Le blog de Jean-François Fiorina

Les 7 questions taboues de l’école du futur

MOOC, enseignement à distance, e-learning

Parlons-en ! Dans ma veille, j’ai identifié la parution du livre blanc de la CEGOS sur l’école et la formation du futur avec sept questions taboues. Comme pour moi, il n’y en a pas, j’ai décidé d’y répondre ! Mais avant de démarrer, rapide retour sur le Festival de géopolitique. Il s’est très bien passé, forte affluence, débats passionnants. Cela démontre que le choix de la géopolitique est pertinent. La demande est là, avec pour cette édition, la présence notable de professeurs de tous horizons (collège, lycée, enseignement supérieur). Ravi donc puisque que la question pédagogique du « comment enseigner la géopolitique ? » est également une problématique de l’école du futur !

  • Question 1

Les MOOCs, révolution ou feu de paille ?

Les deux mon capitaine ! Les MOOCs sont une vraie révolution et seront feux de paille s’il n’y a pas de stratégie portée par les établissements. Une stratégie qui se décline en :

  • image,
  • valorisation des professeurs,
  • valorisation des contenus,
  • identification de nouveaux publics ou de nouveaux talents,
  • nouvelle source de revenus, avec certifications ou MOOCs spécialisés pour des entreprises,
  • élément d’influence à l’échelle d’un pays ou d’un continent. Peut-on laisser la diffusion du savoir aux mains des seuls Américains et Anglo-saxons ? Petit clin d’oeil, on voit bien que cela rejoint mes deux thèmes de prédilection : l’école du futur et la géopolitique !

journée_francophonie

À l’occasion de la semaine de la francophonie (14 au 22 mars 2105), je rappelle que c’est là un marché gigantesque pour les MOOCs. Gigantesque parce qu’il y a, en Afrique, une soif de connaissance qui ne peut en aucun cas être satisfaite par les établissements locaux, parce que la francophonie (cf le dernier livre d’Attali) va se développer dans les prochaines années, et parce que le français va redevenir une langue quantitativement importante. Il est donc urgent d’agir !

Toujours dans ma veille sur les MOOCs, autre élément qui montre cette tendance de fond, un article récent du Parisien, « Je me suis inscrite à un MOOC ». La journaliste semble particulièrement positive, l’accès au MOOC est jugé « très simple », « l’expérience facile ».

La notion de MOOC est cependant un peu dépassée avec déjà, de nouveaux formats qui se développent comme les SPOCs (Small Private Online Courses). Ils ciblent des communautés d’apprenants réduites et fermées avec « diplômes » ou certificats à la clé. 

  • Question 2

Gamification : peut-on vraiment apprendre sans effort ?

Dans la gamification, il y a de l’effort. Ce qui est important, c’est l’acte d’apprentissage. Le but n’est pas obligatoirement de passer des heures et des heures sur une leçon. L’apprentissage, c’est également se tester dans différentes situations comme les entretiens d’évaluation. La gamification permet par cette mise en situation, l’expérimentation illimitée de l’acte d’apprentissage. Je vais pouvoir peaufiner, m’entraîner. Il y a donc bien un effort.

Ne commençons pas à poser un jugement de valeur sur les différentes manières d’apprendre au sein de l’école du futur. Il y aurait ainsi des activités d’apprentissage nobles, difficiles au sens ancien du terme, et d’autres nouvelles, ludiques et faciles. Cela n’a pas de sens et ce serait galvauder les nouvelles techniques d’apprentissage, dégoûter la génération actuelle.

Donc attention aux stéréotypes ! Ne jouons pas le conflit des Anciens et des Modernes. L’école du futur, c’est la multi-pédagogie, et c’est au professeur de trouver la meilleure formule qui permette d’optimiser son message.

  • Question 3

Visio formation, e-learning, mobile learning : la formation en présentiel est-elle dépassée ?

Non. Bien au contraire. Pas d’opposition de modèles. Qui dit opposition dit rupture, dit automatiquement vision binaire ou manichéenne. J’en reviens d’abord à la pédagogie. C’est le professeur qui décide du dosage présence/distance.

Deuxième élément : la situation d’apprentissage des étudiants. Ne pas intégrer la mobilité – le mobile learning -, c’est se couper d’usages essentiels. Si l’étudiant prend régulièrement les transports en commun, il pourra refaire quelques exercices ou QCM, apprendre ses leçons, ce sera positif. De toute façon, il y aura toujours besoin de cohérence, de ligne directrice, d’évaluation de l’apprentissage. C’est un tout.

Autre exemple que l’on voie encore dans les universités : qu’est-ce qui est le plus utile ? Suivre un cours dans un amphi bondé de plusieurs centaines de personnes, installées dans de mauvaises conditions, ou suivre un module de e-learning chez soi ?

  • Question 4

Apprenons autonome : le formateur sert-il encore à quelque chose ?

Oui ! Il est même la clef de voûte de l’école du futur. C’est lui le garant de la cohérence du dispositif, celui qui décide de la méthode pédagogique. Il surveille, contrôle, évalue, coordonne.

Il est à la fois pédagogue, chef d’orchestre, coordinateur, et donc comme je l’ai écrit à de nombreuses reprises – et j’en suis de plus en plus persuadé -, le professeur est à la base de tout. C’est sa touche pédagogique, son savoir faire, son ingénierie qui feront la différence. Il faudra également que, dans l’accès au métier de professeur, la partie pédagogie et la préparation du cours deviennent prépondérantes. Les professeurs doivent se sentir à l’aise vis-à-vis de ces nouveaux enjeux. Paradoxalement, plus les situations pédagogiques vont se développer dans l’école du futur, plus nous aurons besoin de professeurs.

  • Question 5

Les nouveaux outils peuvent-ils vraiment mesurer le ROI des formations ?

C’est plutôt une question taboue dans l’enseignement. Mais oui, on a vraiment là un « gros mot » de la formation avec la notion de ROI, de retour sur investissement. Les études le montrent, il faudra de la transparence. Les établissements d’enseignement supérieur ou de formation devront justifier leurs investissements, les évaluer. Les grandes écoles de management qui vivent dans un univers concurrentiel en ont déjà l’habitude, et elles doivent légitimer leurs frais de scolarité.

Tous les établissements devront fournir des indicateurs qualité à leurs futurs étudiants ou prospects. Ces derniers feront leur choix sur cette base pour candidater. Un établissement spécialisé dans le management hôtelier devra être capable de démontrer ses bonnes relations avec le secteur, la qualité des formations aux différents métiers, connaître les salaires de référence de la profession…

Donc autour de cette notion de ROI, il y a différents éléments :

  • l’aspect élément financier, le mieux illustré par les MBA des grandes marques américaines. Ils coûtent des fortunes mais transforment ce handicap en annonçant de fortes évolutions salariales,
  • Si cette notion va s’étendre à l’ensemble des formations, ce ne sera pas forcément que d’un point de vue financier. Je pense à la transparence de ce que les établissements proposent à la sortie des études. Les écoles de management le font déjà via les procédures de reconnaissance de l’Etat par les visas et grades, mais aussi par les accréditations, les classements…

C’est un tabou parce que ce sont des changements de fond à opérer, mais nous y sommes déjà ! Ces nouveaux outils permettront, avec des systèmes d’information et du Big Data, de fournir des indicateurs de performance très précis. Ce sera une partie du travail des directeurs d’établissements dans les années à venir de travailler ces données et de les communiquer.

  • Question 6

Faut-il nécessairement innover en matière de formation et d’enseignement  ?

Il ne faut pas céder aux modes. Je vous renvoie à un entretien que j’ai eu avec un responsable des Compagnons du tour de France. Leur méthode est immuable. Ils n’ont peut-être pas forcément besoin d’innover dans leur domaine où la transmission de l’expérience par la pratique et la réalisation d’un chef d’œuvre restent essentielles. Par contre, au sens d’« innovation de rupture », le besoin d’inventer est permanent en matière de procédés, de changements de toute nature.

  • Question 7

Formations en ligne : comment maintenir la motivation à l’heure du zapping permanent ?

Je vous renvoie à la réponse de la question n° 4. C’est le professeur qui fera la différence.

Si le module est très bien fait… 

 

J’ajoute mes 3 autres questions taboues : répondrez-vous ?

  • Question 8

À l’heure des MOOCs et de ces nouvelles techniques, est-il encore nécessaire de payer sa formation ?  

  • Question 9

Comment les entreprises reconnaissent-elles cours et modules réalisés différemment ?

  • Question 10

Comment garantir la qualité des contenus, au vu de l’explosion du nombre d’organismes de formation qui propose du M-learning, E-learning, MOOCs… ?

J’attends vos réponses que je publierai la semaine prochaine !

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