Le blog de Jean-François Fiorina

Mondialisation de l’Enseignement supérieur

mondialisation de l'enseignement supérieurExpatriation : et si le problème c’était la France ?

Nos jeunes diplômés s’expatrient, c’est un fait. Des médias comme Le Monde organisent leur salon de l’expatriation (ForumExpat), les collections thématiques « Travailler à l’étranger » fusent… Mais pousser des cris d’orfraie en annonçant une crise dramatique, la fuite des cerveaux me paraît bien surjoué. À mon sens, deux questions fondamentales se posent : notre vision n’était-elle pas troublée par l’analyse ambiguë que nous faisons de la mondialisation ? Et surtout, ces jeunes vont-ils revenir dans l’hexagone, à l’issue de leur séjour ou emploi à l’étranger ?

L’expatriation, volontaire ou forcée, ne date pas d’hier. Et si les chiffres montrent une relative croissance du nombre des départs, n’est-ce pas un phénomène naturel qu’une mondialisation bien comprise illustrerait ? La France, d’ailleurs, ne mesure que les entrées étudiantes sur son territoire, pas les sorties. Elles sont le fruit d’enquêtes et de sondages auprès des diplômés, des écoles et de diverses institutions. Je suis moi-même sollicité pour répondre à l’Enquête sur l’exil des forces de vives de France  lancée, en avril 2014, par l’Assemblée Nationale. Elle concerne l’expatriation des Français dans le monde, qu’il s’agisse des jeunes, des actifs ou des retraités.

Génération Mobilité

Imaginez-vous, un instant, dans la situation d’un étudiant qui a investi une partie de sa vie et beaucoup d’argent dans ses études. Ne saisiriez-vous pas une opportunité de job ou d’expérience à l’étranger ? Ne serait-ce qu’en terme de retour sur investissement ?

Comment reprocher à un jeune, en pleine mondialisation de la chasse aux talents, qu’il renforce sa crédibilité et son CV par un ou plusieurs séjours à l’étranger ? Les entreprises expatrient de moins en moins leurs cadres. Elles appliquent aussi cette logique et souhaitent travailler avec des locaux dans leurs filiales. D’autres installent carrément leur siège social à l’étranger. On peut même se poser la question de savoir si les entreprises françaises cherchent à recruter prioritairement des étudiants français ! Pour un directeur de grande école qui défend le développement international ces questions imposent une attitude ouverte, non dogmatique. Nous ne devons pas nous refermer et cultiver cette attitude franco-française ambiguë quant à la mondialisation. Qu’on arrête de blâmer les expatriés ! Ne vaut-il pas mieux qu’ils trouvent un emploi à l’étranger plutôt que de venir grossir les rangs des chômeurs ? Pour l’instant, leur grande majorité ne déclare pas vouloir rester définitivement hors de l’hexagone.

« L’Auberge espagnole » – le film culte de Cédric Klapisch  – a bien montré, dès les années 80, les bienfaits du brassage étudiant d’Erasmus. Pourquoi la multiplicité des expériences professionnelles étrangères n’apporterait-elle pas son lot de surprises et d’apports ?

Fuite des cerveaux ?

L’autre dimension, bien plus inquiétante, c’est la fuite de cerveaux. Elle soulève une question géopolitique : le déséquilibre gigantesque qu’elle génère en terme de qualification. Les plus formés nous quitteraient sans perspective de retour. C’est la vraie question qu’il faut se poser.

Sommes-nous les témoins d’une lame de fond ou d’un comportement générationnel qui a intégré dans ses « gènes » la mobilité dans toutes ses dimensions, ses usages ? Il y a 25 ans, le départ à l’étranger concernait le « baroudeur » qui ne revenait plus. Aujourd’hui, ce sont des logiques professionnelles, de carrière qui prédominent. La nature des flux a radicalement changé.

Si l’hypothèse de la lame de fond prévalait, nous serions, alors, dans une réelle difficulté. Celle de la fuite des cerveaux avec de graves déséquilibres peu aisés à compenser. Par contre, si ces échangent engendrent de nouvelles interactions, de nouvelles formes de valeur, le système fonctionnera sur de nouvelles bases. Et chacun y trouvera son compte.

D’ailleurs… Ne vaudrait-t-il pas mieux « perdre » un étudiant du supérieur qui n’a rien coûté à l’État – comme un ESC ;=) – qu’un étudiant issu de l’université et/ou d’une école d’ingénieur ? Belle perte financière pour le pays, belle opération pour nos concurrents !!

À méditer…

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