Le blog de Jean-François Fiorina

L’Enseignement supérieur dans tous ses États !

Ministère de l'enseignement supérieur, MESR, Enseignement supérieur recherche

Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche à Paris (rue Descartes, Ve) est installé dans les anciens locaux de l’École Polytechnique (pavillon Boncourt).

 

Un faisceau d’éléments me donne à penser que l’État se cherche (encore) une politique pour l’Enseignement Supérieur… démission non remplacée  de Geneviève Fioraso ; « rétrogradation » de ministre à secrétaire d’État ; blocage des fonds universitaires ; interrogations sur le business modèle des écoles de management ou d’ingénieurs ; création d’un groupe de réflexion « stratégie ESR » piloté par Bernard Monthubert, président de l’université de Toulouse… À l’aune des politiques de certains pays étrangers très en pointe, je souhaite prendre le recul nécessaire pour poser la question du rôle de l’État (français) dans la stratégie et le développement de l’ESR.

Il y a deux grandes philosophies, deux grandes tendances. L’État interventionniste, généralement dans les pays latins et l’État régulateur dans les pays anglo-saxons avec l’existence d’un système privé important. Pour notre futur ministre ou secrétaire d’État de l’ESR qui sera nommé – s’il y en a un – quel devrait être le rôle de la puissance publique dans un contexte de diète budgétaire sévère ?

Pour moi, plusieurs rôles :

  • L’État stratège

Nous ne l’avons pas tout à fait compris mais l’État doit bâtir une stratégie visible pour l’Enseignement Supérieur. C’est à la fois définir une vision court-terme/long-terme, locale, nationale, internationale mais également des missions claires pour chacun de ses établissements ou types d’établissements.

J’ai souvent publié ou retweeté des éléments sur la mondialisation de l’Enseignement Supérieur. Au-delà d’éduquer, il y a la nécessité d’une vraie politique d’influence au niveau mondial. L’État stratège doit jouer son rôle, servir de lobby pour la promotion de l’Enseignement Supérieur français à l’étranger auprès de tout ce qui « classe » les établissements dans le monde. Il doit également être un influenceur. Le lobbying pour la promotion de la recherche me semble essentiel. Les spécificités de notre système et ses « pépites » doivent être connues et reconnues à l’étranger.

Pour nous, grandes écoles de management, les accréditations internationales ont permis de mieux définir nos missions, de construire dans la durée des stratégies. Pour les autres, c’est un peu plus compliqué. Mon but n’est pas de donner des leçons mais sans vision, sans mission, point de stratégie !

  • L’État coordinateur

Coordination dans l’aménagement du Territoire, nous sommes dans l’actualité (!).

Quels rôles pour les collectivités locales ? Quels liens entre les différents types d’établissements ? C’est l’État qui doit favoriser les relations entre tous dans une logique de complémentarité et de mutualisation, de saine émulation pour le plus grand bien des acteurs de l’Enseignement Supérieur. Mais comme l’a dit, en son temps, le cardinal de Retz, « On ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens ». Le pas semble donc difficile à franchir…

  • L’État facilitateur

Facilitateur de la relation entre les établissements dans le développement d’activités.

Le bon exemple, c’est FUN (France Université Numérique), plateforme de mutualisation des savoirs et réalisations dans le domaine du e-learning, de la formation à distance ; ou APB (Admission Post Bac), autre bonne initiative, qui illustre bien ce qu’est l’État stratège et facilitateur.

Facilitateur dans la relation avec le ministère des Affaires Étrangères pour les étudiants étrangers.

Facilitateur pour les établissements de l’Enseignement Supérieur dans la réponse aux appels d’offres de programmes multilatéraux financés. Il y a une véritable ingénierie de financement et de montage de projets à développer – une task force – quand on sait que l’Europe peine à dépenser toutes ses lignes budgétaires en matière de R&D et qu’elle vient même expliquer, en local, qu’il est encore temps de soumissionner…

Facilitateur du dialogue entre les nombreuses « tribus » que composent l’Enseignement Supérieur !

  • L’État régulateur

C’est lui l’assurance qualité du système. Il reconnaît les diplômes et les institutions. Je me suis souvent exprimé sur ce sujet. Il peut passer par des contrats d’objectifs et permettre de ce fait, à tous les établissements quels qu’ils soient d’être jugés sur les mêmes critères avec une notion de qualité et de progression. C’est à l’État de proposer des règles homogènes et lisibles.

Il doit permettre le développement de chaque établissement en toute connaissance de cause avec des moyens – pas uniquement financiers. Un peu comme un coach sportif dont l’objectif est d’aider chacun des joueurs à donner, dans sa catégorie, le meilleur. Sans aucune visée idéologique.

Le grand danger serait d’avoir un système universitaire déséquilibré dont le seule ambition serait de se (re)construire autour du plus petit dénominateur commun entre toutes ses composantes ! Ce qui entraînerait inéluctablement une baisse de la qualité en nourrissant les rancoeurs ancestrales. Nous avons des pépites, il faut leur épargner ce régime.

D’autres pays qui, certes ne font pas tous face à une massification de l’Enseignement Supérieur, ont une vision de l’Enseignement Supérieur. Ils ont su donner des éléments de visibilité internationale forts et répartir les rôles entre les composantes. Je pense à la Suisse, Singapour, l’Australie, et dans certains domaines, la Chine.

  • L’État financeur

L’Enseignement Supérieur a besoin de financements. J’ai souvent dit que les études avaient un coût. L’État doit, certes financer, mais en contrepartie de relations contractuelles qu’il déclinera dans chacun des établissements.

Au final, si l’on veut construire un système d’Enseignement Supérieur de qualité, il n’y aura pas d’alternative pour l’État : permettre son développement en supprimant toute rigidité, et puisqu’il est le régulateur et le certificateur, imposer ambition et qualité.

C’est à lui de définir le cadre, de voir loin sans changer les règles à chaque ministre. Il en va de la compétitivité et de l’attractivité de la France, sinon les meilleurs étudiants seront happés par d’autres.

Aujourd’hui, l’Enseignement supérieur est, sans conteste, un facteur de développement économique, social et culturel de premier ordre. Petit cocorico au passage, les business schools françaises ne sont pas en reste dans cette compétition internationale. Elle jouent leur rôle, au quotidien, dans le paysage mondial de l’ESR pour faire rayonner nos savoirs et savoir faire avec et pour nos étudiante et les entreprises.

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