Le blog de Jean-François Fiorina

« Je suis Charlie » : quand le temps de l’Action succède à celui de l’Émotion

cortège Charlie, gare,  Grenoble

Grenoble 11.01.2015

Nous, directeur et directeur adjoint de GEM, avons souhaité co-signer ce billet commun. Une seule voix, une seule parole pour marquer modestement de notre plume ce que nous ressentons et proposons à la suite des événements dramatiques que notre pays a traversés.

 

 

 

Après ce jour de marche républicaine pour rendre hommage aux 17 personnes assassinées par des djihadistes les 7, 8 et 9 janvier 2015 et défendre la liberté d’expression, le temps des questions viendra — faille insupportable dans le renseignement ? Part de responsabilité de l’État ? Sans doute aussi, part de notre propre responsabilité ? … 

Charlie, Grenoble 11.01.2015

Grenoble 11.01.2015

Ce dimanche, dans l’absolue dignité de cette marche, chaîne d’union où se sont reconnus, pour se fondre en un cri : « Je suis Charlie ! », des millions de citoyens ; chacun à ses pensées, à son propre et nécessaire recueillement, c’est le temps de l’Émotion.

L’émotion, c’est d’abord et toujours une prise de conscience. C’est vrai dans ce qu’il y a de plus beau, l’émotion ressentie devant une œuvre d’art. C’est vrai dans ce qu’il y a de plus abject, la barbarie même de l’acte terroriste, le bilan en vies humaines, le nombre de blessés. Une prise de conscience d’autant plus forte, qu’une rédaction dans son entier en a été la cible — une rédaction aujourd’hui décapitée. Sans oublier les autres victimes : policiers, employés et citoyens.

L’émotion, ensuite, traduit un dénuement. En laissant libre cours à notre émotion, nous nous acceptons tels que nous sommes. Avec nos peurs, nos tremblements, nos colères… L’homme de la rue tisse avec les célébrités d’invisibles mais très puissants liens.

L’émotion, enfin, peut être aussi la marque du remords. Un remords dénié. Celui de ne pas avoir été présent avant. De ne pas avoir été « Charlie » avant.

Tous pourtant connaissions les menaces proférées. Tous pourtant savions ces hommes contraints d’être protégés s’ils voulaient continuer à s’exprimer librement, s’ils voulaient continuer à vivre. Nous pouvons tout dire, nous pouvons tout écrire sauf que ne nous ne savions pas.

« Charlie de la 25e heure ? » Sans doute, pour trop d’entre nous. Pour autant, ne nous jetez pas la pierre. Si les motions succèdent demain à l’émotion, si nous apprenons à conjuguer au futur et affirmer « nous serons Charlie », alors peut-être, ces hommes, ces femmes, ne seront-ils pas oubliés.

Penser l’avenir

Si l’émotion et le recueillement ont envahi nos cœurs et nos villes, il faut continuer à bien les gérer dans nos écoles. Favoriser et faciliter l’expression de tous nos publics même si cela n’est pas facile. Nos écoles sont internationales, composées de sensibilités et de nationalités diverses dont les niveaux de maturité et de connaissance ne sont pas identiques.

Notre rôle en tant qu’éducateur est d’expliquer pour donner à comprendre. La mondialisation ajoute un niveau de complexité supplémentaire mais peut-être est-ce là notre chance ? Celle de se parler à travers les cultures, de trouver les moyens du vivre et du travailler ensemble ?

L’Enseignement supérieur n’est-il pas l’un des plus beaux laboratoires du brassage et de la mondialisation ? L’Europe est en passe de le réussir avec son programme Erasmus. Il est peut-être temps d’imaginer sa version à l’échelle de la planète avec un fort tropisme vers les pays du sud et les pays émergents.

Comment intégrer cette dimension dans les enseignements ? Sans culture générale de la mondialisation — dès le plus jeune âge — que nous qualifions tout simplement de géopolitique, toutes les dérives que génère l’ignorance nous menacent. Elles renforcent le repli sur soi et tous les communautarismes.

L’éducation, la connaissance, la culture qui n’évoluent pas de manière homogène, tant sur le plan hexagonal qu’international constituent à la fois les défis et les clefs de notre avenir commun.

Pour manager autrement ?

Les business schools doivent tirer des enseignements de ces mutations pour le management. Toutes ces situations exceptionnelles ont obligé les entreprises à réagir. De la chute du mur de Berlin aux révolutions arabes, le monde a radicalement changé.

Comment les entreprises ont-elles réagi (ou pas) ? Il s’agit là d’un terrain de recherche extraordinaire qu’il nous appartient de nous approprier pour former de jeunes décideurs lucides, responsables, innovants et… engagés.

 

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