Le blog de Jean-François Fiorina

Quelques vérités sur l’enseignement supérieur

Même si je reste optimiste et convaincu de l’importance de l’enseignement supérieur pour le développement d’un pays, je constate que certaines prises de conscience salutaires ne sont pas encore au rendez-vous. Un certain nombre de signaux devraient permettre de les stimuler ! Et quelques points de méthode s’imposent…

Des signaux faibles inquiétants. J’en perçois trois. Le premier concerne le montant de la dette étudiante aux Etats-Unis. Elle dépasse 1.000 milliards de dollars ! Comment les familles et les étudiants vont-ils rembourser ? Si aucune loi n’est votée avant la prochaine rentrée universitaire les taux des prêts étudiants vont doubler (cf Le Monde du 4 juin 2013)  avec une dette moyenne par tête de 25 000 dollars. Est-ce une nouvelle bulle financière ? Quelles solutions apporter ? Je l’ai souvent répété, il est crucial pour l’enseignement supérieur de trouver de nouveaux modes de financement afin d’éviter que cette bombe n’explose. Il serait d’ailleurs intéressant de connaître le montant de la dette française en la matière.

Deuxième signal, la question de plus en plus posée de l’intérêt de poursuivre des études longues. Le titre d’une récente étude américaine, très documentée, du Center on Children and families est très explicite : Should everyone go to College ?  Où l’on découvre que seuls les parcours les plus prestigieux tiennent leurs promesses en matière de rémunération et d’ascension sociale alors que d’autres stratégies alternatives sont négligées.

Dernier signal, le chômage des jeunes diplômés chinois. Il atteint des records alors que la politique de l’enfant unique a renforcé leurs rêves d’ascension sociale et… leur frustration.

Il est clair qu’un positionnement ambitieux en matière d’enseignement supérieur constitue, pour un Etat et ses citoyens, un moteur économique et social. Mais cette course a ses limites. Elle pose immanquablement la question du sens de cette politique, de sa communication. Faut-il favoriser de manière pavlovienne l’entrée dans l’enseignement supérieur, dans de longues études ? Ou promouvoir d’autres voies, d’autres cursus intermédiaires ?

Je propose trois principes pour guider nos réponses.

  • Objectif et mission. Cela renvoie à la contribution de chaque établissement. « Point de salut sans différentiation, sans spécialisation », j’ai souvent défendu ce point de vue. De nouveaux modèles d’établissements émergent. Je citerai l’étude de l’IPPR (Institute for Public Policy Research), An avalanche is coming : higher education and the revolution ahead, qui tente une classification des universités de demain en 5 modèles : elite university, mass university, niche university, local university, lifelong learning mechanism. Elle montre bien l’importance d’un positionnement stratégique clair et affirmé pour les établissements, s’ils veulent maintenir leur position dans un environnement concurrentiel et complexe.
  • Accès et cohérence des programmes. Tout le monde ne peut pas suivre un cursus supérieur en espérant monts et merveilles. C’est une machine à désillusion. A court-terme, c’est la difficile gestion de l’échec du grand nombre. Et à long terme, la désillusion entre le parcours rêvé en 1ère division et le repli sur un plan B, beaucoup moins stimulant. Que de dissonance cognitive à vivre ! L’échec n’est pas seulement économique et social, il est également personnel et psychologique. L’ampleur des révolutions arabes s’explique, en partie, par cette frustration des générations montantes à ne pas trouver une vraie place dans la société.

Les logiques de parcours évoluent. Un étudiant doit pourvoir sortir d’un cursus bac +2 ou 3 pour entrer sur le marché du travail et revenir, s’il le souhaite, pour enchaîner sur un master ou une certification de compétences. La cohérence linéaire et traditionnelle des parcours a vécu.

  • Mentalités et cultures nouvelles.

Il n’y a plus de voies royales et uniques. Il est important que les mentalités changent dans ce domaine. Et que les professionnels de l’orientation informent mieux et plus, proposent des scénarios adaptés et différentiés. Les changements de direction ne sont plus rédhibitoires pour peu qu’ils soient argumentés et motivés.

J’insiste sur la notion de filière qu’elle soit professionnelle, longue ou courte, où chacun doit se sentir à l’aise. Les familles ont, elles aussi, ont leur mot à dire compte tenu de leur contribution financière. Nous avions abordé cette question avec Pierre-Yves Sanséo, professeur à GEM de retour d’un échange aux Etats-Unis où les tensions sur le financement des études sont très mal vécues.

Ces trois éléments de réponse et de réflexion sont primordiaux pour éviter une explosion de l’Enseignement supérieur. Il est question d’éviter que de nombreux établissements ne puissent plus suivre le rythme et que chaque étudiant ait la capacité de prendre sa place dans la société en suivant des études adaptées et accessibles.

 

 

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Commentaires (3)

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  2. François Brunet

    « Il n’y a plus de voies royales et uniques. Il est important que les mentalités changent dans ce domaine. » Est-ce un constat, un voeu, une préconisation? On ne peut pas dire que le récent débat législatif ait beaucoup fait avancer le changement, en France, à cet égard.

  3. Jean-François Fiorina (Auteur de l'article)

    Bonjour, les 3 à la fois !
    Cordialement.

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