Le blog de Jean-François Fiorina

La pédagogie, pilier de l’école de demain ? (Ecole du futur, épisode 4)

@Dalbera

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Cette semaine, les oreilles des grandes écoles ont sifflé ! De Michel Rocard dans un entretien à Libération fustigeant la formation HEC de François Hollande, trop « micro » pour comprendre la crise, à l’enquête Educpros/L’Etudiant parmi les étudiants des grandes écoles qui dénoncent la pensée unique dans leurs enseignements, en passant par le sondage iconoclaste de The Economist (« L’économie se porterait-t-elle mieux sans les étudiants de MBA ? »), on sent bien que le soi-disant manque d’esprit critique des grandes écoles, a trouvé nombre de défenseurs. Je crois opportun de rappeler, à cette occasion, les missions de l’école du futur. Ne serait-ce pas le grand retour de la pédagogie ?

Trois missions clés. L’école du futur doit se construire sur trois axes :

  • Former à l’opérationnel. C’est du classique, les grandes écoles savent faire. Personne ne conteste le fait de se doter d’un savoir et d’une expérience opérationnels dans le métier choisi. Par les stages ou l’alternance mais également par l’ensemble des expériences dans les entreprises au sens large (associations, ONG, sport, création d’entreprise…), nos jeunes acquièrent un vrai savoir faire reconnu.
  • Former à la capacité d’évoluer dans une entreprise, verticalement (management) ou horizontalement en élargissant son panel de compétences, du marketing aux achats, par exemple. Sur ce point aussi, nos étudiants sont préparés. Les écoles de management font merveille en associant une partie tronc commun à des spécialités plus techniques. Tous sont sensibilisés à mieux se connaître pour évoluer dans l’entreprise et dans sa vie (développement personnel), à comprendre les clés de la stratégie d’entreprise ou du leadership. Même si les approches académiques ne remplacent pas l’expérience vécue, nous progressons dans ce domaine.

  • Former à ne pas être surpris! Nous sommes, ici, devant un problème. Dans un monde et une économie dont les cycles se raccourcissent de plus en plus, où les ruptures bousculent les modèles établis, nous sommes en difficulté pour nous projeter dans l’avenir. Former à des certitudes dans un monde incertain est donc une faute. Comment prendre du recul? Comment cultiver son esprit critique? Sans tomber dans le syndrome de la «boîte à outils universelle» que nous demandent les étudiants.

C’est notre mission de pédagogue que de leur apprendre à intégrer différentes visions d’une question, à intégrer cette démarche intellectuelle qui prend le temps de la distance pour mieux comprendre un phénomène social ou économique complexe. Mais les écoles souvent fustigées pour ne pas s’engager dans cette voie ne sont pas les seules responsables. Les entreprises qui se plaignent souvent du formatage des profils étudiants ne sont-elles pas les premières à écarter d’un recrutement un jeune au parcours ou au look atypique ?

Il y a donc besoin de plus de créativité, de plus de développement personnel et de plus d’éthique à intégrer dans les cursus. C’est une nouvelle ingénierie pédagogique à inventer qui développe la scénarisation des parcours, le learning agreement… sans faire exploser les volumes horaires ! Nous devons maintenant nous considérer, de plus en plus, comme des assembleurs de compétences et d’intelligence. La pédagogie va évoluer vers d’autres formes – interactives, asynchrones…- avec d’autres professeurs. Pourquoi ne pas imaginer un passage en entreprise sous la forme de ce qui se pratique en internat de médecine, par exemple.

Deux conséquences.

Elles signent le retour de la pédagogie au cœur des parcours.

  • Une pédagogie multiple. Je n’oppose pas les méthodes d’aujourd’hui à celles de demain. De nouvelles approches construites autour de projets, de séminaires de créativité et de réflexion, de séances de conseil, sont à imaginer. L’école du futur, c’est celle qui ouvre les esprits par de nouvelles méthodes, en tenant compte de la maturité de chaque étudiant, de chaque année de leur cursus.

Les alliances et doubles-diplômes que nous développons avec d’autres écoles, de cultures différentes, sont autant d’occasions de favoriser ce questionnement et cette réflexion. Une rencontre entre un futur journaliste économique et un futur trader a maintenant toutes les chances de se produire dans nos murs.

  • Une pédagogie du retour d’expériences. Le schéma binaire du stageclassique: mémoire/ validation a vécu. Tant du côté de l’école que de l’entreprise, le stage est une matière pédagogique à valoriser. Qu’a-t-il apporté? En termes de connaissance, de savoir faire et de savoir être? A t-il déclenché une réflexion particulière? Remis en cause des certitudes? Toutes les expériences, hors salles de classe, seront matière à pédagogie.

Ces nouvelles manières de voir, éviteront-elles les dérapages de la finance internationale ou du trading ? Pas sûr. D’autant que les censeurs sont aussi coupables. Le combat est permanent. Même la charte la plus contraignante que signeraient nos futurs patrons comme je l’ai lu dans Courrier international serait bien mince dans certains cas de figures. Le plus brillant étudiant du cours d’éthique pris dans un engrenage implacable deviendra peut-être le trader le plus malhonnête…

Notre rôle, c’est de les aider à se construire par la pédagogie et le conseil. A leur donner l’occasion de tester leurs capacités, leur réflexion dans de multiples situations : cours, électif, association, MOOC… C’est ça, l’école du futur.

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Commentaire (1)

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