Le blog de Jean-François Fiorina

Êtes-vous un bon docimologue ?

évaluation pédagogique, notes, diplôme, certificatDans ma série « les gros mots » de l’Éducation, l’évaluation – et sa science, la docimologie – occupent une place de choix… Voici ce que le mot évoque pour moi alors que s’ouvre, aujourd’hui, la Conférence nationale sur l’évaluation des élèves. Objectif : remettre une série de recommandations pour transformer l’évaluation en un outil de motivation plus que de sanction.  

Évaluation : nom fém. : Action d’évaluer, d’apprécier la valeur (d’une chose) ; technique, méthode d’estimation.

 

Que ce soit bien clair, je suis un partisan des notes. Cet indicateur de référence qui, de génération en génération, a influé sur la qualité des dîners en famille (!), les sorties, l’argent de poche voire la carrière (!) n’en reste pas moins un outil démocratique de la mesure d’un travail et d’un niveau. Sauf qu’en faire un outil type « école des fans » où tout le monde « a bon » – je pense ici au baccalauréat – ne sert ni l’apprenant ni le diplôme. Quel sens donner à un 22/20 !? Quelle perception de ce message par l’élève ? Ainsi que pour le professeur qui rappelle le décalage complet de ce type d’évaluation par rapport à une réalité vécue.

Pourtant ma vision de l’évaluation n’est pas manichéenne. Au contraire ! Si elle doit situer un niveau – pour l’élève et sa famille -, l’évaluation et la note doivent aussi indiquer les pistes de progrès, récompenser un engagement même sans résultats (encore) probants.

Cette double notion renvoie aux objectifs de la notation qui diffèrent selon les cultures. La version latine de la note marque un niveau, on dit même « sanctionne un niveau » qu’il soit bon ou mauvais… Chez les Anglo-Saxons, la lecture de l’évaluation – plutôt sous forme de lettres, d’ailleurs – est plus un acte partagé entre le professeur et l’élève. La note relève un niveau d’engagement et de travail sans forcément viser l’excellence.

De nouvelles problématiques

L’école du futur bouscule la traditionnelle manière d’évaluer. Avec immanquablement la question des compétences. Comment passer outre les compétences dites collectives telles que la capacité de travailler en groupe, les compétences numériques ou celles de du « pitch » professionnel ?

Nous sommes ici dans le monde de la certification de compétences qui doit jouer un rôle important dans l’évaluation des élèves, pour l’entrée sur le marché du travail mais  également vis-à-vis du RNCP, des accréditations académiques… Je reprends, ici, les idées que j’ai développées, en 2012, dans ce blog sur la complémentarité du diplôme et des certificats.

Comment évaluer ?

Commençons par une lapalissade… il faut évaluer avec équité, évaluer de manière juste.

Et pour cela, éviter la seule évaluation « descendante » en multipliant les angles d’attaque. J’en liste quelques-uns :

  • Par les enseignants, bien sûr, en développant un esprit critique sur les outils et les objectifs poursuivis,
  • Par des personnalités extérieures dans le cadre de stages ou d’interventions. Je pense aux artistes, aux sportifs, aux professionnels en général, qui peuvent (doivent ?) être intégrés dans un processus pédagogique.
  • Par une mesure d’auto-évaluation de la part des élèves qui peuvent ainsi être responsabilisés et envisager leurs propres chemins de progression, en accord avec un enseignant. Je pense, dans cette logique, à une évaluation bien comprise en vue d’orienter de manière choisie et non subie.
  • Par une évaluation par ses pairs étudiants, dans la bienveillance. Une pratique peu répandue en France.
  • Et, plus largement, pour les cours et les établissements de l’Enseignement supérieur, une évaluation par les élèves. Je n’entends pas cela comme un « vote » sanction mais bien comme une manière de faire évoluer les choses dans le bon sens.

Nous l’avons mis en place, cela fonctionne, c’est un outil de progrès et de qualité. Il faut aussi apprendre aux étudiants à ne pas être dans une posture « extrémiste » que les réseaux sociaux peuvent encourager.

En mai prochain, l’Europe devrait valider le renforcement du rôle des étudiants dans toute évaluation d’un établissement avec la nouvelle version des European Standards Guidelines.

Bien évaluer, c’est parvenir au bon mix de tous ces paramètres. D’abord par la notation du niveau de connaissance, de la culture générale. C’est l’objectif de la note. Elle ne doit pas dénaturer la performance des meilleurs et du diplôme délivré. C’est en cela qu’elle doit être juste, refléter la réalité. Je rappelle que nos écoles sont accessibles par concours et que la note reste l’élément central d’équité bien que nous soyons en réflexion pour intégrer des éléments complémentaires. Peut-on évaluer, par exemple, de manière différente une même population ?

Je demande à mes jurys d’éviter les notes peu signifiantes, les « ventres mous », entre 9 et 11, par exemple. J’insiste sur le fait qu’il faut savoir trancher et viser les fourchettes  <0 à 8> et <11 à 20>. Les matières fondamentales doivent être sues ou non ! Il n’y a pas d’alternative.

L’évaluation peut également être réalisée de manière cyclique et récurrente pendant le cursus, ce qui n’est pas facile à mettre en place. Les étudiants doivent y être formés et préparés.

Important aussi d’envisager des cycles d’évaluation nationaux. Ces éléments permettent les comparatifs au niveau international (cf  PISA) même si l’idéologie peut télescoper la nécessité d’une politique transparente en la matière.

Bien évaluer, c’est former et informer

Quelles que soient les décisions prises par la Conférence nationale, je considère que la formation à l’évaluation doit être renforcée dans les ESPE. Les enseignants sont en première ligne et les réformes ne pourront être efficaces qu’avec des professionnels aguerris. Les types d’évaluation sont multiples, elles évoluent avec le numérique : automatisation des processus, assessment centers, etc.

Pour fonctionner, les évaluations doivent être expliquées aux élèves comme des éléments de suivi, de motivation et d’orientation. C’est également le cas pour les familles. Si elles n’entrent pas dans le processus d’évaluation – source de nouvelles inégalités – elles doivent être informées, avoir compris le processus : sur quoi est-on évaluer ? Dans quel but et comment ?

En guise de conclusion, je rappellerais l’importance de la note dans l’évaluation comme comme pilier de l’édifice éducatif. Sa remise en cause remettrait en cause ses fondamentaux. L’évaluation doit permettre à l’étudiant de progresser, ses règles doivent être simples et s’appliquer de manière récurrente, dans la durée, sur différents éléments pour être justes et acceptées.

Quand j’étais à l’ESC Amiens, il y avait, dans le cadre du programme de développement personnel, une évaluation des stages dite MACCI basée sur cinq critères d’évaluation : M comme Moral (honnêteté) ;  A comme Affectif (travailler avec); C comme Courage ; C comme Créatif ; I comme Initiative. Une manière, pour l’étudiant, de suivre son évolution pendant 3 ans sur des critères établis. Les évaluations étant réalisées, à chaque fois, par des personnes différentes.

Promis juré, ce soir je ne demanderai pas mes enfants les notes de la journée, d’autant que nous sommes en pleine période des bulletins scolaires !

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