Le blog de Jean-François Fiorina

SÉLECTION, FRAIS DE SCOLARITÉ… Sommes-nous bien d’accord sur leur définition ?

droits de scolarité

Deux mots (maux ?) traversent actuellement les éditoriaux de la presse spécialisée ou les discussions : sélection et frais de scolarité. Sans idéologie ni tabou, voici mon point de vue sur leurs définitions qui reflètent toutes les ambiguïtés de l’Enseignement supérieur en France et qui sait, peut-être, dans le monde…

Sélection (enseignement) : n.f Détermination, à l’intérieur d’un groupe d’élèves ou d’étudiants, des sujets propres à suivre un certain type d’enseignement. (source : cnrtl.fr)

Tout le monde reconnaît – dans la sphère privée – la nécessité de la sélection mais personne ne veut l’admettre dans la sphère publique ! Bien qu’il s’agisse là d’une solution au taux d’échec insupportable en 1er cycle universitaire. Quel silence assourdissant.

La sélection, de mon point de vue, est synonyme de qualification et doit rimer avec orientation. Elle n’a rien à voir avec un quelconque statut implicite ou une forme d’exclusion.

Que dire de cette forme de sélection non assumée qui exclut du système des étudiants dans leur cursus, 2 ou 3 ans après le bac ? N’est-ce pas le pire des signaux à envoyer ? Quel gâchis et quelle vision de la société ont-ils, ces jeunes, dont l’isolement et la frustration légitime ne font que croître ?

J’ai parlé dans ce blog du système helvétique certes plus adapté à un « petit » pays. Mais cette mise en perspective offre un modèle plus ouvert et plus transparent d’une sélection assumée dans un paysage d’établissements du supérieur où chacun se positionne qualitativement et offre des perspectives aux étudiants sans a priori ou jugement de valeur.

Frais/droits de scolarité. Somme d’argent acquittée par l’élève pour l’inscription dans une université ou certaines écoles publiques ou privées. (source : cnrtl.fr)

Quitte ou double ? Le « jeu » des frais de scolarité en France est un jeu à somme nulle, bloqué. C’est l’histoire de deux véhicules sur la ligne de départ, deux véhicules qui consomment le même volume de carburant (i.e le même coût pour une année dans le public ou le privé). Le premier a déjà fait le plein – l’État a payé la note – tandis que pour le second, le pilote étudiant d’une école de commerce, par exemple, cherche chez ses parents ou auprès d’une banque de quoi faire tourner le moteur !

Plus globalement, deux systèmes de financement de l’Enseignement supérieur cohabitent dans le monde. Un modèle plutôt latin, c’est l’État qui régale et fait appel à l’impôt. Un autre plutôt anglo-saxon où ce sont les étudiants qui doivent financer avec leurs propres deniers les frais de scolarité.

Question taboue : dans les deux cas, les protagonistes vont-ils pouvoir suivre l’envolée des coûts de scolarité ? J’en doute. On connaît la situation des finances publiques. Et côté familles, nous sommes arrivés à une limite dans la prise en charge du Supérieur hors financement de l’État.

La boucle est bouclée. S’il n’y a pas de sélection, elle se fera naturellement, par défaut, sur des critères non souhaités !

Aux Etats-Unis, la dette étudiante atteint, d’ailleurs, des sommets. Elle inquiète. On parle même de bulle financière prête à exploser puisque son montant est supérieur à celui des encours de crédits à la consommation. Les jeunes diplômés ont maintenant du mal à rembourser leur prêt compte tenu de la baisse de leur rémunération due à la crise. Du coup, c’est le principe même des études (longues) qui est remis en cause outre-Atlantique.

Pourtant la croissance des coûts est inéluctable

Les dépenses d’éducation pour garantir un niveau de service de qualité vont croître, voire exposer, c’est inéluctable. Pourquoi ? Le fonctionnement d’une école ou d’une université, implique des coûts croissants dans les domaines suivants :

  • Infrastructures et fonctionnement,
  • Investissements pédagogiques dans l’école du futur (serious games, moocs, système d’information, data, back office),
  • Services aux étudiants et entreprises toujours plus sophistiqués comme éléments essentiels de différentiation entre établissements,
  • Instances de reconnaissance (accréditations, classements).

L’alternative ? On la connaît. Mais attention aux stratégies que proposent les nouveaux acteurs de l’éducation. Ils s’orientent massivement vers le low cost (voir mon post à ce propos). Et pour les familles qui ne pourront plus assurer le financement, elles devront choisir parmi leur progéniture, l’enfant qui suivra des études…

Avec ce corolaire inquiétant, celui de voir nos meilleurs étudiants happés par d’autres pays qui, eux, auront trouvé des moyens de financer les talents.

Conclusion : nous risquons d’entrer dans un cercle défavorable où les meilleurs partiront à l’étranger tandis que les moins bons resteront en France…

Mais j’oubliais Arnaud Montebourg ! Il va nous aider par une étude de cas très opérationnelle puisqu’il a sollicité l’octroi d’une bourse pour financer sa formation de futur chef d’entreprise. Nous sommes sauvés !

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