Le blog de Jean-François Fiorina

Enseigner demain (3) : comment enseigner « l’innovation » ?

Cette semaine l’actualité converge une fois de plus vers la Grèce. Illustration de la crise des dettes souveraines dont j’ai longuement parlé l’an passé malheureusement de manière prémonitoire… J’aborde donc un sujet plus positif, celui de l’innovation, également très en vedette ces derniers mois. Toutes les écoles prêchent pour la conquête de ce nouveau graal ! Mais de quoi parle-t-on et comment enseigner cette « matière » à nos étudiants ?

Plus qu’un cours, l’innovation est un état d’esprit à cultiver. C’est également et surtout en ce moment réfléchir à de nouveaux modèles stratégiques ou de développement. Elle est faite de projets, de transversalité, d’expérimentation et de travail collaboratif. L’innovation se nourrit d’abord d’un solide bon sens et de problématiques concrètes. Certains de nos étudiants y excellent mais il n’est pas toujours facile de les identifier, d’accompagner leur talent et de valider/certifier leurs compétences en direction des entreprises. Elles attendent de notre part ce service.

L’innovation trouve également un écho particulier dans la Recherche académique qui travaille sur ses conséquences dans l’entreprise et sur les salariés. Elle investit de nombreux champs d’application : business modèles, protection intellectuelle, financements inhérents à son développement. Dans le bassin grenoblois, l’écosystème des nano et micro technologies constitue un terrain idéal du management de la R & D. En amont des projets, ce sont des problématiques de constitution de dossiers et de financement qui se posent, en aval, ce sont les enjeux de propriété intellectuelle qui s’imposent. Baigner les étudiants dans cet environnement de fertilisation croisée des connaissances donne une belle occasion de travailler concrètement sur les questions d’innovation.

Innovation de rupture ou innovation au quotidien ?
La France a la réputation de rechercher massivement la première sans toujours la trouver, tout en négligeant la seconde… C’est le pari technologique et technique qui domine avec de grands programmes industriels emblématiques comme le Concorde, le Rafale, le TGV… De vrais succès mais difficilement exportables car souvent trop pointus, trop complexes. L’innovation au quotidien, quant à elle, s’applique à tous les secteurs, de l’agriculture au design. Une « petite » innovation révolutionne quelquefois plus la vie de nos concitoyens que certaines avancées technologiques. Nos étudiants doivent s’imprégner de cette culture de l’innovation au quotidien que j’ai pu croiser lors de mes visites sur les campus aux quatre coins du monde.

La France a donc une carte à jouer en matière d’innovation dans tous les secteurs de son économie. Elle en a les compétences et les talents. Une récente étude du Centre d’analyse stratégique (avril 2011) rappelle qu’une augmentation des dépenses de 0,7% du PIB dans l’enseignement supérieur couplée à une amélioration du système d’enseignement, se traduirait par une augmentation à moyen-terme de 0,2 à 0,4 point de croissance. Ce sont nos jeunes qui devront « changer de logiciel » pour inventer de nouvelles méthodes de conception, de production et de distribution. Avec beaucoup de bon sens.

Et pour sauver la Grèce, il faudra aussi innover…

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Commentaires (3)

  1. Jonathan Scanzi

    Bonjour,

    La question de l’innovation au « quotidien » que vous abordez dans votre article laisse entrevoir la question de l’innovation par les services. Néanmoins, vous ne mettez pas en exergue ce type d’innovation qui me semble pourtant un levier majeur dans le contexte de mutation économique actuel. En effet, les enjeux que renferme la problématique de l’innovation par les services sont nombreux. Pourtant, la question de l’IPS reste aujourd’hui un mystère pour de nombreuses entreprises. Dès lors, je pense qu’il est important d’inculquer cette culture «innovation » et « services » dans les écoles de management qui forment les dirigeants de demain.

    Bien cordialement,

    Jonathan.

  2. jffiorina (Auteur de l'article)

    Tout à fait d’accord avec vous !
    D’ailleurs, nous avons à l’Ecole un MS Management et Marketing des services qui vient d’être remodelé pour approfondir le lien services /innovation . IT / qualité…

    http://www.grenoble-em.com/822-grenoble-ecole-management-mastere-specialise–management-des-activites-de-service–1.aspx

  3. Nassim Hartani

    Il est également intéressant de voir cette question sous un autre angle :

    Quelles sont les conséquences de l’innovation sur l’éducation et les défis qui en résultent ?

    D’après Richard Ridley, secrétaire américain à l’éducation : les 10 métiers les plus demandés en 2010 n’existaient pas en 2004 !

    Karl Fisch a résumé ces challenges dans les 3 points suivants :

    – Former les étudiants à des emplois qui n’existent pas encore.
    – A utiliser des technologies qui n’ont pas encore été inventée !
    – Résoudre des problèmes que nous ignorons encore.

    Source : http://www.slideshare.net/jbrenman/shift-happens-33834

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