Le blog de Jean-François Fiorina

Le BAC sert-il encore à quelque chose ?

Chaque année, le rituel est immuable. Lycéens décontractés, stressés ou en pleurs, les médias nous resservent les stéréotypes des candidats à un examen qui peine à s’adapter au monde qui change. Nouveauté de ce cru : l’accent mis sur la fraude… téléphones portables et autres iPhones offrent de nouvelles perspectives aux tricheurs que la machine éducation nationale a du mal à juguler !

Mais revenons sur le fond : cet examen a-t-il encore un intérêt ?

OUI. C’est un moment fort à la fois personnel, familial et national. Le bac est un élément de notre culture, il suscite chez bon nombre d’entre nous une certaine nostalgie. C’est également un marqueur politique et républicain, on se souvient de l’objectif fixé par Jean-Pierre Chevènement en 1985, porter « 80% d’une classe d’âge vers la réussite au bac ». Et nous sommes passés de 30% en 1985 à plus de 67% en 2010. Chacun se félicitera qu’il donne une certaine culture générale aux jeunes générations. L’examen valide, à la fois, les acquis d’un cursus et ouvre les portes de l’enseignement supérieur.

NON. A vouloir remplir ces deux missions, son positionnement reste hybride et flou. D’aucuns diront que la formule actuelle du bac dessert son aura et sa valeur, assimilée à des mots connotés comme bachotage, préparations et révisions en urgence, citations et formules apprises par cœur. Le viatique du bachelier manque singulièrement d’ambition intellectuelle. Comme j’ai pu l’écrire au fil de ce blog, quid de la créativité, du développement de l’esprit critique, de l’innovation dans l’évaluation académique des lycéens ? Le bac ne répond pas à ces questions pourtant essentielles dans un monde en perpétuelle évolution.

De la vertu théorique d’un bac ouvert à tous naît le vice d’une sélection déguisée. Un bac sans mention « assez bien » a minima – même s’il ne bloque pas le passage au supérieur – n’a-t-il pas perdu sa valeur intrinsèque ? Se présenter en prépa sans mention « Bien » ou « Très Bien » n’est plus envisageable. Redonner de la fierté et de la valeur à ce passage obligé me semble essentiel. Les compagnons du devoir que je citais dans mon dernier post, ne sont-ils pas mis à l’épreuve sur un chef-d’œuvre personnel qui marque la fin d’un apprentissage au long cours ?

Je considère que le bac d’aujourd’hui manque d’une véritable colonne vertébrale qui serait constituée de trois parties : une validation d’un socle commun de connaissances permettant d’envisager sereinement le passage vers le supérieur ; une spécialisation simplifiée et choisie limitant le nombre d’options offertes, au passage, véritable gabegie financière et casse-tête logistique ; un exercice aiguisant l’esprit critique et la réflexion aux antipodes du bachotage.

Ce ne sont plus les seules connaissances ou le par cœur mais l’intelligence qui feront les bacheliers et les citoyens de demain. Ne devrions-nous pas passer d’un mode de la sélection à un mode de la qualification ?

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