Le blog de Jean-François Fiorina

Trop de classements tue les classements

podiumSi les business schools ont été parmi les premières écoles à être classées, paramétrées, observées sous toutes les coutures – et si elles ont su en tirer parti comme facteur d’amélioration de leur performance -, je me pose, aujourd’hui, la question suivante : ne sommes-nous pas en train d’asphyxier les « classés » sous une montagne d’évaluations toujours plus nombreuses ?

Oui, le classement reste un élément d’appréciation de la qualité d’un établissement à un moment donné, la mesure de la performance d’une année.

Le premier réflexe d’un bon étudiant français ou étranger en quête d’une business school est de consulter en priorité, les. C’est la porte d’entrée prépondérante.

Qu’observeront-t-ils ? 

  • Une approche de plus en plus segmentée des classements qui permet à chaque profil étudiant de mieux choisir son école. Cela participe d’une meilleure orientation. Le groupe L’Étudiant  a milité en ce sens. Je considère qu’il s’agit d’une évolution positive. Chaque école peut s’y retrouver en valorisant une spécificité même si la 1ère division se distinguera toujours par la maîtrise du plus haut niveau de reconnaissance : diplôme visé par l’Education nationale + accréditations internationales + affiliation à la Conférence des Grandes Écoles. La 40ème école ne passera jamais en pôle position d’un coup de « classement magique ».
  • De nouveaux classements apparaissent. Ils accompagnent, par exemple, la demande croissante sur certains cursus comme les bachelors
  • Un intéressant classement des classements, établi à l’initiative d’Olivier Rollot. 
  • Le Top 100 de Netexplo.com  : palmarès mondial des innovations numériques au service de la société (santé, médias, management et technologie, éducation…).  

Ils ne trouveront pas ou peu…

  • de classements concernant les filières universitaires. Ce n’est pas leur culture. Seules 3 à 5% des établissements universitaires sont représentés dans les classements traditionnels selon le CHE (Centre for Higher Education) . À l’inverse, les business schools n’étant pas financées par  l’État et s’exprimant dans un environnement hyper concurrentiel (national et international), elles ont créé leurs propres indicateurs de performance. Poussées par l’obtention des accréditations, elles ont également développées une culture de la statistique, des chiffres, de l’évaluation et de la transparence. Ce qui me donne l’occasion d’annoncer le sujet de mon prochain post sur le « BIG DATA dans l’Enseignement supérieur ». 
  •  de classement « made in Europe » du supérieur. On nous promettait monts et merveilles depuis des années et toujours rien de probant (U-multirank). On s’oriente vers un classement piloté par la Commission européenne sans premier ni dernier. Cette création, selon nos critères de sélection européens, permettrait de nous libérer du tempo des seules évaluations chinoises (Université de Shanghai ) et anglo-saxonnes (celui du prestigieux quotidien économique Financial Times  fait référence. Les écoles de commerce françaises y sont régulièrement très bien cotées). C’est un enjeu géopolitique d’importance quand on observe les investissements des géants mondiaux de la finance et de l’Internet sur le marché de la connaissance et de la formation. Nous avons besoin d’un classement européen, à la fois repère et outil de mesure de notre influence et de notre visibilité sur l’échiquier mondial

Non, la multiplication à l’infini des classements n’apportera pas plus de valeur ajoutée à l’écosystème éducatif. Au contraire, cela n’aidera pas forcément l’étudiant à mieux choisir.

  • Attention à ne pas entrer dans la surenchère permanente. On classe maintenant par la qualité de la nourriture proposée dans les écoles… Si les classements ont donné une vraie visibilité/lisibilité à nos établissements, ils peuvent aussi devenir des facteurs de confusion et complexification si leur nombre augmente trop.
  • En augmentant le nombre de classements et de critères, on galvaude leur qualité. Sans parler des bancs d’essais, des baromètres, des suppléments spéciaux… Nos établissements ne sont pas des produits de supermarchés ! Que reste-t-il au final dans l’esprit du lecteur ? Comme le sel de la compétition du Tour de France a failli mourir de la multiplication des maillots de champions : de la montagne, du sprint, du fair play, du meilleur jeune, du meilleur vieux  ;=) on se prend à espérer une simplification et un recentrage sur l’essentiel pour plus d’efficacité. 
  • Autre conséquence importante : l’administration et la mise à jour de toutes les bases de données nécessaires à la réalisation des classements. Elles nous sont demandées par les éditeurs/classeurs. Ce sont des équipes à mobiliser, beaucoup de temps à consacrer à ce travail.  Point trop n’en faut !  Il n’existe qu’un classement de Shanghai… et quelle influence !
  • D’accord pour des classements établis sur des critères ciblés et partagés. D’accord pour des classements dont la teneur n’évolue pas en permanence. Nos établissements bien que souples et réactifs sont fondés sur des cycles de vie de 2-3 ans au minimum. Et nos stratégies ne sont pas bâties sur le tempo des classements. Il est donc important que classeurs et classés s’entendent sur l’ordonnancement des classements et leur évolution dans le temps pour servir au mieux leur cible commune : les étudiants. 

 

!!!!! ACTUS ÉCOLE DU FUTUR !!!!

Décidément actualité très riche dans l’optique de l’école du futur ! C’est d’abord deux articles des Echos :

  • à propos des innovations de Facebook sur la réalité augmentée
  • et de la stratégie Education de Bertelsmann.

Et Le Monde du 27 mars :   Dossier « génération mobilité » qui montre bien que l’étudiant souhaite aller vers d’autres pratiques.   Le dossier également des serious games (domaine dans lequel GEM investit beaucoup).   L’interview d’Emmanuel Davidenkoff.

Oui, tout est  en train de changer. Les évolutions ne sont pas uniquement pédagogiques (avec cependant un centrage sur la convergences numériques) mais également stratégiques. Oui le low-cost va faire son apparition sans compter l’arrivée de nouveaux acteurs.   Passionnant, fascinant mais il faut se mettre en ordre de marche pour ne pas se laisser distancer !

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Commentaires (2)

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