Le blog de Jean-François Fiorina

Classements des écoles : pourquoi des Jeux Olympiques tous les ans ?

classement écoles, classement uniiversitésLa saison nationale et internationale des classements se termine. C’est le temps de la synthèse, de l’interprétation, l’occasion, d’ailleurs, d’un CODIR spécifique. Indépendamment de la bonne tenue de GEM dans l’ensemble de ces classements, quels enseignements tirer de ces outils devenus omniprésents, peut-être trop ?

  • Premier enseignement : une très nette inflation du nombre de classements et du nombre de critères. Nous répondons, chaque année, à une soixantaine de classements ! Nous avions le classement des écoles, des programmes… arrivent aujourd’hui ceux des associations étudiantes, de la e-réputation… Tout devient objet de classements, cela pose questions : jusqu’où irons-nous ? Comment doit-on agir ?”

Il est bien difficile d’être bon partout ! Au vu du nombre des critères passés au crible. Je citerais pêle-mêle : le nombre de professeurs, le rapport budget/étudiants, la parité homme/femme dans tous les domaines, les étoiles CNRS, les bourses, les accréditations internationales, les salaires de sortie et les évolutions à 3 ans… L’idée n’est pas de « cracher dans la soupe » mais de montrer que nous sommes arrivés à une limite.

Répondre à un classement n’est pas une mince affaire tant sur les plans quantitatif (récolte d’une quantité significative de données) que qualitatif. Certains dépassent les cent pages de questions que nous devons justifier preuves à l’appui ! Cela devient un « coût » plutôt qu’un « coup » (marketing) ! Même si pour l’instant tout cela a fort bien réussi à mon école, reconnaissance justifiée de nos résultats et de nos performances.

Je rappelle également la multiplicité des autres évaluations auxquelles nous sommes tenus en tant que grande école de management : les accréditations internationales (AACSB, Equis, AMBA), la reconnaissances des diplômes (CEFDG, CNCP), l’évaluation des Mastères Spécialisés, les Badges, les Bachelors, j’en oublie !

  • Deuxième remarque : une inflation dans un minimum de temps. Si le classement était pour moi la mesure de la performance d’un établissement au cours de l’année, et l’un des indicateurs à intégrer dans sa stratégie, il devient un outil de « pression » à court terme. Nos écoles ont beaucoup évolué mais les actions correctives ne peuvent être immédiates. Le tempo des classements n’est plus celui des écoles. Une politique de recrutement, de recherche, d’investissement, la création d’études de cas sont des actions dont les résultats ne s’observent que dans la durée. Les logiques se sont totalement inversées au profit du court terme.

 

Trop de classements tuent les classements. Le public s’y perd. Nous arrivons à l’effet inverse de celui recherché : une forme de banalisation avec même l’apparition de certains commentaires – peu amènes – sur leur crédibilité. L’essentiel est de limiter les excès, cette fuite en avant pour éviter – qu’à terme – les classements perdent leur sens, tout en restant obligatoires.

Je reste néanmoins persuadé que ce sont des éléments importants et primordiaux de visibilité, de performance et d’attraction. Et l’une des clés de l’explication de la très grande réussite des écoles françaises à l’étranger.

Je plaide donc POUR les classements,

mais également POUR des relations fortes entre les écoles et les classeurs. Dans quels objectifs ?

 

  • Modifier leur périodicité

Comme les Jeux Olympiques, la Coupe du Monde ou d’Europe de foot, se déroulent tous les tous les deux à quatre ans, pourquoi devrions-nous, écoles, mettre notre titre en jeu tous les ans ? De la même façon, cette nouvelle périodicité des classements permettraient de mesurer les évolutions sur le moyen-terme en limitant leur nombre. N’est-ce pas gage de valeur ? De garantie de qualité et de pertinence ?

Cette mise en perspective éviterait une certaine confusion entre tous les classements. J’y vois aussi un avantage en interne. Nous avons la nécessité de mobiliser de superbes équipes capables de gérer ces flux, cela entraîne des coûts importants et limite le temps qu’elles pourraient passer sur d’autres projets, sur de la créativité. C’est dommage.

L’idée serait donc de pouvoir sortir de cette logique de contrôle et de surveillance permanents afin de mieux se consacrer aux projets structurants, à moyen/long terme de nos établissements.

 

  • Labelliser les écoles

Sans caricaturer le paysage des écoles, il est assez clair que des sous-ensembles, des hiérarchies se sont installés. Créer de nouvelles notions propres à les rendre plus lisibles seraient des plus utiles pour toutes les parties prenantes.

Une labellisation, facteur de création de valeur et de lisibilité.

C’est aussi une manière d’anticiper l’influence des réseaux sociaux. Linkedin risque de totalement transformer les modes de classements. Depuis 2013, ses pages « Éducation » dédiées aux établissements prennent de plus en plus d’importance en matière de visibilité.

C’est le plus neutre des réseaux professionnels, avec de nouveaux éléments de comparaisons quantitatifs, extrêmement faciles à utiliser, leur algorithme risque tout simplement d’entraîner de nouvelles hiérarchies mondiales. Ceci ne m’inquiète pas, mais des palmarès trop dissonants risquent d’aggraver la confusion. La Ligue 1 avec un Paris Saint-Germain en 5ème position, une fois ça va, après c’est n’est plus crédible…

Le système des classements a donc bien fonctionné, mais le risque d’explosion est désormais bien réel. Toutes les écoles ne pourront pas suivre… Donc oui, continuons à avoir des classements, parce qu’il y a de l’émulation, parce qu’ils font partie de notre système, parce que c’est un élément de visibilité. Mais trouvons un système plus équilibré, enfin optimal, dans un vrai dialogue classeurs/classés.

Disponible pour engager le débat !

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Commentaires (2)

  1. Fouad Bendris

    Certes les Classements sont nécessaires et légitimes – Néanmoins ces derniers ne pourront plus déroger à l’effet tunnel généré par le Tsunami Numérique !
    Une Ubérisation de circonstance au travers des Réseaux Sociaux (i.e. LinkedIn) dont l’amplitude va générer une fracture quant aux Business Models et l’Innovation dans ce secteur très prisé.
    En conséquence – Ceci devrait sinon modifier le champ d’application, tout du moins changer le paradigme de la légitimité des acteurs influents à ce jour !
    Je subodore « in petto » que les Classements vont augmenter considérablement du fait de la participation insidieuse du Big Data et ce en fournissant les tendances en temps réel sur un tableau de bord éfficient.

  2. Jean-Francois Fiorina (Auteur de l'article)

    Merci de ta remarque. Notre problématique va être d’être bien classé partout, dans « l’ancien monde » comme dans « le nouveau »

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