Le blog de Jean-François Fiorina

Mondialisation de l’Enseignement supérieur

le modèle éducatif suisse

Pourquoi le modèle éducatif suisse est-il aussi performant ?

Toujours très bien placés dans les classements internationaux (Shanghai, Times Higher Education, Financial Times…), les établissements de l’Enseignement supérieur suisse font figures de paradis académiques. Qu’est-ce qui fait le succès de ce « petit » pays dont la structure tant politique (cantonale) que linguistique (4 langues officielles) ne constitue pas, a priori, un atout ?

Des marques d’excellence très diversifiées

Sur les radars de l’Enseignement supérieur, clignotent régulièrement les « pépites » de la Confédération helvétique : IMD (International Institute for Management), Université de Saint-Gaal,  Ecoles Polytechnique fédérale de Lausanne (avec son Rolex Center) et de Zürich (ses 21 Prix Nobel !), École hôtelière de Lausanne, Institut des Hautes Études Internationales de Genève … La liste est longue. Elle révèle l’excellence de ces établissements et leur très grande diversité sans compter les collèges et lycées où se forme la progéniture de la Nomenklatura internationale. Je le remarque également lors des visites de salons que j’effectue en tant que directeur d’école. Car c’est aussi mon rôle de réaliser benchmarks et veilles, les plus pertinents possibles ! Les Suisses sont très présents dans le concert international. La proportion d’étudiants et de professeurs étrangers dans le supérieur est l’une des plus élevée au monde.

La recette du succès suisse

Système éducatif suisse

Source : Secrétariat d’État à la formation (Confédération helvétique).

1.    Une offre de formation cohérente, segmentée et complémentaire.

L’Enseignement supérieur suisse se répartit en quatre pôles complémentaires (voir schéma) :

  • les Universités et EPF (Établissements Polytechniques Fédéraux),
  • les Hautes Études Spécialisées (HES),
  • les Écoles supérieures,
  • et les autres écoles pédagogiques.

Chaque école, dans cet environnement, se positionne clairement sur un segment pour remplir sa mission. L’offre est ainsi complémentaire en ciblant des publics particuliers.

En matière de recherche, la segmentation s’avère également. Les Universités se concentrent sur la recherche fondamentale tandis que les HES traitent de la recherche appliquée et de son développement économique. L’impact de sa production scientifique au plan international démontre son efficacité. Ses publications sont les deuxièmes plus souvent citées dans le monde juste après celles des Etats-Unis selon le Secrétariat d’État à l’Éducation et à la Recherche suisse (2012).

C’est pour moi la stratégie gagnante qui devrait s’appliquer à tous les établissements du supérieur : je le répète sans cesse, le succès passe par la définition d’une mission précise et d’un vrai positionnement.

2.    Peu de bacheliers et des écoles professionnelles reconnues.

Comme l’explique très bien François Garçon dans son livre Enquête sur la formation des élites (Ed. Perrin. 2011), « En 2007, à peine 19,2% des résidents suisses âgés de dix-neuf ans, possédaient leur maturité gymnasiale, le baccalauréat local, à comparer aux 64% de jeunes Français fiers de leur baccalauréat toutes filières confondues. »

Cet élitisme a pour conséquence d’éviter l’engorgement de l’Enseignement supérieur. Il explique son libre accès et la quasi gratuité de la scolarité, le Supérieur étant considéré par les Suisses comme un investissement d’avenir.

Parallèlement, la qualité des écoles professionnelles attire les jeunes dans les Hautes Écoles spécialisées ou pédagogiques qui servent un tissu économique de PME très dynamique offrant de nombreux emplois et de réelles perspectives d’évolution.

Au final, le système permet à chacun de trouver la formation qui lui convient, courte ou longue, universitaire ou professionnelle.

3.    Des établissements autonomes et concurrents.

L’autonomie laissée aux acteurs de l’Enseignement supérieur permet une réelle agilité. Les établissements affirment et défendent ainsi leur positionnement dans un environnement très compétitif. Il n’existe, d’ailleurs, pas de système national d’évaluation des personnels, les enseignants-chercheurs sont évalués par leur établissement de manière régulière (cf AEF, dépêche n°477131, 23/4/2014).

L’ensemble bénéficiant de l’image haut de gamme du pays en matière bancaire, financière, diplomatique (présence de nombreuses organisations inter-gouvernementales), industrielle et de recherche. Les enfants de l’élite internationale peuplant nombre de collèges et lycées de haut niveau forment ensuite les futurs étudiants du supérieur qui poursuivront leurs études sur le sol helvétique.

4.    L’importance du secteur privé dans l’éducation.

L’analyse des chiffres montre que les pouvoirs publics et les entreprises privées se répartissent l’effort d’investissement dans la formation. Si les dépenses de formation en pourcentage du PIB sont plutôt faibles dans la classement de l’OCDE (5,6% en 2013, 20ème rang sur 25), le montant  des dépenses de formation par étudiant/élève s’élève à 14 922 dollars US, plaçant la Suisse en 2ème position après les Etats-Unis. Le secteur privé fait clairement la différence en finançant le modèle.

Ces paramètres concourent à un positionnement haut de gamme que reflète une réflexion stratégique permanente. Sur l’école du futur et les MOOC, par exemple, l’EPFL dispose d’une expertise de pointe.

Les infrastructures, les services, la stabilité politique et la qualité de vie, participent au développement de cet écosystème éducatif. Les aéroports de Genève Cointrin et de Zürich avec leurs plateformes low cost rendent les déplacements des étudiants et des professeurs étrangers faciles et peu coûteux. C’est un élément d’attraction important.

La Suisse n’a pas appliqué de recettes miracles. Ce n’est que du bon sens. Et même si ses flux étudiants sont quantitativement beaucoup plus facilement gérables qu’en France, les décisions prises sont appliquées avec rigueur permettant à la fois plus de sélectivité et la coexistence d’une grande variété d’établissements. Une idée à reprendre peut-être en France.

Tout n’est pas idyllique. Ombre au tableau, la récente votation (9/2/2014) limitant l’accueil des étrangers sur son sol qui lui a valu son exclusion du programme européen ERASMUS. Mais est-ce vraiment gênant pour un modèle de développement assumé qui se base sur le recrutement qualitatif d’étudiants et de professeurs étrangers plutôt que sur des échanges ?

 

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Commentaires (4)

  1. Stéphane

    Papier très intéressant et réaliste. Je mettrais deux bémols :
    – Erasmus a été débloqué par l’UE suite à l’avancée sur le dossier croate
    – Un système performant, la voie de l’apprentissage est une grande réussite mais cependant restant mal exploitée. Le problème n’est pas dû à la formation mais à l’orientation. Il suffit de comparer le nombre de diplômés, du CFC à l’EPFL, pour voir une corrélation flagrante entre métiers ne proposant pas de débouchés et ceux qui sont en pénurie de main-d’oeuvre. On forme encore trop de personnes dans des domaines qui sont surchargés alors que d’autres sont en pénurie.

  2. françois garçon

    Papier très pertinent. Dommage que les médias français s’acharnent à couvrir quasi-exclusivement l’enseignement supérieur nord-américain qui est de très faible intérêt pour nous, dès l’instant où l’on recherche des modèles qui marchent et adaptables.
    @ Stéphane: considérant un taux de chômage des 15/24 ans de 3,6% (chiffres SECO, 4ème trimestre 2013), qui n’en déduirait que de l’apprentissage dual aux HEU en passant par les HES, tout fonctionne remarquablement bien en Suisse?

  3. jean

    Bonjour, le modele suisse repose sur l’acceptation par le peuple suisse que l’apprentissage offre des possibilites de developement comparables, voire des passerelles vers l enseignement superieur.

    l’apprentissage repose sur la densite d’entreprises pouvant offrir des postes d’apprentis.

    le modele econmique poursuivi par les elites decisionnaires et base sur la delocalisation industrielle pour augmenter les profits est en train de saper les fondations de cet equilibre.

    cela etant le positionnement relatif est en effet une excellente facon de definir les missions et surtout d’allouer les budgets en evitant le saupoudrage inefficace, inefficient et inutile en soi.

    good day.

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