Le blog de Jean-François Fiorina

Qu’est-ce qu’une grande école de commerce ? #1

Alors que nous sommes en pleine saison des classements et que notre école était au cœur d’un Envoyé Spécial  consacré aux grandes écoles de commerce, je vous propose de définir, en deux temps, ce qu’est justement une grande école. Premier temps, cette semaine : une perspective historique et les éléments de reconnaissance. Deuxième temps : celui des enjeux et des défis, jeudi prochain.

Les plus anciennes business schools existent depuis près de deux siècles. Elles ont pris leur essor avec la révolution industrielle en Europe puis aux Etats-Unis. Les Etats ayant rapidement pris conscience de la nécessité de former des cadres compétents pour développer les entreprises et les marchés. La première école de commerce française (et mondiale) est née en 1819 (ESCP). Tandis qu’aux Etats-Unis, la prestigieuse Wharton Business School  ouvrait ses portes en 1881 et le MBA d’Harvard en 1910. Ce sont déjà de vieilles dames !

Les éléments de reconnaissances officielles.

Ils sont de trois ordres :

  • Les visas et grades d’Etat.

Reconnues par l’Etat français dès 1890, les écoles de commerce bénéficient d’un véritable cadre institutionnel* commun grâce au décret du 3 décembre 1947 qui s’applique à toutes les écoles supérieures de commerce reconnues (ESC). Mais en 1991, un nouveau texte leur permet de délivrer leur propre diplôme et d’édicter leur règlement scolaire. C’est la fin du statut unique des ESC.

On compte, aujourd’hui, 56 programmes visés par l’Etat sur les 220 écoles de commerce présentes en France pour 40 000 étudiants et plus de 600 millions d’euros de budget.

La CEFDG (Commission d’Evaluation des Formations et Diplômes de Gestion) attribue et renouvelle le visa et le grade de master aux écoles de commerce. Cette reconnaissance de l’Etat n’est pas attribuée à vie. Les écoles reconnues sont régulièrement auditées. C’est un gage de qualité. La commission est composée de fonctionnaires de deux ministères (Enseignement supérieur et Economie), de représentants des mondes professionnel et académique.

  • La Conférence des Grandes Ecoles (CGE).

Là encore, rien d’automatique. L’école candidate. Il s’en suit un audit avec acceptation ou non de la candidature. Les écoles de management intégrées rejoignent le Chapitre des écoles de management, le top des business schools. Et participent ensuite aux activités de la Conférence.

  • Les accréditations. Elles ouvrent à l’international et fonctionnent comme une convention de présentation des ressources humaines et des activités académiques.

Elles constituent un puissant outil de progrès pour les institutions et une assurance qualité reconnue par tous ses publics (étudiants, professeurs, tutelles…). C’est également un outil de visibilité. J’ai piloté avec le Chapitre des grandes écoles de management un Livre blanc « mode d’emploi » à ce propos qui explique le fonctionnement, les enjeux et l’intérêt d’entrer dans un processus d’accréditation pour une business school (AACSB, Equis et AMBA).

Les écoles de management françaises se positionnent, d’ailleurs, de manière remarquable puisqu’elles occupent la 3ème marche du podium mondial en nombre d’écoles disposant de la triple accréditation.

J’ajouterais aux outils de reconnaissance des ESC, le RNCP (Registre National des Certifications Professionnelles) qui valide les diplômes à vocation professionnelle selon leur spécialité.

Les classements.

Nous entrons dans la saison de la publication des classements, temps fort pour les ESC. Certains portent sur les institutions globales, d’autres sur des programmes. Ce sont principalement des médias d’envergure nationale ou internationale qui se sont lancés dans la collecte et l’analyse de données quantitatives et qualitatives sur les business schools en vue de leur classement (L’Etudiant, Le Figaro, Challenges, The Financial Times…). Il existe 50 classements dans le monde !

Les méthodologies varient selon les médias et les instituts. Le journal L’Etudiant, cette année, a modifié ses critères en renforçant l’analyse du corps professoral (nombre de titulaires, publications scientifiques…). Les classements sont généralement basés sur des enquêtes de trois types :

  • déclaratives avec vérification des chiffres et données énoncés,
  • auprès des diplômés et des entreprises partenaires,
  • mixtes.

Cela demande un important travail de collecte et de préparation au sein des écoles afin que toute l’info demandée soit rendue disponible : des CV des professeurs, en passant par les copies des conventions de double diplôme, de partenariat, ou les statistiques exhaustive et actualisée de l’établissement…

On peut se demander pourquoi une telle sollicitude portée à nos établissements ! Parce que notre terrain de jeu est devenu mondial et que les écoles se livrent une concurrence féroce. Tapez donc sur Google « MBA », vous verrez apparaître un milliard de résultats ! Il existe des besoins importants de formation globale et nous avons donc l’obligation d’attirer des talents du monde entier. Dernier point, comme je l’ai expliqué dans le reportage d’Envoyé Spécial, nous ne recevons aucune subvention d’Etat. Nous créons nos propres ressources, être créatifs et innovants fait donc partie de notre ADN.

Autres types de reconnaissance (certifications de compétences, certifications professionnelles).

Elles visent des compétences métier comme, par exemple, le CFA (Chartered Financial Analyst) reconnu mondialement pour la compétence finance. Bien d’autres certifications métier se développent et complètent, comme je l’ai souvent dit, le diplôme, qui valide un niveau. D’autres écoles sont certifiés ISO 9001 du fait d’un positionnement très marqué « formation continue » ou dans une perspective de réponse aux appels d’offres.

Réseaux et partenariats. La qualité et l’influence d’une grande école sont également mesurées à l’aune de l’importance et de la notoriété des réseaux auxquels elle appartient. Qu’ils soient locaux ou internationaux, professionnels ou académiques. Les alliances dans les mêmes registres démontrent la capacité d’une école à ouvrir le champ des possibles et à étoffer son offre de formations.

L’ensemble de ces éléments de reconnaissance sont autant d’outils de motivation interne et d’assurance qualité pour nos publics. Nous sommes évalués en permanence, c’est un fait. Mais les écoles de management n’en seraient pas arrivées à ce niveau d’excellence internationalement reconnu sans ces aiguillons permanents. Ce sont des éléments de visibilité, d’analyse de la performance et, je le répète, une réelle assurance qualité. Ces résultats ne sont pas le fruit du hasard…

* « Les écoles supérieures de commerces reconnues par l’Etat sont des établissements d’enseignement technique supérieurs qui ont pour but de former les chefs des diverses entreprises commerciales ou financières et les cadres supérieurs de ces entreprises ou des services administratifs et commerciaux d’entreprises industrielles ».

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Commentaires (2)

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