Le blog de Jean-François FIORINA

Technologies de l’info : quels impacts sur l’école du futur ?

Après sa première édition en 2003, Mc Kinsey nous livre sa vision, dix ans après, d’un monde toujours plus numérique et dématérialisé. Ces 10 tendances clé  renforcent mes convictions sur l’école du futur. Quelle est ma lecture de cette étude ? Quelques données de cadrage sur cinq impacts stratégiques.

 

Le service aux étudiants

J’imagine un nouveau mode de relation avec les étudiants. Ce « SRM », Student Relationship Management, va personnaliser la relation à l’étudiant quelle que soit sa localisation ou son cursus. Nous ne gérons plus une cohorte d’étudiants dans une école. Mais une multitude d’étudiants à travers le monde qui doivent avoir accès à la même qualité de services et de suivi, aux mêmes contenus.

C’est une chance extraordinaire pour nous, écoles, de créer du lien tout au long de la vie, de la première prise de contact à l’interaction avec les diplômés en passant par les demandes de formations continues…

Nombre d’avantages sont patents en termes de services : simplification des procédures, mode de relation plus directe (hors statuts), offre de services démultipliée… Mais attention à l’usine à gaz. S’il n’y a pas de ligne directrice claire et de mises en commun des données, une école mal organisée, mal structurée, aura du mal à s’adapter à cette mutation. Au-delà de la pédagogie, les technologies vont donc investir intimement les systèmes de gestion des établissements.

 

L’impression 3D

Il est désormais possible d’aller jusqu’au bout d’une démarche marketing ou produit, de passer du concept à la réalisation grâce à l’impression 3D. C’est une révolution qui impacte toute la pédagogie, je reviendrai sur cette question dans un prochain post. Mais là encore, point de substitution mais une adaptation de la pédagogie à la puissance de l’outil.

La 3D « réelle » ouvre également des perspectives de croisement, d’hybridation des savoirs et des savoir faire entre ingénieurs, spécialistes du marketing et designers tout à fait stimulants ! Dans un domaine adjacent, l’Ecole polytechnique de Lausanne a présenté, lors des Designers Days en juin à Paris, un projet de création de prototypes à distance grâce aux seules technologies de la communication et de la réalité augmentée.

 

La production/valorisation des contenus et des savoirs par le cloud et l’internet mobile

Pour les établissements, nous devons être en capacité de produire, stocker et valoriser tout type de contenu. Donc d’organiser et de créer de l’information selon de nouveaux codes.

La masse de données est conséquente !*  Nous devons à la fois gérer l’individu et le groupe, donner les moyens de gagner en efficacité. Ce n’est pas uniquement vrai pour le chercheur qui analyse des contenus académiques ou des données statistiques. C’est également une nécessité pour le responsable des accréditations ou le directeur de l’école qui doit répondre à des entreprises ou transmettre des informations précises à des journalistes, pour le directeur financier ou marketing qui réalise ses tableaux de bord.

L’accès par le cloud pour tous les étudiants et collaborateurs est l’un des éléments d’accès à l’information et à l’ensemble des éléments de stockage. Ses capacités sont immenses mais cela suppose une réflexion et une organisation en conséquence…

 

L’intégration du digital dans les process, dans le déroulé des formations. L’apparition de nouveaux métiers 

Ce sont des impacts quotidiens que nous devrons gérer. Les éléments de contenus vont être modifiés, ainsi que les process entre les professeurs et les étudiants, entre l’école et ses partenaires, avec les entreprises… Ce sont également de nouveaux métiers qui apparaissent sur les questions techniques mais pas seulement. Les professeurs assistants ou les managers de contenus auront toute leur place dans ces organisations.

 

Un accélérateur de valeur ajoutée pour l’industrie par l’accompagnement et la recherche

Nos relations avec les entreprises vont être accélérées. De nombreuses start-ups se positionnent sur les questions de stockage de l’énergie, de l’Internet des objets. Nous écoles apporteront de la valeur en incubant ces projets, en les accompagnants pour les rendre plus efficaces et participatifs. En les testant très rapidement sur les marchés, par exemple (cf le Lean Management). De nouveaux modèles d’entreprise et de nouveaux modes de pensée entrepreneuriale arrivent où la recherche appliquée prend toute sa dimension

Nous démarrons un chantier dantesque. Gare au manichéisme à la française ! Ce sont les usages et non les utilisations qui doivent nous guider. Une école mal organisée, ne deviendra pas, d’un coup de baguette magique McKinsey, plus performante ! Je mise plutôt sur une évolution, une prise en compte de ces outils digitaux pour aller plus loin mais pas forcément sur des changements de paradigmes.

Oui au digital, mais point de salut miraculeux ! C’est un accélérateur d’organisation à condition de réfléchir aux process de manière très précise, à leur intégration dans des usages sans prôner une virtualisation sans limite. L’aspect humain et l’organisation seront des plus essentielles.

 

En matière de recherche, je m’intéresse à l’évaluation de ces impacts sur la société. Notre objet est, certes, orienté business mais à nous d’anticiper, de participer à la réflexion, à la vulgarisation de ces évolutions dans les débats de société. C’est une des caractéristiques de l’école du futur. Il y aura, aussi, des conséquences géopolitiques…

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*Selon McKinsey, le stock de données mondiales double tous les 20 mois. Le nombre de terminaux connectés à Internet a atteint les 12 milliards. Les paiements sur mobile représenteront bientôt mille milliards de dollars.

Lire aussi cette étude sur les technologies de rupture selon McKinsey. Mai 2013. 

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Commentaires (4)

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  3. Moolligan

    Bonjour,

    ce billet fait écho à d’autres choses, certes moins générales mais tout aussi importantes, que j’ai pu ressentir dans mes dernières années de cours, il y a maintenant déjà 5 ans.

    A l’époque, nous commencions tout juste à passer l’intégralité des cours avec l’ordinateur portable branché sur Internet. Au delà des digressions inhérentes à ce réseau, cela permettait aussi d’approfondir le cours en direct, voire parfois d’infirmer des concepts vendus par certains professeurs et manifestement galvaudés (le management est souvent loin d’une science exacte me direz-vous).

    Après plusieurs années de recul, comment ressentez-vous cette incursion d’Internet en direct dans le cours ? Les professeurs arrivent-ils à tourner cette indépendance de navigation de chaque élève à leur avantage, ou le vivent-ils toujours comme une distraction incontrôlable ?

  4. Jean-François Fiorina (Auteur de l'article)

    Bonjour,je vois deux options :
    – dans certains cas, l’interdiction radicale mais temporaire peut avoir du sens, si l’intrusion du web n’apporte pas de valeur ajoutée au cours,
    – la plupart du temps, l’intégrer comme facteur d’analyse critique de l’info qui circule.
    Bonne journée.

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