Le blog de Jean-François Fiorina

Grandes écoles : le rapport de la Cour des comptes, un constat objectif

Comme prévu, ce début d’année 2013 foisonne d’informations importantes concernant l’enseignement supérieur. D’abord la remise au Premier ministre du rapport du député de Meurthe-et-Moselle, Jean-Yves Le Déaut[1], intitulé « Refonder l’université, dynamiser la recherche ». Il s’agissait également de jeter les premières bases législatives des idées avancées lors des Assises de l’enseignement supérieur. Et la publication du rapport de la Cour des Comptes sur les grandes écoles qui nous concerne très directement.

Je note également le premier bilan d’APB (admission post-bac qui sera ouvert le 20 janvier)  , la question Erasmus toujours délicate et le lancement par l’Union européenne d’une réflexion, cette fois opérationnelle, sur le classement des établissements supérieurs de son périmètre (U-ranking)  ou la réflexion sur les modifications des programmes des classes préparatoires.

Ce que je pense du rapport de la Cour des comptes. Ce document est incontestable, pertinent et bien documenté. L’école de Grenoble a, d’ailleurs, été auditée.

Le constat : les grandes écoles françaises (management et ingénieurs) sont une belle réussite par la qualité de leurs programmes, l’accueil des étudiants étrangers, les services offerts et la place qu’elles occupent dans les classements internationaux.

Mais l’essentiel, comme j’ai pu le rappeler à maintes reprises dans ce blog, concerne le financement et l’accès à l’Enseignement supérieur.

Qui paie ?
Et comment favorise-t-on un accès socialement plus diversifié aux grandes écoles et à l’Université ?

J’attends que la Cour des comptes poursuive ses investigations dans tout le supérieur. Pour moi, ces questions constituent de véritables bombes à retardement. On voit bien que l’économie des systèmes anglo-saxons basés sur des financements même variés (direct par les familles ou les entreprises, mixte ou étatique) frôle le seuil de rupture aux USA, en Grande-Bretagne ou au Canada.

La démocratisation de l’accès à la connaissance pèche également. La Grande-Bretagne souhaite que sa « working class » soit plus présente dans ses universités. En France, même constat bien que l’accès aux grandes écoles évolue. L’effort produit ses effets puisque le seuil de 30% de bacheliers boursiers dans les classes prépas devrait être atteint. Mais d’autres écarts se creusent.

C’est une urgence du quinquennat. L’attractivité de notre pays en dépend. Les meilleurs partiront sans espoir de retour. Et le moteur de nos économies développées fortement basé sur la connaissance et la recherche se grippe. Sans augmentation du nombre des étudiants, nous serons dans une situation de tension sociale et économique difficilement soutenable. L’équation est à la fois quantitative (massification) et qualitative (vers des services et des innovations pédagogiques majeures).

Et demain ? Satisfaits par les contenus de ce rapport, nous souhaitons aller plus loin et pourquoi pas le voir pris en compte dans la dynamique des Assises de l’enseignement supérieur. Notre Livre blanc (« Former les dirigeants de 2030 ») publié début 2012 apporte son lot de solutions à coûts constants pour la nation. Je pense au système d’un « chèque Enseignement » que l’Etat pourrait proposer. D’un montant, par exemple, de 10 000 euros, il serait remis aux familles pour financer les études supérieures de leurs enfants. Et servirait à payer directement des établissements reconnus eux-mêmes sous contrats d’objectifs avec l’Etat.

Autre idée, celle de permettre aux employeurs de nouer des contrats avec les étudiants pour financer tout ou partie de leurs études en échange d’un temps de collaboration garanti. L’idée générale est de responsabiliser tous les acteurs de l’Enseignement supérieur y compris les familles et les entreprises dans le processus de son financement à long terme.

Pour conclure, l’actualité de notre école, ces jours-ci, est marqué par ses campagnes de prospection en cours, la participation aux salons, la préparation du Festival de géopolitique (4-7 avril 2013) et du cycle 2013-2014.


[1] Synthèse express des propositions du rapport Le Déaut, remis au Premier ministre le 14 janvier 2013 : Repositionnement de l’université au coeur du système d’enseignement supérieur et de recherche / Renforcement du rôle de l’État en tant que pilote stratégique / Favoriser un large éclectisme des parcours étudiants / Développer la coopération pour atteindre la performance qui correspond à une démarche d’adaptation raisonnée au contexte mondial / Création de communautés d’universités /Simplification des modalités de regroupements / Renforcer la crédibilité internationale du système d’enseignement supérieur et de recherche par un ancrage régional solide (les réussites à l’étranger  sont des projets qui se construisent en étroit partenariat avec les collectivités locales et les entreprises).

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Commentaire (1)

  1. Adrien Châtillon

    Bonjour M. Fiorina,

    Je partage vos valeurs sur l’importance du devoir républicain qu’est la représentation la plus paritaire possible de l’ensemble des catégories socio-professionnelles dans l’éducation supérieure française. En effet, le modèle d’éducation anglo-saxon, bien qu’aillant certaines avances sur la vieille pédagogie française, souffre d’un manque de d’accessibilité pour une grande partie de la population, comme l’ont montré les récentes manifestations au Royaume-uni.

    Cordialement,

    Adrien Châtillon

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