Le blog de Jean-François Fiorina

Pourquoi créer un hub d’enseignement supérieur ? L’exemple du Qatar

Hub aéroportuaire Qatar

Dernier volet de ma trilogie qatarie, voici ce que je retiens de ma visite à Education City, le hub enseignement supérieur. Un projet porté par un pays qui a les moyens de ses ambitions mais qui doit inscrire sa démarche dans la durée tout en faisant face à d’autres initiatives du même type, y compris dans son voisinage.

A)         Qu’est-ce un hub d’enseignement supérieur ?

Il s’agit, pour moi, d’un territoire (relativement réduit) qui accueille des étudiants et des universités du monde entier. Les grands pays n’ont pas la bonne dimension, le concept de hub ne s’applique pas aux territoires qui accueillent déjà de nombreux étudiants étrangers.

qatar

Mais quels sont les ingrédients de la réussite d’un hub ? J’en vois trois principaux :

  • Un soutien fort de l’État (juridique, financier, logistique) avec une vision stratégique.

Une capacité d’attraction : notamment autour de compagnies aériennes. Le Qatar dispose d’une force de frappe impressionnante dans le domaine (138 destinations à partir de Doha, la capitale). Qatar Airways couvre l’ensemble de la planète, en vols directs et à des coûts d’exploitation réduits (cf ses réserves d’hydrocarbues).

  • Être déjà un hub dans d’autres secteurs qu’ils soient financier, business, touristique…
  • Disposer d’une forte industrie de services (hôtellerie, restauration…).

Singapour se pose comme LE modèle de réussite des  hubs d’enseignement supérieur. Il est vrai que le pays a servi historiquement de tête de pont pour les entreprises mondialisées à la conquête de l’extrême orient. À ce titre, le territoire accueille nombre d’activités de services de haut niveau. Certains hubs sont en cours de développement à Casablanca, Dubai, Abu Dhabi, Cluj (Roumanie) pour la médecine et le dentaire, et bien évidemment le Qatar.

D’autres sont à l’état de projet : Educity (Malaisie), Sri Lanka, Maurice.

 

B)          Pourquoi le Qatar souhaite-t-il devenir un hub éducation supérieur ?

Disposant de richesses naturelles exceptionnelles, en particulier de gaz, la stratégie du pays est d’anticiper la fin de cet « eldorado ». Objectif : trouver un positionnement qualitatif capable de lui donner un poids géopolitique et économique sur l’échiquier mondial sur le long terme. Quels sont les enjeux ?

  • Préparer « l’après Gaz »

En devenant un centre mondial de l’éducation et de la connaissance (en plus d’être un centre mondial du sport), le Qatar assoit sa stratégie d’influence. La vision, c’est le Projet Qatar 2020 avec la perspective d’accueillir la Coupe du monde de football en 2022.

  • Créer de la valeur pour le Qatar. Le pays ne souhaite pas devenir un « hôtel à projets », c’est un vrai pari.
  • Attirer les meilleurs (chercheurs, étudiants…).
  • Faire de l’éducation, un enjeu national, de la maternelle au supérieur.
  • « Qatariser » l’économie en développant un tissu industriel pérenne, monter en qualification toutes les parties prenantes.

 

C)          Les moyens et le dispositif

2014 WISE Prize Laureate - Ms Ann Cotton

Lauréate du prix WISE 2014 Ms Ann Cotton (à droite)

Pour atteindre son objectif, le pays dispose de 4 outils ou leviers stratégiques :

  • La Qatar Foundation. Ellepromeut l’accès à l’éducation et soutient les entreprises axées sur la connaissance et la savoir. Ses prix internationalement reconnus récompensent celles et ceux qui font bouger le monde de l’éducation et de la pédagogie.
  • Le WISE, sommet de l’éducation à visibilité internationale, lieu de rencontres, d’échanges et de partage d’expériences.
  • Education city, le campus qui accueille les établissements éducatifs et de recherche.
  • Le Qatar Science and Technology Park, pôle de recherche multidisciplinaire sur 5 thématiques :

–          Enterprise-wide,

–          Energy and environment,

–          Computing and information technologies,

–          Health,

–          Social sciences, arts and humanities.

Lire de document stratégie 2012 pour la Recherche au Qatar.

 

D)         Education city

Le campus accueille les composantes de nombreuses universités de renom, des centres de recherche. L’objectif est de créer une communauté des savoirs, de développer des liens transversaux et de lancer des projets éducatifs mais également de jeter des ponts vers les entreprises publiques et privées.

Toutes les éléments sont présents pour développer l’ensemble de la chaîne de valeur éducative (créer un savoir, le transmettre par une pédagogie appropriée, le diffuser puis l’évaluer). Une nouvelle université qatarie va, d’ailleurs, s’y installer (Hamid Bin Kalifa University).

Peu d’endroit dans le monde rassemble autant de « meilleurs dans leurs domaines ».

 

E)      Les défis

Beaucoup de moyens et des résultats prometteurs

Mais pour valider l’essai, plusieurs évolutions sont nécessaires :

  • Homogénéiser l’offre de formation, la rendre complète pour éviter que les talents ne poursuivent leurs études ailleurs. Toutes les disciplines, tous les niveaux doivent être présents (Msc, Masters et doctorats), pas seulement le haut niveau.
  • Créer de la vie pour favoriser les échanges, créer une identité et une culture « Education city » que s’approprieront ses acteurs, de l’étudiant à l’enseignant en passant par les entreprises. Le campus est très propre, sécurisé mais il m’a semblé avoir peu de vie à l’extérieur, du moins de celle que l’on imagine dans un campus « classique ».

Les différentes populations doivent se rencontrer, se mélanger, échanger, c’est ce qui créera des projets et de la valeur. Ce n’est pas facile d’autant plus que ce campus est composé de différentes marques qui peuvent être, par ailleurs, concurrentes dans certains secteurs.
Facteur aggravant, ce sont des campus délocalisés de ces marques. C’est une alchimie difficile !

Attirer, c’est possible mais fixer reste un défi. Je le comprends d’autant plus que ce sont des problématiques que nous rencontrons dans le cadre de GIANT ou avec nos campus délocalisés.

  • Eviter que le « off-shore » ne soit coupé de la réalité du pays. Cette dynamique doit servir le Qatar, en évitant, par exemple, que la recherche ne soit produite au Qatar et que sa valorisation ne lui échappe. D’où la nécessité de créer un véritable écosystème, cela prend du temps. Tout comme créer des champions nationaux visibles sur le plan international.
  • Créer un vrai champion national. Il faut qu’une université qatarie soit connue et reconnue dans les classements. C’est, je suppose, l’objectif affiché de la création d’une nouvelle structure : l’Université.
  • Attention à la concurrence. Il faudra une vraie différence par rapport à Dubai et Abu Dhabi, être spécifique.

Comme vous avez pu le constater, ces 3 jours au Qatar ont été denses et riches d’enseignements. Je conseille à chacun de vivre cette expérience s’il le peut. En 2015, le WISE se déroulera à Doha (capitale du Qatar) du 3 au 5 novembre.

 

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