Le blog de Jean-François Fiorina

Financement de l’Enseignement supérieur

Crise du financement de l'enseignement supérieur

 

Alerte pour nos écoles : quelles réponses ?

D’un côté, de bonnes nouvelles avec de remarquables classements pour nos écoles de management dans le Financial Times ; de l’autre, tel un écho dissonant, le gouvernement confirme qu’il réforme le mode de collecte de la taxe d’apprentissage (moins 50 millions au global) – revenu significatif pour nos établissements -, et qu’il ponctionnera 500 millions dans la trésorerie des CCI, nos tutelles institutionnelles. Faut-il rappeler une fois de plus que l’enseignement a un coût ?

 

Pour assurer le développement de nos écoles, sans soutien des deniers publics, les grandes écoles de management ont basé leur modèle sur les ressources suivantes : les droits d’inscription des étudiants, la formation continue et la taxe d’apprentissage (plus autres les services que nous apportons aux entreprises). Aujourd’hui, la question est de savoir quelle stratégie adopter afin de poursuivre notre développement et maintenir l’excellence de nos cursus.

• Augmenter les droits d’inscription ?

Je l’ai dit à maintes reprises, nous sommes quasiment arrivés à un plafond. Notre responsabilité, au vu de la situation économique, ne nous permet pas de grandes marges de manœuvre. Je rappelle qu’aux Etats-Unis, le montant de la dette étudiante est tel qu’il constitue un véritable risque de bulle financière.

• Demander un financement direct des entreprises ?

Dons, parrainages, bourses, chaires… les modalités ne manquent pas mais elles ne sont pas (toutes) entrées dans nos pratiques culturelles. En tout cas, il faudra du temps, dégager des moyens pour les mettre en oeuvre. Pas de recette miracle, dans le domaine culturel, par exemple, le mécénat a baissé de plus de moitié en valeur ces dernières années. Les conséquences financières de la baisse de la taxe d’apprentissage qui lèse plus sensiblement les bac+3 à bac+5 ainsi que la réforme des CCI fragilisent nos écoles car nous ne disposons que de financements à court terme (qui vont baisser) et aucun sur le long terme. Double peine car sommes condamnés à une fuite en avant pour assurer notre avenir alors que nos établissements ont besoin d’investir dans la durée. Nous sommes des écoles ! Et nous avons déjà réalisé un travail d’optimisation budgétaire très important. Nous attaquons maintenant le cœur du fonctionnement des écoles. Nos concurrents – étrangers – ne sont pas des enfants de coeur. Ils n’auront aucun scrupule ni d’état d’âme à voir nombre d’écoles françaises reléguées en 2ème ou 3ème division… Bien au contraire ! Sans compter peut-être aussi l’arrivée de nouveaux concurrents avec des modèles « low-cost » . J’aurais l’occasion de revenir plus précisément sur cette stratégie et ces nouveaux acteurs.

Quelles réponses ? J’en vois trois :

1. Le chèque enseignement supérieur pour chaque famille.

Financé par l’État (dans la limite du budget actuel de l’Enseignement supérieur) il fonctionnerait comme droit de tirage sur les frais de scolarité. Le rapport Chartier, en 2008, proposait une solution de ce type pour l’Enseignement supérieur en France. Cette enveloppe ne serait utilisable que pour des écoles – publiques ou privées – labellisées par l’État, gage de qualité pour les étudiants et leurs familles. En retour, les écoles auraient ainsi la capacité de voir loin, de maintenir leur politique d’investissement (infrastructures, recrutement, accompagnement des étudiants), leur politique d’ouverture à l’international et à la diversité. Le financement actuel par l’État est réservé aux écoles publiques selon un modèle « indolore » puisque financé par l’impôt. Un étudiant à l’université coûte d’ailleurs aussi cher qu’un étudiant en grande école de management comme le confirme les chiffres de l’OCDE ou les études du cabinet KPMG. Il y a eu un rattrapage sensible ces dernières années au profit de l’université.

2. Le nouveau statut des établissements consulaires (École d’enseignement supérieur consulaire).

C’est une bonne chose. Ce gain d’autonomie devrait nous permettre d’avoir de plus larges marges de manœuvre pour des opérations de partenariat avec les entreprises. Il est en cours de finalisation

3. La mutualisation de nos ressources et de nos activités Sans toucher à la stratégie et au positionnement de chacune des écoles, nous pouvons aller beaucoup plus loin en mutualisant nos ressources en matière d’enseignement, de recherche, de locaux, d’informatique, de communication. L’exemple de Passerelle illustre bien cette démarche.

 

Ne pas prendre conscience des conséquences de ces coupes budgétaires serait très préjudiciable à l’ensemble du système de l’Enseignement supérieur. Nul n’est immortel. Des écoles peuvent disparaitre. La taxe d’apprentissage représente, en moyenne 5 à 10% du budget des grandes écoles de commerce. Et certaines dépendent majoritairement des subventions des Chambres de commerce en terme de budget. Plutôt que de devoir gérer un afflux supplémentaire d’étudiants dans des universités déjà saturées, pourquoi ne pas imaginer des solutions innovantes ? Nous pouvons, grâce à notre savoir faire, assurer des missions de service public comme l’aide à l’orientation, la mise en commun de moyens numériques pour la formation des professeurs, la prise en charge d’étudiants décrocheurs, le conseil pour se familiariser avec les réseaux professionnels ou l’international. Cela se ferait dans le cadre de cette labellisation État.

Autre impact, la vraisemblable fuite d’une partie de nos étudiants de talent à l’étranger. Là encore, nous ne vivons pas dans un monde de « bisounours ». Certains pays vont accueillir avec frénésie les cerveaux les plus talentueux que nous aurons formés sans que notre pays ne puisse percevoir un quelconque retour sur cet « investissement » immatériel hautement stratégique et coûteux !

J’alerte ! En tant que Directeur d’une école de commerce, je suis concerné au premier chef par ces mesures. Imaginons plutôt notre modèle d’Enseignement supérieur comme pièce maîtresse de la stratégie de réussite de notre pays dans la mondialisation. Les comptes d’apothicaire et les décisions à court-terme n’ont jamais aidé à relever les immenses défis auxquels nous devons faire face.

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