Le blog de Jean-François Fiorina

Grenoble décrypte l’échiquier mondial

Quand la géopolitique devient une compétence obligatoire pour le futur manager

Pour son 6ème Festival de géopolitique, Grenoble École de Management (GEM)  a réussi son pari  en réunissant plus de 10 000 participants, physiques et connectés, du 3 au 6 avril 2014 ! Pour une fois, je fais un peu de publicité pour mon école ! GEM est devenue, en quelques années, un pôle de réflexion et de prospective géopolitique « opérationnelle » reconnu au plan national. C’est également l’occasion de voir dans cette discipline un champ d’application pertinent de l’école du futur.

Connexions festival Grenoble geopolitique

Points de connexion de suivi à distance du Festival de Géopolitique.

  • Une très belle réussite servie par un thème au cœur de l’actualité, l’Eurasie.

Les organisateurs  du Festival ont eu du flair en choisissant ce thème il y a un an ! Qui aurait parié sur le rattachement « express » de la Crimée à la Russie dans les conditions que nous avons vécues ces derniers mois ? Des mots comme Guerre froide ou crise énergétique majeure sont revenus sur le devant de la scène.

Le Festival de géopolitique a acquis ses lettres de noblesse, et de prestigieux invités tels que  Yves Lacoste,   l’un des plus éminents experts français en la matière, viennent s’adresser un public nombreux et passionné.

L’analyse des chiffres de l’audience internet trouve, ici, l’illustration saisissante de l’école du futur. Si 2500 personnes se sont présentées à l’école au cours de ces 3 journées, plus de 6500 ont suivi les débats à distance (en synchrone ou asynchrone) ! Cf carte électronique. Rien ne remplacera l’intérêt de contacts réels, de discussions ou le ressenti d’une ambiance mais nous sommes maintenant conscients que la grande majorité de nos congressistes ne sont pas dans l’amphi mais derrière leur ordinateur ou tablette et smartphone en main !

C’est également l’association étudiante de GEM – Planètes – qui s’est chargée de la diffusion de ces informations urbi et orbi. Un travail qui constitue, là encore, une belle illustration de cette pédagogie de demain basée sur la gestion de projets et l’expérimentation « à balles réelles » comme j’aime le dire !

  • Des vraies attentes pour mieux comprendre le monde et agir

Les questions que soulève l’instabilité du monde renforcent ma conviction que le Festival répond à des vraies attentes. Les managers de demain ont besoin d’acquérir de nouvelles compétences géopolitiques. Elles sont devenues obligatoires. Nous sommes, par exemple, sollicités par des entreprises dont les filiales à travers le monde nous interrogent sur le fait religieux. Plus généralement, la demande des entreprises en matière de conseil géopolitique/géostratégique se développe pour :

  • Acquérir les méthodes de collecte des bonnes informations, comprendre les situations, les décrypter,
  • Parfaire sa vision stratégique pour agir,
  • Gérer les risques qui sont divers et complexes pour anticiper.

Cette nécessité ne concerne pas seulement les grandes entreprises internationales :

  • Le « terrain de jeu » est devenu mondial. Au-delà d’une « simple » implantation à  l’étranger, il est maintenant devenu naturel de travailler – quelle que soit sa taille –  avec des clients ou des fournisseurs au-delà des frontières hexagonales.
  • Les étudiants sont également amenés à travailler avec des entreprises étrangères ou à l’étranger ; pour des entreprises étrangères en France ou avec des étrangers. En tout cas, une partie de leur carrière se déroulera à l’extérieur.
  • Comment enseigner à la géopolitique ?

Le cours classique tout comme les cartes d’antan ne sont plus la panacée. Ils doivent s’adapter à une géopolitique en perpétuel mouvement. L’exemple des frontières qui se remettent à bouger est frappant : la Crimée fait maintenant corps avec la Russie ; il y a quelques années, le Soudan ne faisait qu’un…

Pour les étudiants, les nécessités sont les suivantes :

  • Acquérir de solides connaissances,
  • Apprendre à analyser les situations pour agir,
  • Cultiver l’esprit critique et la prise de distance.

Les méthodes pédagogiques les plus adéquates recoupent celles de l’école du futur que j’ai énoncées dans mes précédents posts : la mise en situation, la scénarisation, l’expérimentation, l’alternance de travaux individuels et collectifs, des témoignages d’experts et le prof en chef d’orchestre du dispositif.

Les simulations de négociations à l’ONU sont d’excellentes mises en situation où la dimension humaine et émotionnelle croise l’analyse et la prise de décision. Dans le cadre du Festival de géopolitique de Grenoble, des Classes Préparatoires aux Grandes Écoles se sont prêtées à l’exercice dans le cadre d’un scénario d’escalade militaire en Ukraine avec intervention russe.

D’autres pratiques plus ludiques servent efficacement la pédagogie géopolitique comme le jeu de stratégie RISK.

Certains professeurs excellent à transformer cette matière en jeu d’équipes, dès le lycée, comme pour ces jeunes Américains peu connus pour leur appétence géopolitique…

Les séries télés ou la lecture de BD (XIII, IRS, Largo Winch, Dantès ….) offrent des scénarii complets de mise en situation ; même s’il s’agit de fictions, elles permettent de se plonger au cœur d’ histoires complètes.

Le stages et les expériences sur le terrain restent également d’excellents moyens de construire sa propre culture géopolitique pour « penser global ».

 

Rendez-vous l’année prochaine, le Festival se tiendra du 12 au 15 mars 2015.

Au programme : « Les frontières et leur utilité ».

 

 

 

 

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