Le blog de Jean-François Fiorina

Mondialisation de l’Enseignement supérieur

Stratégies internationales des business schools, écoles de commerce

Quatre points clé pour comprendre l’impact de l’Asie sur notre modèle

Si l’exemple suisse que j’ai analysé la semaine dernière constitue un beau modèle de réussite basé sur l’attractivité de son Enseignement supérieur, l’impact des mutations en cours sur le continent asiatique est tout autre. Nous assistons à un mouvement « tectonique » et géopolitique d’une ampleur incroyable alors que, chaque semaine, se crée une nouvelle université en Chine et que le classement de Shanghai a réussi à imposer son influence sur le monde. C’est un véritable basculement du marché de l’Enseignement supérieur comme l’expliquait Maryline Baumard dans les colonnes du Monde il y a peu. Quelles sont les conséquences de cette stratégie de conquête sur nos systèmes et comment s’y adapter ?

Ce mouvement de fond demande des réponses à plusieurs niveaux :

1.    Bien recruter des étudiants asiatiques.

Si la salle de classe « type » de l’Enseignement supérieur doit refléter la diversité sociale d’un pays, elle doit également tenir compte des mutations du paysage géopolitique mondial. Nous devons donc recruter les meilleurs étudiants asiatiques que ce soit dans nos écoles en Europe ou sur nos campus décentralisés.

Comme le montre, cette projection de la classe de demain, sa composition amorce une profonde mutation. Avec un risque, celui de voir nos équilibres fondamentaux remis en question. Le recrutement d’étudiants asiatiques doit être savamment dosé pour ne pas déstabiliser le fonctionnement  de nos établissements.

La salle de classe en 2020 :

29 Chinois /12 Indiens /11 Américains / 4 Japonais /2 Allemands / 2 Français.

Source : Le Monde du 13 mars 2014 / OCDE

2.    « Asiatiser » nos curriculums

Si la composition de la classe change, nos enseignements le doivent aussi. Le défi consiste à donner à nos étudiants les clés de compréhension du monde asiatique et de ses subtilités. Les études de cas sont là pour les y aider en insistant sur celles portées par les Chinois eux-mêmes sur des entreprises chinoises et non par de grandes firmes internationales non « autochtones ». Il y a un manque certain de ce type de documents mais la réussite de nos étudiants passe par cette imprégnation des problématiques asiatiques par des asiatiques.

3.    Adapter la pédagogie à l’interculturel

Étudier, vivre et travailler avec des Asiatiques en France ou en Asie s’apprend… Le rapport au professeur est radicalement différent. Il reste un « demi-Dieu », peu accessible et jamais remis en cause. Le travail de groupe, la participation et la prise de parole ne sont pas abordés de la même manière. Certains étudiants européens « disjonctent » par manque de repères ! La formation à l’interculturel revêt donc une grande importance. Laisser partir sans préparation des étudiants en Asie n’est pas (plus) envisageable, tout comme bien accueillir des Asiatiques ne s’improvise pas. Réussir la mixité internationale de la salle de classe concerne et engage toutes les parties prenantes (corps professoral, étudiants, personnels administratifs).

4.    Comprendre les stratégies de conquête

Les business schools ont bien intégré ce qui se joue avec les Chinois en matière d’Enseignement supérieur. Une stratégie de conquête en quatre phases dont ils sont coutumiers dans nombre d’autres secteurs tels que l’industrie :

–       Phase d’accueil sur leur territoire et d’ouverture en ciblant les meilleurs étudiants et écoles,

–       Phase de limitation progressive (barrières institutionnelles de tous types – réglementaires, fiscales). Le développement s’opère sous une contrainte de plus en plus « efficace » et étouffante,

–       Phase de blocage sauf si leurs besoins ne sont pas comblés par leurs propres acteurs nationaux,

–       Phase d’implantation à l’étranger. D’abord sans tenir compte de la qualité (arrivée en masse d’étudiants chinois) puis montée en gamme progressive pour récupérer les talents locaux (passage aux accréditations) et entrer en concurrence.

Que vais-je donc dire, demain, à ma fille de 10 ans ? Lui conseiller une business school chinoise à Paris ou une business school française partenaire d’une homologue chinoise ? Délicate question. Nos talents reviendront-ils d’Asie ? Les Etats-Unis font déjà face à une réelle fuite des cerveaux vers ce continent. Risquons-nous de devoir supporter les symptômes de « l’arroseur arrosé » ? Nous le verrons la semaine prochaine, en examinant, pour conclure cette série, la question de l’exil des étudiants français.

 

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