Le blog de Jean-François Fiorina

Le grand méchant loup a-t-il revêtu les habits du low cost ?

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École du futur

Deux récents articles, l’un d’Emmanuel Davidenkoff (Educpros) et l’autre de Philippe Silberzahn (contrepoints.org) abordent cette question pour l’Enseignement supérieur. Quelle part de fantasme dans un contexte médiatique chauffé à blanc par le conflit à Air France/Transavia ? Le low cost n’est pas, pour moi, synonyme de bas de gamme ! Mais de nouvelles stratégies pour offrir de nouveaux services ou toucher d’autres publics.

Repartons de la définition. Qu’est-ce que le low cost selon wikipedia ? Une manière de rendre un service simplifié, un mini-service, de manière automatisée. Pour l’Enseignement supérieur, sa traduction est tirée vers le bas. La notion serait alors synonyme de discount et de bas de gamme. Je ne partage pas cet avis.

Dans la chaîne de valeur éducative « traditionnelle », je crée mon savoir, je le rends accessible par une pédagogie appropriée, je le diffuse/valorise et, enfin, j’évalue l’apprenant par une diplôme (ou une certification). Pour moi, le cycle du low cost cible deux points clé : la diffusion de masse et la certification. Mais pas seulement. Il s’adresse à une cible précise, un nouveau public ou un public existant avec un nouveau service, un « plus »  que n’offre pas les méthodes traditionnelles. Le seul effet de levier digital – une diffusion exponentielle des savoirs – ne suffit pas à donner une définition exacte du low cost.

Il doit apporter cette valeur ajoutée dans la manière de rendre le service ou dans ses contenus. Il nécessite une innovation de rupture. À ce titre, c’est le fruit d’une vraie stratégie, pas une solution par défaut. Il ne doit pas être associé à une réduction de coût, dans ce cas, c’est du discount ou du bas de gamme.

Amazon n’est pas un simple site de commandes en ligne, c’est un bouquet de services de recherche/de comparaison/de partage d’avis/d’achat-livraison à la fois rapide, efficace et complet. À tel point que les modes de diffusion classiques de la culture perdent pied même si la nature du service rendu est difficilement comparable.

Dans le monde éducatif, on peut imaginer l’apport du low cost dans la facilitation des inscriptions, le paiement d’un service, dans l’accès au bouquet de modules – dans son ensemble ou de manière personnalisée -, dans le suivi. Cette nouvelle manière de donner accès au savoir constitue également une part importante du modèle économique. Elle nécessite de nouvelles organisations, de nouveaux types de management. Les institutions classiques qui souhaiteraient, d’ailleurs, se repositionner uniquement sur le low cost risquent l’échec.

Nouvelle approche, nouveaux acteurs, nouveaux publics

Faire du low cost ne s’improvise pas. Cette logique de fonctionnement est bien adaptée à la start-up. Et valoriser de manière différente les savoirs donne accès à de nouveaux marchés. Elle permet de toucher de nouvelles cibles que nous aurions du mal à atteindre ou des publics auxquels nous pourrions proposer une formation tout au long de la vie. Ces nouveaux acteurs spécialisés dans les process seront issus du monde de la start-up, de spins of de Google ou d’Amazon, ou d’éditeurs riches de contenus mais qui ne savent pas comment les valoriser efficacement.

Ne les regardons pas comme des concurrents avec les lunettes d’un autre siècle. L’exemple de l’aérien est limpide. Ne soyons pas les Air France de demain !

Nos établissements et ces nouveaux acteurs sont complémentaires. Les dénigrer, ce serait nier ces nouvelles demandes. Le tout est de ne pas se faire distancier. D’où l’importance de bien identifier ses missions, de construire sa stratégie et ses partenariats, de renforcer sans cesse l’impact de sa marque. Dans cette mutation, je crains que les écoles de taille moyenne, trop généralistes, ne perdent du terrain, « trop petites pour être des grandes, trop grandes pour être petites ». Les plus modestes, par contre, auront cette agilité qui les aidera à se transformer.

Du côté de ces nouveaux acteurs, le risque est d’assister à une explosion de leur nombre. La « main invisible » du marché fera son œuvre.

Je vois également dans le low cost l’opportunité de toucher les entreprises qui  recherchent des modules courts et certifiants. On peut ainsi imaginer des plateformes de modules consommables et adaptables à la demande : par exemple, un module générique « Comment construire un prix ? » et un module plus spécifique, à vocation interne, réalisé pour Orange pour former ses salariés à la définition du prix de ses services.

Autre idée : l’orientation professionnelle. Combien de salariés, de DRH ou de responsables formation sont submergés par une offre de formations pléthorique et illisible ? Ne peut-on pas imaginer une nouvelle manière de construire son parcours professionnel, cette-fois personnalisé, en trouvant les bons modules grâce à un algorithme dédié, en perpétuelle évolution.

Demain, peut-être que la problématique du DRH sera de choisir entre un candidat diplômé et un autre qui aurait accumulé des certifications et une collection de MOOCs validés par des institutions mondialement reconnues. Avec la conséquence suivante : si les deux trouvent facilement du travail, cela questionnera notre modèle basé sur les frais de scolarité. À méditer…

Et si je suivais une formation dans une école « low cost » ? #ecoledufutur @braineet #ecoledufutur

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