage mais dans une équipe élargie au service de la pédagogie. Le professeur sera donc un chef d’orchestre. C’est un contrat pédagogique qui le liera à l’étudiant. Ce que ce dernier doit apprendre sera listé, expérimenté et évalué.

L’enseignement « hors salle de classe » prend ici toute sa place. A l’heure des tableaux interactifs et des tablettes, que de chemin parcouru ! Certains se rappelleront peut-être des tableaux noirs et de la craie, les transparents imprimés d’Harvard graphic, c’était hier mais un monde nous sépare. Aujourd’hui, le tableau interactif offre un nouvel univers, un apport de connaissances infini et partagé avec les étudiants connectés non seulement pendant le cours via leur PC/tablette, mais également avant et après le cours. De cette interaction naîtra une coproduction du savoir, peut-être instantanée avec les étudiants. Il faut donc imaginer, expérimenter, tester avec les outils que nous apportent les technologies. Comment s’y préparer en tant que professeur ? Je n’ai pas de recette miracle mais une conviction, c’est maintenant qu’il faut s’en emparer au service de la pédagogie et en collaboration avec les étudiants.

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