Quelles stratégies internationales pour les écoles de commerce ?

copyright istock

Dans le cadre de mes entretiens avec les acteurs de l’enseignement supérieur, le groupe Xerfi, spécialisé dans les études économiques, a récemment étudié les stratégies internationales des grandes écoles de commerce françaises.  Un sujet à la pointe de l’actualité dans nos établissements, à la fois positif puisque la Conférence des Grandes Ecoles souhaite augmenter le nombre des étudiants étrangers et la dimension internationale des écoles, et, inquiétant, avec les crises qui secouent, entre autres, l’enseignement supérieur au Canada et en Grande-Bretagne.

Rencontre avec Thomas Roux, directeur délégué, Xerfi Precepta, et Aurélien Duthoit, directeur d’études, Global Xerfi.

Jean-François Fiorina : pourquoi lancer des enquêtes pour les écoles de management ?

Il leur manquait ce type d’études stratégiques. Nous les connaissons à travers les classements comparatifs édités par la presse, peu sur des critères de stratégie ou de modèles économiques. Il y a une demande dans ces domaines, nos études se sont bien vendues d’ailleurs.

Comment caractérisez-vous le secteur des écoles de commerce ?  Devenons-nous de plus en plus professionnels ?

Nous le côtoyons depuis peu. Ce que nous remarquons, c’est que les positions sont assez figées.  Et les évolutions, bien que réelles, sont marquées par des cycles longs.

Vous parlez de cycles longs. C’est surprenant. J’ai plutôt l’impression d’une grande réactivité dans notre secteur.

Je pense que c’est commun à tous les secteurs en France. Les positions évoluent peu hormis dans les télécoms ou les nouvelles technos. Le paysage concurrentiel des écoles de commerce n’a pas énormément évolué depuis 15 ans. HEC est toujours premier… mais il est vrai que le marché évolue très vite. Il serait intéressant d’en savoir plus sur ce que pensent les étudiants ou les DRH. Le tissu des écoles est également très diversifié en termes de réputation, de moyens, de volume, d’influence. Ce qui rend les généralisations impossibles. En tout cas, le développement des écoles françaises à l’international prend du temps et ses enjeux sont parfois très sous-estimés.

Dans quels cas, par exemple ?

Faire de l’international, ce n’est pas seulement faire des accords d’échanges ou envoyer/préparer des M1 ou M2 à l’étranger. L’aspect qualitatif est important, il y a un important travail à mener sur la sélectivité des partenariats, sur les doubles-diplômes, sur le corps enseignant

Dans cette course les écoles françaises sont-elles bien armées ?

On a plutôt de la chance car notre modèle de business school s’est construit sur celui des « High Schools » américaines ou britanniques. Ce qui leur a donné une longueur d’avance par rapport à l’Italie ou l’Espagne même si le processus de Bologne a rendu plus homogènes les niveaux de diplômes en Europe. On voit bien encore aujourd’hui que les écoles de commerce françaises sont sur-représentées dans les classements mondiaux par rapport à l’Italie, l’Allemagne ou l’Espagne.

Allons-nous être rattrapés ?

Non, si les écoles françaises cultivent leur différence. Certaines ont choisi d’authentiques stratégies de partenariats, très sélectives, à l’international, d’autres ouvrent des campus à l’étranger, avec des à-coups, des allers retours mais globalement beaucoup d’efforts ont été réalisés.

Dans la finance, les écoles françaises ont cultivé leur différence et ça marche. Le management made in France dispose d’une certaine marque de fabrique.

Qu’est-ce qu’une bonne stratégie de développement international ?

Cela dépend du positionnement de l’école. Est-elle en quête de notoriété, de rentabilité ? Se positionner à Paris ou dans les grandes villes favorisera l’attractivité. Va-t-on recruter directement à l’étranger ? Et donc y implanter des campus.  Il n’y a pas de modèle type et donc ce n’est pas facile d’associer une école à un modèle.

L’international, est-ce devenu obligatoire pour les écoles ?

Avec 200 écoles de commerce en France, l’international n’est pas forcément le seul axe de développement. Il existe des niches, des spécialisations. Compte tenu du nombre d’écoles qui sont déjà engagées à l’international, c’est presque devenu un lieu commun. Ce n’est plus différenciant.

Cela reste important pour les étudiants, cette dimension internationale.

Oui certainement. Historiquement, les écoles ont fait la différence avec les universités sur ce terrain tout comme pour les stages et la professionnalisation des cursus.

Les universités ont cependant fait de grands efforts et la différence se réduit de plus en plus. Elles utilisent les mêmes armes, les mêmes axes de communication.

Mais leur contenu est encore différent. Que connaissent de l’entreprise les étudiants de l’université ? Ils ne sont pas crédibles par rapport aux écoles de commerce dans ce domaine en tout cas.

Sauf que beaucoup d’écoles de la Conférence des Grandes Ecoles ont du mal à recruter du fait de la vampirisation de leurs étudiants par les universités. Placez-vous du côté des parents qui doivent payer des frais de scolarité très élevés dans les écoles.

C’est un autre problème. La cote des ESC ne sera pas remise en cause sauf si les diplômés n’arrivent plus à se placer. L’université deviendrait alors un concurrent redoutable.

Ce qui importe à un étudiant ESC, c’est de trouver le job de ses rêves, dans l’entreprise de ses rêves au meilleur salaire. Le reste, pour lui, c’est du détail. Dans les faits, le risque est de voir se développer plusieurs divisions dans les écoles dont un groupe de « très grandes écoles » pour lesquelles les parents seront prêts à payer le prix fort.

Est- ce que les écoles françaises attirent les étudiants étrangers ?

Oui. Les écoles françaises qui ont réussi en France sont bien sûr capables de réussir sur le marché international et d’attirer des étrangers. Les points clé sont toujours les mêmes : les marges, les volumes, la reconnaissance, la qualité de l’enseignement, l’attractivité de la France.

Le plus de nos étudiants, c’est le double-diplôme et l’exotisme. Car nous sommes dans la génération « low cost ».  Partir en Inde ou en  Chine, au Brésil ou en Argentine, est devenu possible et accessible financièrement.

L’attractivité de nos écoles à l’international dépend aussi de leur localisation comme il l’est stipulé dans votre étude. Paris possède-t-elle toujours l’avantage sur les autres villes ?

Ce n’est pas vital si l’école a réussi à se faire un nom, une spécialité. Je pense à l’ESC Bordeaux et ses diplômes autour des métiers du vin ou à Grenoble pour le management des nouvelles technologies.

Certaines parisiennes peu cotées jouissent du prestige de la localisation et attirent des étudiants fortunés d’Afrique noire ou du nord.

Il  y a de la place pour beaucoup d’acteurs dans ce secteur.

Mais le top 10 des business schools impose forcément une politique internationale ambitieuse. Comment se comportent les écoles vis-à-vis de vos études ? Ont-elles bien collaboré ?

Oui, dans l’ensemble.

Je trouve surprenant que vous jugiez le niveau de langues des étudiants des business schools françaises comme une faiblesse ?

C’est relatif. Nous ne sommes pas parmi les retardataires au niveau mondial, mais dans la moyenne européenne, derrière l’Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas, l’Europe du nord

Autre surprise, la concurrence des universités étrangères de niveau under graduate ?

Une bonne partie des ESC françaises délivre des diplômes dès le bac, c’est aussi le cas à l’étranger. Peut-être pas dans les meilleures mais l’étudiant français peut ainsi être tenté de faire ses études dans des écoles de commerce anglo-saxonnes ou allemandes qui délivrent ce type de diplômes.

C’est le cas dans les pays nordiques ou au Canada. HEC là-bas dispose des 3 accréditations pour un coût cinq fois moins élevé que les écoles françaises !

Nous avons l’impression que cette tendance augmente. Les familles préfèrent envoyer leurs enfants dans de bonnes universités étrangères plutôt que dans les classes prépas ou l’université classique.

Il y a l’effet « langues étrangères » et les passerelles sont si nombreuses pour intégrer ensuite une grande école…

Oui, tous les diplômes sont reconnus en Europe.

Vous parlez du bachelor. Ce diplôme a l’avantage d’être très pratique et d’offrir une année à l’étranger. Il y a de plus en plus de transfert d’étudiants de prépa vers ces diplômes.

Autre faiblesse que vous pointez : le statut des écoles de commerce, la fameuse taille critique qui fait défaut. Faut-il toujours grossir ?

Une certaine taille est nécessaire pour exister dans le concert international, pour acquérir une certaine notoriété. Mais ce n’est pas l’essentiel, l’indicateur important, c’est le budget par étudiant. Les plus grandes écoles de commerce françaises, de toute manière, ont déjà atteint leur taille critique.

Pour conclure, quel est le principal point fort et le principal point faible des écoles de commerce sur le plan international ?

Le point fort : la qualité de l’enseignement, le cursus.

Le point faible : la notoriété.  HEC est, par exemple, bien connue en France mais dans le monde ?  Sa notoriété est plus faible que La Sorbonne.

Il y a un savoir-faire à valoriser. Mais comment ? Je ne sais pas. En tout cas, grossir pour grossir ne me semble pas la solution.

Une action groupée entre écoles au niveau international ? Comme le font les Canadiens ou les Australiens ?

Sûrement, c’est une piste.

Faut-il craindre l’arrivée des émergents en France ?

Peut-être à la marge. Mais je ne crois pas qu’il y ait de stratégies en la matière. C’est une question d’objectifs et de moyens.

Avez-vous prévu d’autres enquêtes sur les écoles de management ? Et avec les universités et autres établissements de l’enseignement supérieur ?

Vu le succès des premières études avec les ESC, oui, nous continuerons en 2013. Le secteur est très concurrentiel. Les écoles aiment bien savoir ce qui se passe chez le voisin. Pour les universités, a priori, non pas d’études. Peut-être avec les plus grandes structures.

Partagez ce billet !

Article du on Lundi, juillet 9th, 2012 at 17:23 dans la rubrique Non classé. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

2 commentaires “Quelles stratégies internationales pour les écoles de commerce ?”

  1. Quelles stratégies internationales pour ... dit:

    […]   […]

  2. François dit:

    Même si nos grandes écoles et universités ne sont pas comparables à celles des Américains et Britanniques, c’est une fierté d’être sur-représenté dans le classement mondial par rapport à l’Espagne,l’ Allemagne ou l’Italie. En ce qui concerne l’international, c’est toujours une source de motivation pour les étudiants de rejoindre une école.

Laisser un commentaire