Le blog de Jean-François Fiorina

Rencontre avec Charlotte Espitaillé, Présidente du bureau des élèves (BDE) à l’ESC Grenoble

" Le WEI, cette année,c'est 940 participants ". Charlotte Espitaillé

 » Le WEI, cette année, c’est 940 participants « , Charlotte Espitaillé.

A la veille du traditionnel et très attendu Week-End d’intégration (WEI), j’ai souhaité rencontrer un acteur clé de cet événement de la rentrée, Charlotte, la présidente du BDE. Où l’on découvre que BDE rime autant avec « fête » qu’avec « responsabilité » et « gestion d’équipes » !

 

 

Jean-François Fiorina : Président de BDE, c’est une vocation ou ça arrive par accident ?

Charlotte Espitaillé : Plutôt par accident car je souhaitais partir faire des études à l’étranger. Mais compte tenu de mon investissement pendant cinq mois lors de cette longue campagne, j’ai décidé de continuer l’aventure. Et puis je ne voulais pas laisser tomber mon équipe !

 Quelle image aviez-vous d’un BDE avant d’arriver à l’école ?

Je viens de classe prépa au lycée du Parc à Lyon où je faisais déjà partie d’un genre de BDE destiné à mieux se connaître. Les élèves de première année à l’ESC n’imaginent que le côté festif d’un BDE, pas la notion de porte parole des étudiants, de lien avec la direction, de cadrage des associations…

J’ai découvert la richesse de cette dimension en animant le couloir associatif ou grâce à notre rôle de médiateur entre les associations. Nous avons pour ambition de les fédérer, de trouver les moyens de développer le couloir en lui-même et non chacune des associations individuellement. Il y a un important travail de communication à effectuer.

Comment s’est déroulée cette longue campagne ?

Intensément ! Il y a huit listes qui représentent, en volume, plus de la moitié des effectifs de la première année. Ne pas y participer, c’est se priver d’un moment important pour s’intégrer après les recrutements associatifs.

Les listes se constituent par affinité chez les premières années, au cours du WEI par exemple. Tandis que pour les associations, les membres passent une sélection comme un recrutement classique. Pour les listes, le mouvement se fait naturellement, il n’y a pas de sélection particulière.

Pourquoi votre liste s’appelle-t-elle « Chopka » ?

On voulait un nom qui représente un univers, au départ le mot « Chapka » a été lancé puis, il est devenu Chopka… rappelant la Russie et le communisme. Notre mascotte est un ours qui a été très bien accueillie. 

Communisme et ESC, un mélange surprenant, non ?

Oui !

Après notre élection nous avons laissé tomber le communisme, le marteau et la faucille du logo !

Les postes sur la liste sont-ils prédéfinis avant l’élection ?

Le problème c’est que certains sont candidats pour s’amuser. Leur véritable objectif est est de rejoindre d’autres associations. Ils ne veulent pas prendre de responsabilités électorales. De mon coté, j’étais disponible pour m’engager car je visais un poste à responsabilité dans une association que je n’ai pas décroché.

Comment assure-t-on son leadership ?

Au départ, on s’amusait, sans contraintes, en organisant des rallyes pour nous faire connaître, en rendant des services aux étudiants, nos futurs électeurs ! Et surtout à partir du mois de janvier quand on senti qu’on pouvait gagner, tout le monde était mobilisé. Il n’y avait pas de pouvoir coercitif. Les gens prenaient des initiatives.

Aujourd’hui, après la victoire, c’est difficile d’imposer une hiérarchie, de passer à un mode d’organisation beaucoup plus cadré. 

Le financement de la campagne ?

On a commencé en sollicitant les petits commerçants de Grenoble mais rapidement les banques nous ont contactés. Il suffit de faire un dossier de candidature. Notre liste a récupéré 1800 € tandis que les deux autres concurrents ont eu un peu plus d’argent. Nous sommes partis avec un petit handicap. Nous devions donc être plus créatifs et originaux. Nous avons, par exemple, conçu des rallyes – c’est-à-dire de services aux deuxièmes années – qui ne coûtaient rien.

Rallye ?

Ce sont des services aux deuxièmes années qui sont très variés, par exemple faire le ménage dans leurs appartements, leur livrer des repas…

Et ça marche ?

Oui ! Certains se battent pour aller faire le ménage chez eux ! (rires), faire la cuisine, des livraisons, leur chercher des paquets de cigarettes…

Nous n’avons pas du tout choisi ce type de services. Comme il y avait beaucoup d’étudiants de l’association musicale Nymphonie inscrits sur notre liste, certains sont aller mixer dans les soirées des 2A.

Nous avons également beaucoup utilisé notre ours mascotte qui se promenait de soirées en anniversaires pour être pris en photo. Les étudiants étaient fans. Cette attention les a beaucoup plus marqués qu’un ménage chez eux !

N’est-ce pas une surenchère permanente ?

Oui, cette année il a eu beaucoup de concurrence entre listes. C’est parti du site admi GEM. Beaucoup d’initiatives ont fusé, chacun voulait se montrer avec photos à l’apppui pour attirer du monde.

Comment on arrive à gérer sa vie scolaire en parallèle ?

C’est pas mal de sacrifices surtout pour ceux qui s’engagent, comme moi, dans la durée. Je suis inscrite au sport et je n’ai malheureusement pas pu participer à une seule séance. J’avais acheté un four pour faire des gâteaux parce que je suis fan de cuisine et de cupcakes mais, là aussi, je n’ai pas eu le temps ! Tout ce qui reste de temps disponible est consacré au travail et aux cours.

Dans l’imagerie étudiante, le président de BDE, n’est pas forcément le plus assidu…

Après deux ans de prépa, je n’ai pas pris l’habitude de ne rien faire… Par respect de mes parents qui financent mes études, et parce que les cours m’intéressent, je ne néglige pas l’aspect scolaire. Si je suis là, ce n’est pas pour faire une campagne mais pour assumer mes responsabilités.

 Comment votre liste a-t-elle été perçue par les autres étudiants ?

Plutôt bien. On a vraiment été disponibles pour tous qu’ils s’intéressent aux associations ou non. Beaucoup de listes étaient critiques les unes par rapport aux autres. Nous n’avons pas choisi cet angle. Je crois que ça a plus à beaucoup de monde : se mettre à la portée de tous, sans jugement de valeur, organiser des événements de qualité, ne pas faire que dans l’amusement.

Quels sont les « facteurs clé de succès » d’une l’élection au BDE : pas de surenchère financière, originalité ?

Oui. L’originalité, le « fait main » sont plus garants de succès que la surenchère financière.

Est-ce important que le président soit élu ?

Oui pour être légitime vis-à-vis des deuxièmes années en association, il faut être élu. J’ai  recueilli 53% des voix avec 3 listes en lice. C’est un bon score pour être représentatif sinon c’est difficile de tenir sa place.

Etre élue, quelles émotions ?

Euphorie ! Puis rapidement speed. La campagne se termine fin avril. Il faut enchaîner avec les passassions en mai en pleine période de césure ou d’exams… Prendre le maximum d’infos auprès de gens peu disponibles déjà sur une autre dynamique.

Vous vous présentez d’abord comme présidente du BDE ou étudiante à GEM ?

D’abord comme étudiante. Je me suis rendue compte que beaucoup de gens venaient vers moi sans me connaître avec peut-être un intérêt puisque le BDE gère pas mal de choses dans le couloir associatif… Donc je me présente comme Charlotte et non comme présidente du BDE. Je veux qu’on me connaisse pour ce que je suis et non pour le titre que je porte. C’est très important pour moi.

Quels apports selon vous par rapport aux stages, aux cours ?

Du concret, en première année, il y a beaucoup de théorie, en prépa aussi. On apprend ce métier de président sur le tas. On est jeté dans la fosse aux lions. Je suis maintenant plus à l’aise quand il s’agit de prendre la parole en public ou d’argumenter sur un projet qui me tient à cœur, de discuter auprès des banques. Mais c’est surtout en matière de management d’équipes que j’ai appris.

D’autant plus quand on gère ses copains !

Trois personnes étaient en stage associatif au sein du BDE. Il a fallu rappeler le respect des horaires, par exemple. Certains m’en tiennent rigueur personnellement alors que nous sommes payés pour ce stage. Les étudiants ont du mal à saisir cette nécessité de cadrer les choses.

Pour le directeur d’école, c’est pareil !

Au sein du BDE, nous sommes à la base des amis, mais il faut faire attention aux egos et aux personnalités, on y arrive pas toujours bien. J’avais une manière de diriger qui ne convenait pas à tous. J’ai eu une période de doute et d’inquiétude.

Est-ce bien ma place ?

Et maintenant ?

Tout est rentré dans l’ordre mais c’est beaucoup de travail. J’y passe toute ma semaine de 8h à 20h ! Cette semaine, j’ai décidé de ne pas relever mes mails le soir.

Dès qu’il y a un problème, une question sans réponse, on m’appelle ! (J-F FiorinaPareil !). Tout le monde s’est procuré mon numéro de téléphone. C’est compliqué de mettre des barrières. Dimanche dernier, j’ai déconnecté, je n’ai pas répondu aux sollicitations. J’ai eu un lundi matin chargé…

Si c’était à refaire ?

Je recommencerai. J’ai pris conscience de beaucoup de choses, des contraintes du monde du travail, de la gestion d’une équipe.

Et votre en entourage familial ?

Au départ, ils étaient plutôt réticents parce que le BDE est seulement perçu dans sa dimension festive alors que la réalité est toute autre. Ils avaient peur que le scolaire passe au second rang. Mais, je leur ai expliqué mes fonctions. Ils sont rassurés.

Le président du BDE se fait régulièrement enguirlander par tout le monde, étudiants, administration… Comment prenez vous ça ?

C’est une réalité. Hier, nous avions une réunion inter-associations et j’ai du régler un problème d’absence d’étudiants stagiaires à une formation secourisme financée par l’école. Le professeur responsable m’a demandé des explications…

Je ne savais pas trop quoi faire puisque ces étudiants ne m’ont pas prévenus de leur absence. Je suis quelqu’un qui respecte les autres mais j’aime aussi qu’on me respecte ! J’ai envoyé un mail aux intéressés, copie à la direction de l’école. Les étudiants m’ont reproché ce mail de mise au motif que je devais d’abord défendre les étudiants et ne pas aller dans le sens de la direction.

Du coup, il a fallu expliquer ma position pendant 20 minutes. Ce n’est pas évident de trouver un positionnement équilibré et bien compris entre direction et associations. En tout cas, j’ai du travail dans ce domaine !

Quelle est pour vous la signification du WEI comme présidente de BDE et ex-première année ? 

Cela représente pas mal d’inquiétudes…

Pareil !

Nous sommes accompagnés pour gérer les problèmes de sécurité et ça c’est une très bonne chose. Toutes nos soirées seront surveillées. J’ai pu également lire les comptes rendus des années précédentes, ce qui nous prépare bien pour faire face aux problèmes.

Il s’agit quand même de 940 participants et je n’ai que 20 ans ! Donc des inquiétudes. Mais je suis très organisée, très carrée. L’agence de voyages était d’ailleurs très surprise par nos relances fréquentes pour savoir exactement où nous en étions pour les bus, les bungalows… Mais il y a toujours le facteur « X » puisque c’est une promotion de première année que l’on ne connaît pas.

En tant que première année, le week-end intégration est très important, pour le recrutement en association aussi. J’y ai fait de très nombreuses rencontres et tissé des liens d’amitié pour l’année. Comme le WEI arrive tardivement, on a pu créer des groupes intéressants. Cette année, nous avons beaucoup misé sur les tournois de sports collectifs avec de nombreux lots à gagner pour mobiliser les participants.

Et l’alcool ?

C’est un souci constant. C’est à la fois un élément de la fête et une grande responsabilité pour moi que de gérer ce paramètre. Je suis en première ligne. Les étudiants pour qui nous organisons les soirées ne tiennent pas compte de tous les dangers, moi si.

Un slogan pour le futur président(e) du BDE ?

Engagez-vous ! N’ayez pas peur !

Excusez-moi encore pour le retard, j’étais en train de terminer mes remises de chèques…

 

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Commentaire (1)

  1. Hacquard

    Salut, Je fait partie du BDE de mon école de commerce cette année (à l’INSEEC Paris). C’est un réel investissement comme le dit Charlotte mais c’est une superbe experience qui peut servir par la suite ! En tout cas, n’hésitez pas pour tout ceux qui hésitent encore.
    Mon année au sein du BDE se terminant, j’ai constaté que l’organisation des évènements annuels aurait pu être bien plus efficace. J’ai d’ailleurs trouvé une solution grace à mon entreprise où j’effectue en ce moment mon apprentissage. C’est un outil qui nous aurait fait gagner énormément de temps (en tant qu’étudiant, je pense que vous savez autant que moi à quel point il est précieux…). Je vous partage mon expérience car c’est dommage de garder cette astuce pour soi et c’est gratuit donc autant en profiter 😉
    https://www.rowshare.com/blog/fr/2016/04/06/Comment-gerer-et-organiser-les-evenements-d-un-BDE

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