Le blog de Jean-François Fiorina

Itinéraire création avec Wizbii

Benjamin Decousso (à droite) en compagnie de Jean-François Fiorina, directeur de l'ESC Grenoble. DR

Benjamin Ducousso (à droite) en compagnie de Jean-François Fiorina.

Benjamin Ducousso, Emeric Wasson et Romain Gentil ont lancé, en septembre 2011, www.wizbii.com, le 1er réseau social professionnel dédié aux étudiants et jeunes diplômés. Sur Wizbii, on ne trouve pas seulement des profils de jeunes qui cherchent un stage, ou un 1er emploi, mais des entreprises qui les scrutent pour les embaucher. On peut aussi y croiser d’autres étudiants qui profitent de cet espace de rencontre pour se lancer dans une aventure entrepreneuriale. Sur Wizbii, c’est bien de carrière que l’on parle. En quelques mois, le site compte plus de 23.000 étudiants et jeunes diplômés inscrits, 400 entreprises qui y recrutent leurs talents  et 289 projets nés de la rencontre de ces étudiants. Et si c’était une des solutions de sortie de crise ? Une belle start-up qui montre que créer sur le web en région, c’est possible, « C’est même mieux ! » selon Benjamin. Interview de ce jeune entrepreneur conquérant et attachant.

 

Jean-François Fiorina : Peut-on créer une entreprise sans faire d’école de management ?

Je poserais plutôt la question : « Qu’est-ce que l’ESC Grenoble m’a apporté pour entreprendre ? » L’entrepreneuriat, ce sont des valeurs, du courage et un état d’esprit. Donc en pratique, il n’est pas obligatoire de passer par une école. Cependant, j’ai compris une chose essentielle en passant par l’école : quand on n’a pas la compétence, il faut  savoir s’entourer, créer une équipe. A GEM, j’ai rencontré mes associés et beaucoup d’amis. Ces années m’ont apporté une grande ouverture d’esprit et l’accès à des réseaux très précieux comme le CEA, Minatec, Isère Entreprendre… Le fait d’être l’une des onze entreprises incubées par GEM nous apporte, d’emblée, une reconnaissance forte dans l’écosystème local, à tous les niveaux.

Quelles ont-été les grandes étapes de votre parcours ? Vous avez toujours eu l’envie d’entreprendre ?

J’ai eu un parcours un peu atypique mais oui j’ai toujours eu cette passion d’entreprendre. A 18 ans, à la suite d’un accident de voiture, j’ai choisi de travailler dans un restaurant et de continuer mes études en correspondance. J’avais envie de faire des choses, de découvrir de nouveaux horizons, et c’est là que mon envie me disait d’aller. J’ai manqué le bac ! ….de peu, mais j’ai quand même eu la chance de pouvoir intégrer un BTS en alternance chez Norauto au tout début de l’apparition du marché des GPS. Là, j’ai fait des rencontres exceptionnelles, avec des gens qui m’ont fait confiance et m’ont donné ma chance sans être bachelier, comme mon ancien directeur de site. Petit à petit, j’ai fait mon chemin, et avec un BTS en poche que j’ai pu obtenir grâce à de très bonnes notes, j’ai intégré le parcours Bachelor de l’ESC Pau où j’ai obtenu les félicitations du jury. C’est ensuite que je me suis présenté à l’entrée de l’EM Grenoble via le concours Passerelle, et que j’ai pu intégrer avec un oral à 19,5/20.

Pourquoi Grenoble ?

Pour la technologie ! GEM, c’était l’école où je pouvais apprendre en évoluant dans un environnement qui me correspondait le mieux, du high tech, du numérique, de l’innovation un peu partout autour de moi. C’était là que je pouvais compter sur un écosystème efficace pour développer mes projets. Je voulais intégrer l’école et ressortir en portant un projet dans les nouvelles technologies. C’est chose faite.

On parle souvent de la complexité et de la multitude des aides à la création d’entreprise, est-ce aux institutionnels de mieux se faire connaître ou aux écoles de former ? Comment avez-vous vécu cette période ?

Au départ, j’étais perdu. Par où commencer ? Les écoles et les institutionnels doivent s’impliquer plus. Il faudrait que les écoles, par exemple, forment à la technique de création comme on peut le trouver ici au Mastère Spécialisé Entrepreneurs de GEM. Pour apprendre quels sont les trucs et les astuces de la création, « le qui fait quoi ? ». En revanche, dès que j’ai affirmé mon projet, l’école m’a aidé très efficacement et m’a ouvert toutes les portes. J’ai, par exemple, bénéficié de locaux gratuits.

Quelle a été l’attitude des autres étudiants de l’école ?

Bonne. Nous avons été perçus très positivement comme porteurs des valeurs de courage, d’envie et de persévérance. Peu de connotation négative. Plus l’entreprise grandit, plus on a de retours. J’ai des demandes de stages et d’emplois de la part des diplômés.

Avez-vous eu le même accueil dans les autres écoles ?

Oui, je dois dire que les écoles sont réceptives au discours entrepreneurial en ce moment. Il se crée des incubateurs, des filières, le gouvernement a lancé le Pôle Entrepreneuriat Etudiants auquel nous sommes associés. C’est une source d’emplois importante. En revanche, on manque de masters typés web. Notre génération est complètement là dedans. La plupart des créateurs de notre génération pense web, parce que le web va vite, il ne nécessite pas beaucoup de capitaux au démarrage et se développe en réseau. Nous sommes très à l’aise dans ce genre de relationnel.

Tout le monde est un entrepreneur qui s’ignore ? Une ESC doit-elle tout miser à 100 % sur l’entrepreneuriat ?

Dire que les choses sont faciles, c’est non. ll faut aimer vivre dans un environnement stressant et instable pour être entrepreneur. Garder un peu de folie et beaucoup de passion ! Certains ne s’épanouissent pas dans un tel contexte, et il faut les comprendre, ils ne sont peut-être pas fait pour être entrepreneurs. Il faut le savoir. Mais c’est vrai qu’il y a des entrepreneurs qui s’ignorent. Par exemple sur Wizbii, la partie job/stage est apparue après la partie projets. Le résultat, c’est que beaucoup de jeunes qui arrivent pour trouver un stage sur le réseau finissent par créer un projet de start-up avec un étudiant qu’ils ont rencontré ! Cette confrontation suscite des envies et révèle des projets de création. C’est une des surprises du site.

Ce qui voudrait dire que beaucoup de jeunes seraient partants pour se lancer dans l’aventure ? Comment mieux les identifier et les accompagner dans les écoles ?

C’est vrai, dans l’une des études de marché que nous avions réalisée avant la création de Wizbii, nous nous sommes aperçu que seuls 0,6 % des jeunes créaient effectivement leur entreprise alors que 60 % déclaraient le souhaiter. C’est une piste de réflexion à creuser.

Je pense que l’oral du concours est essentiel. C’est le bon endroit pour repérer les entrepreneurs. La passion se sent dans leur attitude, leur discours, leurs gestes. Ce sont des candidats qui vivent, qui vont aller jusqu’au bout de leur idée. Ils ont en commun cette manière d’être.

Il est important de les cibler le plus tôt possible. Même avant leur entrée à l’école. Après, si je prends l’exemple de Grenoble avec le bureau des talents et les parcours sur mesure, on est guidé et coaché.

On est entrepreneur en tout ou est-ce l’idée qui fait l’entrepreneur ?

Je crois que c’est l’état d’esprit qui fait l’entrepreneur. Si je prends mon cas personnel, j’adorerais créer dans plein de domaines différents. C’est ma manière d’être !

Des conseils pour démarrer ?

Je ne veux pas paraphraser feu Steve Jobs mais je crois qu’il faut rester un peu fou. Tout en restant persévérant, mesurer les risques et voir toujours plus loin. Un entrepreneur traverse en permanence des périodes euphoriques et difficiles. C’est le job ! Mais il faut le supporter. Pour moi, l’essentiel, c’est l’équipe, mes associés et amis !

Autre point. Restez en région ! Je crois que la meilleure décision que j’ai prise a été de rester à Grenoble ! Il y a plein de choses à faire et beaucoup d’aides. En Rhône-Alpes, il y a de l’argent mobilisable sur des projets. C’est une région riche. S’installer à Paris comme beaucoup le souhaitent, c’est se retrouver dans une masse anonyme de créateurs et de start-ups. En région, vous conservez votre identité et vous bénéficiez de soutien.

Votre idole ? Steve Jobs ou Mark Zuckerberg ?

Non, Léonard de Vinci.

Merci à Benjamin, nous lui souhaitons de poursuivre avec succès cette belle aventure Wizbii qui ne sera pas la dernière a priori !

L’entreprise qui a bénéficié d’une première levée de fonds de 318 K€ (Banque Populaire, Crédit Agricole Sud Rhône-Alpes, Grenoble Angels) vise 1,5 million d’euros de chiffre d’affaires en 2013, date à laquelle, une implantation en Grande-Bretagne est envisagée.

Dans les prochaines semaines, nous aborderons, dans ce blog, la question de la marque employeur.

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